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La fièvre de l'or fait monter le mercure : menace en Amazonie

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L'Association for Tropical Biology and Conservation (ATBC) a fait part aux gouvernements de son inquiétude face aux méfaits résultant de l'orpaillage illégal dans les espaces protégés d'Amérique du sud. L'association scientifique leur demande donc de prendre des mesures afin d'éradiquer ces exploitations hors-la-loi d'alluvions aurifères.

Photo aérienne d'un site d'orpaillage

Pierre-Michel Forget, spécialiste d'écologie forestière tropicale au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), affirme que depuis la hausse du cours de l'or en 1999, les exploitations clandestines se sont multipliées sur les rivières amazoniennes. Cela fait plusieurs années que ce chercheur tente d'ouvrir les yeux des responsables politiques sur ce problème. Le soutien de l'ATBC, principale organisation scientifique spécialisée dans les écosystèmes tropicaux, arrivé mardi sous la forme d'un communiqué rendu public à Washington, est donc le bienvenu. L'association estime en effet que "la situation a atteint des proportions critiques, particulièrement en Guyane française, au Guyana, au Suriname, au Venezuela et au Brésil". Elle ajoute que "des dizaines de milliers de chercheurs d'or artisanaux ont envahi les parcs nationaux et réserves naturelles, où ils dégradent les fleuves et rivières, contaminent les eaux au mercure, se livrent au braconnage, détruisent la forêt et menacent les populations locales indiennes". Le communiqué appelle donc les gouvernements à réagir rapidement en utilisant des moyens de surveillances adaptés et en contrôlant le commerce du mercure utilisé pour agglomérer l'or.

Pierre-Michel Forget constate que les problèmes liés à ces exploitations illégales vont de mal en pis et que les actions menées jusque là par les gouvernements n'ont eut que des effets très temporaires. Les infrastructures détruites lors d'opérations conduites par les gendarmes français sont rapidement remises sur pieds par les clandestins. De plus la misère de ces hommes, que Forget n'hésite pas à qualifier d'esclaves, les pousse au pillage, notamment des stations de recherches.

Mais les conséquences les plus graves sont celles qui frappent l'environnement. La pollution au mercure est considérable (5 à 10 tonnes seraient versées chaque année dans les rivières guyanaises). Ce métal tératogène, c'est-à-dire provoquant des malformations chez l'embryon, se retrouve dans les poissons consommés par la population, en quantité supérieure à la limite fixée par l'OMS. De plus les bassins d'eau que mettent en place les orpailleurs créent un milieu de vie parfait pour le moustique vecteur du paludisme et permettent donc le développement de la maladie dans des régions qui en étaient jusque là exemptes.

Si l'on ajoute à ce tableau déjà fort peu réjouissant la résurgence de maladies sexuellement transmissibles, on comprend l'urgence du problème. La mesure prise par le gouvernement français d'interdire l'utilisation du mercure en Guyane à partir de 2006 paraît largement insuffisante aux yeux de Pierre-Michel Forget. "Les légaux respecteront la loi, mais pas les clandestins", dit-il. Pour lui, des contrôles ciblés sur les points de passages incontournables des fleuves seraient beaucoup plus adaptés à la situation.

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