L’Amazonie de notre imaginaire, incommensurable forêt vierge dense et très peu peuplée, est une idée qui s’émousse avec les découvertes de ces dernières années. Plusieurs sites d’occupation humaine ont été identifiés bien loin de l’Amazone et de ses plus grands affluents. L’histoire de l’Amazonie précolombienne est en train d’être réécrite.

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    Des archéologues ont fait des découvertes importantes dans le sud de l'Amazonie qui vont à l'encontre de l'idée ancienne que seules les régions le long des grands cours d'eau étaient peuplées dans le passé, avant l'arrivée des Européens. Hélas, le contact avec les colons aurait décimé les populations (exactions, maladies, esclavages, etc.)

    « Il y a une idée fausse selon laquelle l'Amazonie est un paysage intact où habitent des communautés nomades dispersées, a déclaré le professeur Jonas Gregorio de Souza, du département d'archéologie de l'université d'Exeter. Nous avons constaté que certaines populations éloignées des grands cours d'eau sont beaucoup plus importantes qu'on ne le pensait auparavant, et ces personnes ont eu un impact sur l'environnement que nous pouvons encore trouver aujourd'hui. » Des découvertes qui d'ailleurs rejoignent certains récits du XVIIIe siècle évoquant des routes et des villages au cœur de la forêt amazonienne.

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    À la recherche des cités perdues d’Amazonie

    Dans un article qui vient de paraître dans Nature Communications, le chercheur et ses collègues démontrent que plusieurs artefacts ou géoglyphes, aux formes géométriques variées, mis au jour depuis une quarantaine d'années sont des vestiges de villages entourés de fossés et présentant des terrassementsterrassements et plateformes sur lesquels des maisons ont été édifiées. Le plus grand site qu'ils aient trouvé s'étend sur 20 hectares. Il est possible que certains villages étaient fortifiés, protégés par des palissades mais l'équipe n'a pas trouvé pour l'instant de reste évident de poteaux. Beaucoup de ces hameaux étaient connectés par des routes. Les restes de poteries qu'ils ont retrouvés au cours de leurs fouilles suggèrent en outre que plusieurs cultures se partageaient la région.

    Une vue aérienne d’un géoglyphe sur le site de Jacó Sá, au Brésil. © <em>University of Exeter</em>

    Une vue aérienne d’un géoglyphe sur le site de Jacó Sá, au Brésil. © University of Exeter

    Jusqu’à un million d’habitants dans le sud de l’Amazonie

    Selon les estimations de l'équipe de l'université d'Exeter, des dizaines de milliers -- voire un million -- de personnes vivaient dans une portion de 1.800 kilomètres dans le bassin du rio Tapajós, dans l'état brésilien du Mato Grosso, réparties dans 1.000 à 1.500 villages. D'après leurs simulations, les deux tiers restent encore à découvrir. Les datations des morceaux de charboncharbon et aussi de fragments de poteries qu'ils ont prélevés dans 24 sites indiquent que la région était peuplée sans interruption entre 1250 et 1500.

    Les images satellites leur ont permis d'identifier 81 nouveaux sites d’occupation et via des modèles, ils estiment qu'il y a environ 1.300 géoglyphes répartis sur quelque 400.000 km2 de cette partie de la forêt amazonienne aujourd'hui dépecée par la déforestationdéforestation.

    Les habitants cultivaient les espaces alentour et d'ailleurs une terre noire fertile a été retrouvée autour de plusieurs des sites. « [...] les gens qui y habitaient ont changé le paysage », a indiqué le professeur José Iriarte qui a cosigné l'étude. Un environnement qui garderait encore aujourd'hui les traces d'une occupation humaine comme en témoigne l'abondance d'espècesespèces d'arbresarbres fruitiers dans ces mêmes régions. « Les limites sud et sud-est de l'Amazonie sont les zones où j'ai trouvé la plus grande richesse d'espèces domestiquées dans les forêts », a commenté dans New Scientist Carolina Levis de l'INPA (Institut national de recherche amazonienne à Manaus). Pour elle, « nos cartes correspondent assez bien ».

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    « L'Amazonie est cruciale pour réguler le climat de la Terre et en savoir plus sur son histoire aidera tout le monde à prendre les bonnes décisions sur la façon dont il devrait être pris en charge à l'avenir », a souligné Jonas Gregorio de Souza, coauteur de l'étude.