Alors que Jakarta s’enfonce inexorablement dans le sol et étouffe sous la pollution, le gouvernement indonésien vient d’annoncer le déménagement de sa capitale sur l’île de Bornéo, en plein cœur de la forêt tropicale. Un choix qui inquiète les associations environnementales redoutant une destruction de ce haut lieu de la biodiversité.

Cela vous intéressera aussi

Construite sur des marécages, victime de la montée des eaux et soumise à un développement économique anarchique, la capitale indonésienne Jakarta s’enfonce inexorablement. La moitié de la mégalopole de 10 millions d'habitants se situe déjà sous le niveau de la mer et, à ce rythme, la quasi totalité de la ville pourrait être engloutie d'ici 2050. L'urbanisation effrénée et la surpopulation ont par ailleurs entraîné un trafic et une pollution dramatique, avec des embouteillages interminables pour rejoindre le centre-ville. Depuis plusieurs années, le gouvernement indonésien réfléchit donc au transfert de sa capitale, comme l'avait fait le Brésil en 1960 en délocalisant ses institutions à Brasilia ou plus récemment la Birmanie avec Naypyidaw.

Une des rares provinces relativement épargnées par les catastrophes naturelles

Lundi 26 août, le président fraîchement réélu Joko Widodo a annoncé la nouvelle implantation de la future capitale : ce sera dans la province de Kalimantan, à l'est de l'île de Bornéo, entre les villes de Balikpapan et Samarinda. Selon le gouvernement, le site a été choisi pour sa localisation stratégique au centre de l'Indonésie, mais aussi pour sa faible exposition aux désastres naturels. Ce qui n'était pas une mince affaire : une vaste partie de l'archipelarchipel indonésien est en effet située sur la ceinture de feuceinture de feu du Pacifique, une zone de subductionsubduction particulièrement touchée par les éruptions volcaniqueséruptions volcaniques et les séismesséismes. En août 2018, plusieurs puissants tremblements de terreterre avaient ainsi dévasté l’île de Lombok, à l'est du pays. L'opération, qui devrait débuter en 2024, est évaluée à 450.000 milliards de roupies indonésiennes, soit 28 milliards d'euros.
 

Bornéo, un havre pour la biodiversité

Mais ce n'est pas seulement son coût qui inquiète les habitants et les défenseurs de l'environnement. L'île de Bornéo, partagée par l'Indonésie avec la Malaisie au sud et Brunei au nord, est un refuge pour la biodiversitébiodiversité avec une forêt primaire qui accueille de nombreuses espèces endémiquesendémiques. C'est notamment l'une des dernières régions du globe qui accueille des orangs-outans à l'état sauvage. Or, qui dit nouvelle ville dit constructionconstruction d'un aéroport, de voies de communication, un système d'approvisionnement en eau et de gestion de déchetsdéchets et de nombreuses habitations. Plus de 1,5 million de fonctionnaires devraient ainsi déménager au cœur de la forêt tropicaleforêt tropicale. De quoi faire craindre un défrichage massif.

L’Indonésie, championne mondiale de la déforestation

« Nous n'allons pas perturber la forêt existante, nous allons la réhabiliter », a tenté de rassurer le président Widodo. Dans un premier temps, 40.000 hectares devraient être bétonnés, mais jusqu'à 180.000 hectares pourraient être requis, a reconnu le président. Or, l'Indonésie détient déjà la palme mondiale de la déforestationdéforestation, avec 1,8 million d'hectares perdus chaque année au profit notamment de la culture de palmiers à huile, de caoutchouccaoutchouc, l'exploitation du boisbois pour l'industrie papetière ou pour ses arbresarbres tropicaux. Et alors que les incendies de forêt au Brésil captent toute l'attention médiatique, l'Indonésie est, elle aussi, en proie aux flammes : 700 départs de feux ont été identifiés ces derniers jours sur les îles de Sumatra et Bornéo, notamment dans la province de Kalimantan.

Les experts craignent que le transfert ne soit un jeu perdant-perdant : non seulement, il ne résoudra pas les problèmes de Jakarta, qui continuera à étouffer sous la pollution et à lutter contre les inondationsinondations, mais il risque d'ajouter un autre désastre environnemental à la Planète qui n'en n'a vraiment pas besoin.