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Les villes côtières de Namibie : Walvis Bay et Lüderitz

Dossier - Cent jours en Namibie, un voyage géologique
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Claire König a sillonné la Namibie pendant presque cent jours à la découverte des événements géologiques, des paysages et de la faune fascinante de ce pays d'Afrique. Du Damaraland à la côte atlantique, préparez-vous à un surprenant voyage en Namibie, véritable odyssée dans le désert.

  
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Parmi les localités d'importance sur la côte namibienne, on compte Walvis Bay et Lüderitz. La première est stratégique pour l'économie du pays, car elle abrite le seul port en eau profonde dont dispose la Namibie. Quant à la seconde, fondée en 1880, il s'agit de la plus ancienne ville de l'ancien Soud-Ouest africain.

Villes côtières de Namibie. © GIRAUD Patrick, CC BY-SA 3.0

Walvis Bay, port d’importance vitale pour la Namibie

La côte linéaire de la Namibie est due en grande partie à des structures précambriennes (failles), mais s'est accentuée avec la mise en place du courant de Benguela, qui encourage la dispersion en ligne droite, vers le nord, des sables le long de la côte selon des formations appelées barrier beaches.

Vue oblique de Walvis Bay. À terme, la baie devrait se refermer, car la rivière qui l’alimente voit son débit diminuer. © Nasa, DP

Walvis Bay est en train de se fermer pour ces raisons. Cette baie, formée du temps où la rivière était beaucoup plus forte et avait donc un delta beaucoup plus grand, disparaît inexorablement et commencera par n'être plus qu'une lagune... comme le montrent les nombreuses baies fermées transformées en lagunes salées le long de la côte. Ces pans sont d'ailleurs exploités pour le sel, au sud de Walvis Bay. Sel qui est exporté pour l'industrie en Afrique du Sud.

La situation de Walvis Bay est très particulière, due à la rivière Kuiseb, qui vient se jeter dans la mer à cet endroit, dans un grand delta, et qui coulait régulièrement jusqu'à la mer une fois de temps en temps, assez fort pour nettoyer tout le sable aux alentours. Ceci empêchait le sable de « passer » ce grand lit de rivière et de s'étaler vers le nord, mais maintenant que la capitale capte l'eau par un barrage près de Windhoek, et avec tous les pompages en chemin, cette coupure brutale par le « courant nettoyeur » ne se fait plus et le sable commence à passer vers le nord. La rivière a coulé pour la première fois depuis 30 ans en 2000, ce qui n'est pas sa fréquence normale...

La route entre Swakopmund et Walvis Bay est en effet remplie de sable et les dunes bougent sans arrêt, le sable se déplaçant vers le nord.

Lüderitz, au sud de la Namibie

La petite ville de Lüderitz, complètement isolée, est située plus au sud, à la limite de la zone diamantifère, il n'y a qu'une route pour y arriver. Elle est très venteuse et célèbre pour ses tempêtes de sable, les plus fortes de Namibie. Nous sommes ici dans des terrains vieux de plus d'un milliard d'années : le Namaqualand Metamorphic Complex.

Au sud de Lüderitz, une partie de fond océanique, une ophiolite, est prise dans l'orogenèse et forme la montagne noire, basaltes de fonds marins métamorphisés en amphibolite avec grenats. Ici, une amphibolite avec grenats de Bjordammen, en Norvège, issue de la collection Keele. © Hypocentre, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

Les premiers produits d'érosion du continent primitif se sont accumulés dans une mer peu profonde qui existait ici, et ont été repris dans les éruptions volcaniques sous-marines, se mélangeant ainsi aux basaltes émis.

Il y a plus d'un milliard d'années, lors de la formation des Mokolian, le tout s'est trouvé pris dans l'orogenèse et transformé en gneiss, micaschistes et autres. Les conditions internes étaient si violentes qu'une partie du fond de la mer a fondu et s'est mélangé en veines d'anatexite dans les roches environnantes.

Veine d'anatexite. Ce type de roche est issu de la fusion partielle des roches dans la croûte terrestre. © Christian König, DR

Toutes ces montagnes furent ensuite arasées, et la pénéplaine que l'on traverse pour venir ici est ce qu'il en reste.

Un autre phénomène intéressant s'est produit ici. Lors de la rupture du continent, il y eut une mer, ou plutôt un bras de mer, du jeune océan qui a recouvert une partie de la région. Dans celui-ci se sont déposés au début du Tertiaire, il y a 65 millions d'années, des sédiments peu épais, environ un mètre d'épaisseur, mais qui contenaient des diamants.

Nous nous sommes contentés de ramasser des agates sur la plage, avec un vent épouvantable qui nous faisait manger du sable, et nous avons regretté de ne pas avoir une petite passoire pour trier tout cela, mais il me reste de ce voyage quelques jolies agates.