Les forêts tropicales primaires sont essentielles pour stocker le carbone et fournir un habitat aux jaguars, aux orangs-outans, aux gorilles et à tant d’autres animaux. Mais selon Global Forest Watch, elles sont en net recul. © stokpic, Pixabay License
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La forêt tropicale et sa biodiversité disparaissent à un rythme alarmant

ActualitéClassé sous :forêt , Environnement , déforestation

Entre autres fonctions majeures, les forêts jouent un rôle capital dans la préservation de la biodiversité sur Terre. Pourtant, leur déforestation et leur dégradation continuent de se poursuivre à un rythme alarmant. Aujourd'hui plus que jamais, les institutions et organismes de conservation appellent à agir pour éviter l'irréparable.

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À ce jour, les forêts occupent environ 31 % de la surface du globe (4,06 milliards d'hectares) et hébergent la majeure partie de la biodiversité terrestre. Il est donc inquiétant de lire que 420 millions d'hectares de forêts auraient été perdus depuis 1990 du fait de l'activité humaine. Entre 2015 et 2020, on estime que le taux de déforestation s'éleve à 10 millions d'hectares par an. C'est certes 6 millions d'hectares de moins qu'en 1990, mais ces chiffres devront encore être considérablement améliorés afin d'éviter la catastrophe.

Forêts et biodiversité menacées

« La déforestation et la dégradation de la forêt se poursuivent à un rythme alarmant, ce qui contribue significativement au déclin actuel de la biodiversité », souligne QU Dongyu, directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). La cause première de cette éradication des forêts demeure l'agriculture industrielle, principalement dédiée à la production de nourriture pour le bétail et à la culture de soja et de palme : entre 2000 et 2010, elle était responsable de 40 % de la déforestation tropicale. L'agriculture locale, quant à elle, y contribuait encore de 33 %. 

Ensemble, la FAO et les Nations Unies ont produit un nouveau rapport faisant état de la situation actuelle des forêts, et appuyant la nécessité d'agir maintenant pour en protéger la biodiversité. Avec chaque million d'hectares de forêt qui disparaît, ce sont d'innombrables espèces végétales, animales et fongiques qui s'éteignent, tandis que d'autres sont contraintes d'évoluer sur un territoire toujours plus réduit, ce qui entraîne une compétition accrue pour la survie des espèces.

Sur les 20.334 espèces d'arbres répertoriées par l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), 8.056 sont menacées, dont 1.400 sont proches de l'extinction. Parmi les plantes vasculaires, 21 % des espèces sont menacées. Les forêts hébergent par ailleurs 80 % des espèces d'amphibiens, 75 % des oiseaux, 68 % des mammifères et la plupart des insectes. On estime qu'il existe également plusieurs millions d'espèces de champignons, dont certains forment le système nerveux des forêts, permettant les échanges de signaux et de nutriments entre les arbres.

La déforestation en Amazonie brésilienne a plus que doublé entre janvier 2019 et janvier 2020. © Imago Photo, Adobe Stock

Devoir de protection

Les forêts à travers le monde fournissent en oxygène, protection, nourriture, énergie, beauté et beaucoup d'autres bienfaits : 90 % des personnes vivant dans l'extrême pauvreté dépendent actuellement des forêts pour survivre, tandis que ces dernières génèrent plusieurs dizaines de millions d'emplois.

Pour continuer de préserver ces territoires précieux, la FAO et les Nations Unies préconisent d'aller bien au-delà de la multiplication des réserves naturelles, en modifiant la façon dont nous gérons les forêts. « Il est impératif que nous séparions la dégradation environnementale et les ressources non-durables de la croissance économique, ainsi que des motifs de production et de consommation associés », affirme la FAO sur son site. Les secteurs agricole et de la production alimentaire seront probablement les premiers à devoir modifier leurs pratiques.

« Un équilibre réaliste doit être trouvé entre, d'un côté, les objectifs de conservation et, de l'autre, les besoins locaux en ressources, qui créent des emplois, et le bien-être. Cela requiert une gouvernance efficace, des politiques intégrées pour les questions inter-reliées, une sécurité foncière, un respect des droits et du savoir des communautés locales et indigènes, et une augmentation de la surveillance des impacts sur la biodiversité. » Un programme ambitieux pour ces vastes étendues dont nous ne saurions nous passer.

