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La ruée vers l'or fait de nouvelles victimes en Guyane

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La Guyane est victime d'une véritable ruée vers l'or. L'utilisation de mercure, on le sait, est source de pollution. Mais il y a d'autres impacts, dus au fait que les orpailleurs augmentent la turbidité des cours d'eau. Des diatomées fixées aux substrats manquent de lumière ou meurent étouffées sous les sédiments. Heureusement, les espèces plus mobiles peuvent survivre. Ces algues unicellulaires pourraient donc être utilisées comme bio-indicateur pour évaluer l'état des cours d'eau amazoniens.

Diatomée du genre Surirella (59 µm) à forte capacité motrice. Étant mobile, cette algue microscopique peut se déplacer pour trouver des conditions de vie plus favorables ou pour revenir en surface après avoir été enfouie sous des sédiments. © Loïc Tudesque

C'est une véritable ruée vers l'or qu'est en train de vivre la Guyane : on estime que le nombre de sites d'orpaillage clandestins se situe entre 500 et 900. D'après l'Office national des forêts, plus de 1.300 kilomètres de rivières et 12.000 hectares de forêt seraient directement affectés par cette activité. Il est bien connu que cette pratique a un effet très négatif sur l'environnement à cause du mercure relâché dans les rivières. En revanche, on connaît moins l'impact écologique de l'accroissement de la turbidité des eaux dû à l'orpaillage.

Pour mieux évaluer un des aspects de cet impact, les chercheurs se sont penchés sur les populations de diatomées, algues unicellulaires mesurant de 2 μm à 1 mm. Ils ont étudié leurs communautés sur une dizaine de sites d'orpaillage actifs ou abandonnés depuis quelques mois, ainsi que dans des rivières de référence n'ayant jamais été perturbées par les chercheurs d'or. En brossant pierres et morceaux de bois sur lesquels les diatomées se fixent, ils ont pu comparer les populations présentes dans ces différents sites localisés dans le bassin de l'Approuague.

L'analyse montre un fort impact de l'activité minière sur ces communautés. Dans les sites d'orpaillage, la proportion de certaines espèces diminue au profit d'autres, et ceci, pour des raisons fonctionnelles. En effet, parmi les diatomées, certaines sont solidement fixées tandis que d'autres sont capables de se déplacer à la surface du substrat. Ces dernières résistent beaucoup mieux à l'impact de l'orpaillage. Ces travaux, réalisés par le laboratoire Évolution et diversité biologique (CNRS/Université Paul Sabatier Toulouse III/École nationale de formation agronomique), seront publiés dans la revue Ecological Indicators de mars 2012.

Confluence d'un cours d'eau présentant une forte turbidité (en bas) du fait d'une activité intense d'orpaillage. © Kamran Khazraie

La ruée vers l’or étouffe les diatomées de Guyane

D'après les chercheurs, l'impact de la turbidité de l'eau s'explique de deux manières. D'une part, dans les eaux troubles, la quantité de lumière qui arrive jusqu'aux algues est plus faible, ce qui réduit l'efficacité de la photosynthèse ou l'empêche. D'autre part, les sédiments soulevés par les chercheurs d'or retombent peu à peu sur les algues et les asphyxient. Voilà pourquoi les diatomées capables de se mouvoir résistent mieux : elles peuvent se hisser au-dessus de la couche de sédiments au fur et à mesure que celle-ci les recouvre. Par ailleurs, les chercheurs n'observent pas de déformation du squelette siliceux des diatomées. Ces déformations n'apparaissent que lors d'une forte contamination au mercure.

En plus de connaître l'impact de l'orpaillage sur les communautés d'algues, ces recherches ont pour but de participer à la mise au point de nouveaux indices biologiques permettant de suivre l'état de santé des écosystèmes des rivières de Guyane. Les diatomées sont déjà un indicateur très utilisé dans les rivières européennes, mais pour l'adapter au milieu amazonien, il faut connaître la dynamique propre des populations locales et leur réaction face aux perturbations humaines. Les chercheurs s'intéressent aussi à d'autres bio-indicateurs tels que les poissons, les crustacés ou les larves aquatiques d'insectes. Après le bassin de l'Approuague, et plus récemment, le bassin du Maroni, les chercheurs vont continuer leur travail sur ces espèces sentinelles dans le bassin de l'Oyapock.

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