En l'espace de 18 ans, la forêt amazonienne a perdu une surface équivalente à celle de l'Espagne. © Marcio Isensee e Sá, Adobe Stock
Planète

La forêt amazonienne a perdu un territoire de la taille de l'Espagne en 18 ans !

ActualitéClassé sous :amazonie , déforestation , feux de forêts

[EN VIDÉO] La forêt amazonienne se consume à un rythme sans précédent  Les incendies en Amazonie brésilienne sont en hausse de 34% par rapport à l’an dernier. Ils sont provoqués par la sécheresse et la déforestation et ont des conséquences dramatiques. 

En 18 ans, l'Amazonie a perdu en surface l'équivalent d'un pays comme l'Espagne. Même si ce poumon vert se concentre à 62 % sur le Brésil, responsable de sa déforestation à 85 %, il s'étend également sur neuf autres pays. Un nouvel atlas, fruit d'une collaboration pluridisciplinaire, présente la complexité de la situation sous tous ces aspects et souligne l'intérêt qu'auraient ces pays à travailler ensemble pour maîtriser cette déforestation. 

La déforestation en Amazonie entre 2000 et 2018 a atteint 513.016 km2, une surface aussi grande que l'Espagne, amputant de 8 % la plus grande forêt tropicale du monde, selon un rapport publié mardi, intitulé Amazonie sous pression. Ce document du Réseau amazonien d'information socio-environnementale géographique (Raisg) pointe du doigt « l'avancée des activités minières, des projets d'infrastructure, ainsi que la recrudescence des incendies de forêt. L'Amazonie est beaucoup plus menacée qu'il y a huit ans », dénonce ce document du collectif de chercheurs et d'ONG qui avait publié une étude similaire en 2012.

L'Amazonie s'étend sur neuf pays (Brésil, Colombie, Pérou, Bolivie, Équateur, Venezuela, Surinam, Guyana et Guyane française, avec environ 47 millions habitants, dont de nombreuses communautés indigènes. Sur la période étudiée, l'année 2003 reste la pire en termes de déforestation, avec 49.240 km2 déboisés. La déforestation avait baissé par la suite, atteignant un plus bas en 2010 (17.674 km2), avant d'accélérer à nouveau à partir de 2012. Puis, la surface déboisée « a triplé de 2015 à 2018, pour atteindre 31.269 km2 sur la seule année 2018 », souligne le rapport.

Le Brésil concentre 62 % de la forêt amazonienne, mais plus de 85 % de la déforestation a eu lieu sur son territoire, avec 425.051 km2 déboisés de 2000 à 2018. La situation n'a fait qu'empirer depuis l'élection en 2019 du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, favorable à l'ouverture de zones protégées et de territoires indigènes à l'exploitation minière et agricole.

L'Amazonie est menacée par l'agriculture mais aussi l'extraction minière illégale de l'or et d'autres métaux, causes directes de la déforestation. © Marcio Isensee e Sá, Adobe Stock

L'Amazonie, un territoire partagé par neuf autres pays

Les satellites de l'Institut national de recherches spatiales (INPE) brésilien ont dénombré 11.088 km2 de forêt détruits d'août 2018 à juillet 2019, le pire chiffre depuis 12 ans et une hausse de 9,5 % par rapport aux douze mois précédents. C'est aussi au Brésil que se trouvent 53,8 % des 4.472 poches d'exploitation minière illégale, notamment d'orpaillage, répertoriées par le Raisg en Amazonie. Mais le Venezuela concentre 32 % de ce total, alors que seulement 5,6 % de la forêt amazonienne se trouve sur son territoire.

Vue aérienne de zones brûlées de la forêt amazonienne, le 24 août 2019, près de Boca do Acre, au Brésil. © Lula Sampaio, AFP, Archives

En ce qui concerne les feux de forêt, c'est en Bolivie qu'ils ont fait le plus de dégâts proportionnellement, avec 27 % du territoire amazonien de ce pays ravagé par les flammes dans la période 2000-2018. « Depuis 2001, 169.000 km2 de l'ensemble de la forêt amazonienne ont été brûlés par an en moyenne, dont 26.000 km2 dans des zones protégées ou des territoires indigènes », précise le rapport.

Le document souligne qu'« au moins 13 % de la surface totale de la forêt a brûlé au moins une fois depuis 2001 », certaines zones parvenant à se régénérer après les incendies. « Ces données montrent qu'il serait important que les pays amazoniens travaillent ensemble pour combattre l'avancée [de la déforestation] à l'échelle de la région », explique Julia Jacomini, chercheuse de l'Institut socio-environnemental, ONG brésilienne membre du Raisg.

Pour en savoir plus

La déforestation en Amazonie est à son plus haut niveau depuis 12 ans

Article de Futura avec l'Afp-Relaxnews, publié le 6 décembre 2020

Depuis plusieurs d'années, la forêt amazonienne, essentiellement concentrée au Brésil, se réduit telle une peau de chagrin. Sa destruction s'emballe et les derniers chiffres officiels publiés démontrent une intensification de la déforestation jamais atteinte depuis douze ans. Un constat qui jette la désapprobation sur le président Jair Bolsonaro, climato-sceptique notoire, et sur son gouvernement.

La déforestation en Amazonie brésilienne a atteint son plus haut niveau depuis douze ans, selon les données officielles rendues publiques lundi qui ont provoqué des condamnations du gouvernement du président Jair Bolsonaro. Au total, 11.088 km2 de forêt ont été détruits en douze mois jusqu'en août dernier, selon l'Institut national de Recherches spatiales (INPE) brésilien qui analyse les images satellites. La surface déboisée est plus large que la Jamaïque, et a augmenté de 9,5 % par rapport à l'an dernier, quand la déforestation avait déjà battu un record sur une dizaine d'années.