  • Les régions tropicales ont perdu 12 millions d’hectares de couverture arborée en 2018.
  • Un chiffre qui classe 2018 au quatrième rang des plus mauvaises années en matière de déforestation depuis 2001.
  • Et c’est notamment les 3,6 millions d’hectares de forêt tropicale primaire disparus qui préoccupent les experts.
  • Car elles stockent plus de carbone que les autres forêts et sont irremplaçables pour préserver la biodiversité.
Pour en savoir plus

Le monde a perdu 12 millions d'hectares de forêts tropicales en 2018

Article de l'AFP-Relaxnews, publié le 26 avril 2019

La forêt tropicale, c'est le plus divers des habitats naturels qui existent sur notre planète. Mais depuis quelques années, ses arbres sont abattus au profit de l'industrie du bois ou de la production d'huile de palme, de cannes à sucre ou de soja. Et selon le dernier rapport de Global Forest Watch (GFW), en matière de déforestation, 2018 se classe comme la quatrième plus mauvaise année.

C'est en 2001 que Global Forest Watch (GFW) -- un projet soutenu par le World Ressources Institute (WRI) et qui se base notamment sur des données satellitaires -- a commencé à cartographier le recul des forêts du monde. Et sa dernière étude montre que la destruction des forêts tropicales s'est poursuivie en 2018 à un rythme soutenu. Selon les données, « les régions tropicales ont perdu, l'année dernière, 12 millions d'hectares de couverture arborée », soit une superficie équivalente à celle du Nicaragua.

Après 2016, 2017 et 2014, 2018 s'affiche ainsi comme la quatrième année la plus mauvaise en matière de déforestation« La disparition de 3,6 millions d'hectares de forêt tropicale primaire, une superficie de la taille de la Belgique, est particulièrement préoccupante », souligne GFW dans son rapport. Car ces forêts « constituent un écosystème forestier extrêmement important, contenant des arbres pouvant atteindre des centaines voire des milliers d'années », rappelle GFW. « Elles stockent plus de carbone que les autres forêts et sont irremplaçables pour préserver la biodiversité. »

Les forêts tropicales primaires stockent plus de carbone.

La destruction de forêt tropicale primaire se concentre dans cinq pays : le Brésil, la République démocratique du Congo, l'Indonésie, la Colombie et la Bolivie. Le rapport s'alarme aussi sur la situation à Madagascar, un des pays les plus pauvres au monde. Un pays qui a perdu « 2 % de sa forêt tropicale primaire en 2018, une proportion supérieure à celle de tout autre pays tropical ». Et GFW pointe aussi du doigt l'accélération de la destruction de forêt tropicale primaire au Ghana et en Côte d'Ivoire entre 2017 et 2018.

C’est notamment au profit de cultures d’huile de palme ou de bois que la forêt tropicale primaire est détruite. Ne sont représentés ici que les pays qui abritent plus de 100.000 hectares de forêts tropicales primaires. À gauche, le classement en nombre total d’hectares perdus. À droite, le classement en pourcentage de hausse par rapport à 2017. © World resources institute

Des raisons de s’inquiéter

Le rapport souligne qu'en 2002, le Brésil et l'Indonésie concentraient 71 % des pertes de forêts tropicales primaires, et qu'ils n'en représentent plus que 46 % en 2018. L'an dernier, « la perte de forêt primaire en Indonésie a atteint son taux le plus bas depuis 2003, poursuivant une baisse encourageante amorcée en 2017 ». Cette tendance s'explique par des « politiques gouvernementales récentes », avec par exemple des zones forestières protégées par un moratoire. Le pays a aussi bénéficié d'un temps humide, « empêchant une saison de feux de forêt intense ». Mais la situation pourrait changer en 2019 avec le phénomène El Niño « qui entraînera généralement des conditions sèches et une saison de feux de forêt prolongée en Indonésie ».

Au Brésil, la perte de forêt primaire reste élevée, s'inquiète GFW. « Une partie de la perte de 2018 peut être attribuée aux feux de forêt, mais elle semble être due en grande partie à des coupes à blanc en Amazonie, mettant en péril la baisse de la déforestation que le pays a connue au début des années 2000 ». Et la situation pourrait encore empirer, car selon l'ONG Imazon, la déforestation en Amazonie brésilienne a augmenté de 54 % en janvier 2019 par rapport à janvier 2018.

« Il est encore trop tôt pour évaluer de quelle façon l'affaiblissement des lois environnementales et leur application sous la nouvelle administration du Brésil [NDLR : un nouveau président a pris ses fonctions en début d'année] affecteront la perte de forêt », commente pour sa part GFW. Le président brésilien a en effet fait savoir qu'il ferait passer les intérêts miniers et agricoles en premier avant la protection de l'environnement.

En Colombie enfin, l'accélération de la perte de forêt primaire s'explique par l'accord de paix conclu avec les Forces armées révolutionnaires : « des zones de l'Amazonie occupées auparavant par les FARC se sont ouvertes au développement », explique GFW.

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