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Le col de Grootberg, le canyon de l’Aub, Palmwag, Burnt Mountain et Twyfelfontein

Dossier - Cent jours en Namibie, un voyage géologique
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Claire König a sillonné la Namibie pendant presque cent jours à la découverte des événements géologiques, des paysages et de la faune fascinante de ce pays d'Afrique. Du Damaraland à la côte atlantique, préparez-vous à un surprenant voyage en Namibie, véritable odyssée dans le désert.

  
DossiersCent jours en Namibie, un voyage géologique
 

Dans le Kaokoland, vous passez des granites de deux milliards d'années du complexe de l'Huab, socle du pays qui appartient au craton du Congo, à l'est, à la lave du plateau de l'Etendeka de 130 millions d'années, à l'ouest. Ces paysages sont travaillés et dans le canyon de l'Aub, il y a une grande fissure empruntée par l'eau. D'autres paysages, comme Burnt Mountain, sont dus au métamorphisme. Dans la région se trouve aussi la forêt pétrifiée.

Pour déterminer la natrolite, il faut vérifier qu’elle fond à la bougie et qu’elle se gélifie avec l’acide chlorhydrique. © Didier Descouens, CC by-sa 3.0

Le col de Grootberg

Un à deux millions d'années avant la séparation des continents, qui eut lieu le long de la côte actuelle de la Namibie, se forma ici un amincissement de la croûte terrestre. De gigantesques fissures apparurent et devinrent des conduits pour le magma, qui coula pendant longtemps et ensevelit le pays sous deux kilomètres de lave.

Très isolé, le Kaokoland n'a été colonisé que tardivement par les Allemands et constitue un sanctuaire quasiment intact pour la faune et la flore sauvages. © Calips96, Flickr, CC by-nc 2.0

Il en reste aujourd'hui 900 m d'épaisseur, et ce plateau de l'Etendeka n'est plus qu'une toute petite image de cette fin du monde. Puis la province du Paranà au Brésil et au Paraguay fut séparée de l'Afrique. Cette formation est comparable aux trapps du Deccan en Inde ou aux trapps de Sibérie, qui ne sont pas des mêmes époques cependant.

Le col de Grootberg est un col qui franchit cette zone depuis la région d'Etosha. Nous y sommes passés, après avoir quitté Otjitotongwe, une magnifique ferme de 7.000 hectares qui protège les guépards (ce n'est pas la plus grande, nous avons vu des fermes de 37.000 ha) et dont les bungalows sont construits en stromatolithes : il n'y a que ça dans la région. Nous avons passé une semaine dans cette ferme à observer les animaux, mais aussi la flore, en particulier une liane extraordinaire.

Le canyon de l’Aub

Pour visiter le canyon, il faut un permis qui est assez cher. Et les routes y sont mal indiquées de manière intentionnelle : les gens du lodge se gardent l'exclusivité des tours, les autres font comme ils veulent à leurs risques et périls. Je dois reconnaître que nous nous sommes un peu perdus, mais c'est dans cette région aussi que l'on peut voir des éléphants du désert !

Les profondes fissures, d'orientation nord-sud et parallèles à la côte actuelle, ont servi de chemin d'écoulement aux rivières Aub et Uniab par exemple. Cette érosion verticale, naturellement suivie d'une érosion horizontale d'élargissement, donna le paysage actuel de ces montagnes tronconiques ou coniques suivant leur degré d'érosion. Plus le sommet est petit, voire pointu, plus l'érosion est avancée.

De nombreuses zéolithes se sont formées (feldspaths hydratés, ici des silicates d'alumine sodiques, et on parle alors de natrolites : Na2(Al2Si3O10)·2H2O) avec leur cristallisation caractéristique en aiguilles.

Ces laves, pleines de lacunes, ont permis la cristallisation de calcite, mais aussi de calcédoine (minerai de silice) et d'agate (calcédoine colorée).

Vu les problèmes d'écoulement des rivières qui doivent changer d'orientation pour couler d'est en ouest et ainsi pouvoir atteindre la mer, il y a dans cette région quelques belles oasis, comme Palmwag, une superbe oasis en plein désert de lave, et des points d'eau permanents comme Twee Palms.

Paysage à Palmwag, dans le Damaraland. © Hans Stieglitz, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

À Palmwag, il nous est arrivé de rencontrer des copains européens en voyage photographique et de profiter de leur feu en buvant un verre, le soir : le monde est très petit !

Burnt Mountain et orgues de basaltes

Dans cette région, il y a un affleurement très intéressant juste à côté d'une série d'orgues de basaltes (dolérite).

La Burnt Mountain, couche d’argile complètement et littéralement brûlée par le métamorphisme. © Christian König, DR

Il s'agit d'un affleurement de métamorphisme de contact assez important dû au passage de laves très chaudes à travers les argiles (restes d'anciens lacs glaciaires) qui ont été cuites ou brûlées par ce contact à 1.000 °C. Comme ces argiles contenaient de nombreux restes animaux et végétaux, on trouve ici quelques fossiles plus ou moins dégradés. Le paysage y est très particulier, car la montagne est vraiment brûlée !

Il est conseillé de ne pas approcher les éléphants du désert à moins de 100 mètres, pour éviter de les effrayer. © Christian König, DR

Twyfelfontein

Dans des roches plus anciennes, mais qui affleurent ici, on a deux sites intéressants : Twyfelfontein et la forêt pétrifiée. Dans le premier cas, il s'agit des grès de l'Etjo Sandstones de 180 millions d'années, restes pétrifiés du désert du Gondwana. La « fontaine hésitante » (c'est la traduction de son nom), sporadique, fut cependant un lieu de rencontre, voire un lieu sacré des Bushmen.

Le site archéologique de Twyfelfountain abrite de nombreux dessins gravés dans la pierre, ou pétroglyphes. © Kevin Pluck, Flickr, CC by 2.0

Ces grès plus ou moins solidifiés (il n'y a pas eu beaucoup de ciment pour fixer les sables dans ce désert) ont permis la gravure. Ces gravures rupestres ont été visitées par de Broglie qui les a rendues célèbres. Elles datent de 30.000 ans environ. Il faut une petite heure de marche pour y accéder et le site est devenu payant.

La forêt pétrifiée du Damaraland

Sur la route de Khorixas, la forêt pétrifiée s'étend sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés par gisements plus ou moins importants.

Ces arbres de 280 millions d'années, adaptés aux climats froids, situés en bordure des glaciers à l'époque, mesuraient jusqu'à 30 m de haut et ont été emportés massivement lors d'un événement soudain comme une vidange de poche de glacier, par exemple lors du changement climatique assez brutal de cette époque. Tous orientés dans le même sens et au même niveau, ils ont probablement été abattus en même temps.

Les troncs de la forêt pétrifiée datent d’environ 200 millions d’années. © Jean & Nathalie, Flickr CC by 2.0

Enfouis petit à petit à plus de 1.000 m de profondeur, ces arbres ont subi un échauffement qui a produit la dissolution du quartz des dépôts encaissants et sa circulation dans les pores. Puis, lors d'une phase de précipitation, intervint la silicification des arbres. Il s'agit ici de cordaites, qui ont contribué à la formation de gigantesques gisements de charbon en Europe à la même époque.

Je trouve très impressionnant de voir ces nombreux arbres couchés devant soi, témoins silencieux d'un passé lointain qui n'avait rien à voir avec le climat actuel !