Ces chiffres sont les plus hauts depuis 2008, quand 12.911 km2 de forêt avaient été détruits en Amazonie brésilienne. « En raison d'une telle déforestation, le Brésil est probablement le seul émetteur majeur de gaz à effet de serre qui a réussi à augmenter ses émissions pendant une année au cours de laquelle l'économie mondiale était paralysée », a estimé l'Observatoire du climat, un collectif d'ONG au Brésil.

Les forêts comme l'Amazonie jouent un rôle essentiel dans le contrôle du changement climatique en raison de leur capacité à absorber le carbone. Mais lorsque les arbres meurent ou sont brûlés, ils rejettent à nouveau le carbone dans l'environnement. Le président brésilien d'extrême droite, climato-sceptique notoire, a essuyé de nombreuses critiques de la communauté internationale au sujet de sa gestion environnementale, notamment en 2019, en raison d'une forte augmentation des incendies en Amazonie lors de sa première année de mandat.

Vue aérienne d'une zone de déforestation de la forêt amazonienne, le 7 août 2020 près de Sinop, dans l'État du Mato Grosso, au Brésil. © Florian Plaucheur, AFP/Archives

Une vision politique « rétrograde » qui cautionne la déforestation de l'Amazonie

Son gouvernement appelle à légaliser l'agriculture ou les activités minières dans des zones protégées et a réduit les fonds pour les programmes de protection de l'environnement. Les écologistes affirment que ces politiques alimentent la destruction de l'Amazonie, la plus grande forêt tropicale du monde dont environ 60 % se trouve au Brésil.

« La vision du gouvernement de Bolsonaro pour le développement de l'Amazone est un retour à la déforestation rampante du passé. C'est une vision rétrograde qui est loin des efforts requis pour traiter la crise du climat », a affirmé Cristiane Mazzetti, porte-parole de Greenpeace, dans un communiqué.

Vue aérienne d'une zone de déforestation de la forêt amazonienne, le 23 août 2019, près de Porto Velho, dans le nord du Brésil. © Carl De Souza, AFP/Archives

Le vice-président Hamilton Mourao, qui a présenté les chiffres lors d'une conférence de presse, a défendu l'engagement du gouvernement à combattre la déforestation. « Le message que je transmets au nom du président Bolsonaro est que nous allons continuer à œuvrer avec la science et la technologie pour soutenir le travail des agences de protection de l'environnement », a assuré ce général à la retraite qui dirige la « task force » sur l'Amazonie créée par le chef de l'État.

Le président américain élu Joe Biden avait menacé en octobre le Brésil de « conséquences économiques significatives » si la déforestation se poursuivait en Amazonie, mais le président Bolsonaro avait averti que son pays n'avait pas l'intention de subir des pressions à ce sujet.

Une vue aérienne d'un feu de forêt en Amazonie brésilienne au sud de Novo Progresso au Brésil, le août 2020. © Carl De Souza, AFP

Amazonie : des incendies et une déforestation record en 2019

Article de Nathalie Mayer, publié le 19 novembre 2019

Voilà des années que l'Amazonie n'avait pas connu autant d'incendies. Une conséquence directe de la politique de Jair Bolsonaro, le président du Brésil ? C'est en tout cas ce que concluent des chercheurs qui désignent la déforestation massive comme coupable de cette situation alarmante.

L'été dernier, alors que des incendies ravageaient la forêt amazonienne, le gouvernement brésilien affirmait que la situation était « normale », voire « moins grave que la moyenne historique ». Mais les travaux d'une équipe internationale de chercheurs révèlent aujourd'hui que le nombre d'incendies actifs au mois d'août 2019 était en réalité trois fois plus élevé qu'à la même période en 2018. Et même plus élevé que jamais depuis 2010.

Selon les scientifiques, le coupable est à chercher du côté de la déforestation de l'Amazonie. Car, lorsque la végétation est coupée, elle est laissée à sécher avant d'être brûlée afin de pouvoir cultiver les zones déboisées. Et les conclusions tirées par DETER-b -- le système de surveillance mis en place par l'Institut national de recherches spatiales du Brésil (Inpe) -- à partir des images des satellites de la Nasa sont formelles. En juillet 2019, la déforestation est apparue quatre fois supérieure à la moyenne de la même période des trois années précédentes.

Une zone récemment déboisée en plein cœur de l’Amazonie. © Marizilda Cruppe, Rede Amazônia Sustentáve

Un lien étroit entre incendies et déforestation

Des chiffres confirmés par l'Inpe : entre août 2018 et juillet 2019, la déforestation aurait touché 9.762 km2. Du jamais vu, là non plus, depuis 2008. Avec une augmentation de près de 30 % par an. Et elle aurait continué à un rythme bien supérieur à la moyenne en ce mois de septembre, malgré l'interdiction des brûlis agricoles.

« Par le passé, le Brésil a su faire preuve d'une conscience environnementale exemplaire qui lui a permis de limiter la déforestation. Il ne semble pas judicieux aujourd'hui de renverser la tendance. Car si nous ne continuons pas à lutter contre la déforestation, nous verrons la plus grande forêt tropicale du monde se réduire peu à peu en cendres », conclut Erika Berenguer, chercheur à l'université de Lancaster (Royaume-Uni).

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !