Photographie de la rue Basse des Ursins, Paris, vers 1855 par Charles Marville. State Library Victoria, Melbourne, Australie. © Domaine public

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Quel était l'état de propreté des villes sous l'Ancien Régime ?

Question/RéponseClassé sous :histoire , société , Ancien régime

Lorsque nous considérons l’aspect d’une ville au XVIIIe siècle, nous l’imaginons sale et nauséabonde. Plutôt sévères, les témoignages de la part de contemporains, sur la malpropreté des rues, notamment à Paris, en attestent. Le nettoyage des rues fait partie intégrante des devoirs de la police, tout comme l’approvisionnement des marchés, la sécurité publique ou la lutte contre la délinquance. Une ville « bien policée » est une ville propre !

Dès le XIVe siècle, il existe des règlements de police qui interdisent d’élever des porcs dans les maisons ou de jeter ses ordures dans la rue. Les épidémies de peste incitent les autorités municipales à prendre des mesures énergiques pour lutter contre toutes les sources de pollution, porteuses de maladies.

À Paris, depuis 1667, un lieutenant de police, qui est un officier royal, coordonne l’action de la police avec celle de l’Hôtel de ville et du Parlement (première cour de justice du royaume). Cette organisation est particulière à la capitale que le roi veut surveiller étroitement. Dans les villes de province, les pouvoirs de police sont partagés entre les représentants du seigneur ou du souverain, les officiers de justice et les autorités municipales.

Dès le Moyen Âge et pendant l’époque moderne, sont définies et appliquées les règles en matière de propreté des rues et espaces publics. À Lille, par exemple, un « ban de police » de l'an 1382 impose aux habitants de balayer leur rue et cette prescription est renouvelée plus de cinquante fois jusqu’en 1774. Une centaine d’ordonnances pour l’évacuation des immondices, y sont également édictées entre 1397 et 1774.

Une réglementation spécifique et des citadins responsables

Les citadins sont les premiers responsables de la propreté de leur ville. Les ordonnances de police leur interdisent tous les dépôts d’ordures et immondices divers, dans les rues, les canaux et les rivières. Les jets d’eau sale par les fenêtres et les portes sont également prohibés. Les déchets quotidiens doivent être déposés dans des bacs ou des corbeilles placés devant les portes des maisons et sont ramassés par les agents du nettoyage. Les détritus plus volumineux sont emportés aux frais  des propriétaires, dans des dépôts situés aux portes de la ville.

À Paris, on assiste à une croissance rapide de l’espace urbain au XVIIIe siècle : les ordonnances imposent aux commerçants d’évacuer leurs déchets souillés (boucheries, tanneries, chirurgie...) dans des tonneaux bien fermés, vers les dépôts habituels et il leur est interdit de s’en débarrasser dans les rivières ou les égouts. Les fosses d’aisance sont vidées de nuit par des ouvriers spécialisés et leur contenu ne doit pas tomber sur la chaussée.

Outre l’évacuation des déchets, les habitants sont tenus de balayer quotidiennement la portion de rue devant leur maison et de rassembler les détritus et boues, au milieu de la voie publique ou contre les façades, pour être enlevés par les « éboueurs » (employés au nettoyage). En cas de forte chaleur, les habitants doivent arroser les rues pour éviter la poussière ; en cas de chute de neige, ils doivent la déblayer pour ne pas gêner la circulation. Ces prescriptions de nettoyage sont imposées à tous les habitants de la ville, quels qu’ils soient. Les hôtels particuliers nobles et les maisons religieuses sont soumis aux mêmes obligations, évidemment remplies par des domestiques.

Extrait des petits métiers de Paris. Image d'Épinal de la Maison Pellerin, tome 7 : 1861-1864. Bibliothèque nationale de France. © Gallica, BnF, domaine public.

Le recours aux entreprises de nettoyage

Dès le XVIIe siècle, toutes ces mesures difficiles à faire respecter, incitent les villes à passer des accords avec des sociétés privées, pour enlever les ordures et nettoyer les rues. À Paris, les éboueurs passent deux fois par jour : pour éviter que les détritus ne restent trop longtemps dans la rue, les règlements prévoient que les éboueurs fassent sonner une petite cloche pour avertir les habitants de sortir leurs ordures.

Avec le recours à des entreprises de nettoyage, le balayage se professionnalise aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les habitants se contentent de l’espace situé devant leur porte tandis que des balayeurs payés par la ville prennent en charge le balayage des grandes places et autres espaces publics. La surveillance à l’égard des employés du nettoyage est également du ressort des agents de police urbaine (sergents, commissaires ou inspecteurs).

Amendes ou emprisonnement pour les contrevenants

Les dispositifs réglementaires répressifs mis en place par les villes, montrent que la propreté des rues est un souci constant des autorités municipales. Les ordonnances sur le nettoyage des rues prévoient diverses peines à l’égard des contrevenants : les dépôts sauvages d’ordures, les jets d’eaux sales, les défauts de balayage sont passibles d’amendes peu élevées, qui augmentent en cas de récidive et peuvent se transformer en jours d’emprisonnement ou exposition au carcan de la ville. La précision de la législation, en matière de propreté, souligne que l’image de la ville ensevelie sous les ordures doit être corrigée. Sous l’Ancien Régime, les autorités municipales ont toujours été attentives à organiser et réglementer le domaine de la propreté publique.

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