L'État du Mato Grosso, dans le centre du Brésil, est l'un des États les plus riches en biodiversité et l'un des plus touchés par la déforestation. Ici, la récolte massive de soja dans une ferme de Campo Verde. © AlfRibeiro, Adobe Stock
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20 % des exportations vers l'Europe proviennent de la déforestation illégale au Brésil !

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L'Amazonie et le Cerrado, les deux plus grands biomes brésiliens, connaissent les taux de déforestation illégale les plus élevés. Une vaste étude révèle que 20 % des importations vers l'Union européenne proviennent de ces terres déboisées. Pointant la responsabilité des marchés étrangers dans ce processus, elle démontre que le Brésil a les moyens d'inverser la situation et de protéger ces régions les plus riches du monde en biodiversité.

Un cinquième des exportations brésiliennes de soja et de viande bovine vers l'Union européenne (UE) provient de terres déboisées illégalement, révèle une étude publiée par la revue américaine ScienceIntitulée Les pommes pourries de l'agro-business brésilien, cette étude est rendue publique dans un contexte de fortes réticences en Europe concernant la ratification de l'accord de libre-échange signé entre l'UE et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), à cause de l'avancée de la déforestation amazonienne depuis l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro au Brésil.

L'étude a été réalisée par douze chercheurs au Brésil, en Allemagne et aux États-Unis, à l'aide d'un puissant logiciel qui a permis d'analyser 815.000 propriétés rurales et d'identifier des zones de déforestation illégale, surtout en Amazonie et dans le Cerrado, la grande savane du centre du pays.

Relier la déforestation des propriétés rurales à l'agriculture et aux exportations. Bien que la majeure partie de la production agricole du Brésil soit exempte de déforestation, 2 % des propriétés sont responsables de 62 % de toute la déforestation potentiellement illégale. Environ 20 % du soja et au moins 17 % des exportations de viande bovine des deux biomes vers l'UE peuvent être concernées par la déforestation illégale. © Graphique adapté par Raoni Rajão et al. Par X. Liu, Science

Le Cerrado, l'autre région sacrifiée sur l'autel de l'agriculture intensive  

« Entre 18 et 22 %, possiblement davantage, des exportations annuelles du Brésil vers l'Union européenne sont le fruit de la déforestation illégale », affirme Raoni Rajão, responsable du projet et professeur de l'Université fédérale de Minas Gerais (UFMG). Près de deux millions de tonnes de soja issues de propriétés où il y a eu de la déforestation illégale arriveraient en Europe chaque année, indique l'étude. Les producteurs de soja ont rejeté ces allégations, rappelant un moratoire de 2006 qui interdit l'achat de soja aux agriculteurs qui l'auraient cultivé sur des zones déboisées d'Amazonie.

« Le soja produit dans les zones déboisées illégalement (...) n'entre pas dans la chaîne productive du secteur », et ne peut donc pas être exporté, a assuré dans un communiqué l'Abiove (Association brésilienne des industries des huiles végétales). Pour ce qui est de la viande bovine, les auteurs ont trouvé que sur les 4,1 millions de têtes de bétail abattues par an, au moins 500.000 proviendraient de terres déboisées hors du cadre légal. Les auteurs relèvent cependant que « près de 80 % des agriculteurs brésiliens respectent le code forestier » et que le nouveau logiciel pourrait aider à « prendre des mesures rapides et décisives contre les contrevenants ».

 Des bovins marchent près d'une zone déboisée illégalement brûlée dans l'État de Para, dans le nord du Brésil. © André Penner, AP Photo

Le manque de la volonté politique fait le jeu de la déforestation

Le Brésil a la capacité pour « devenir une puissance environnementale mondiale qui protège ses écosystèmes, en même temps qu'elle alimente le monde », soulignent les auteurs. Le pays « en a déjà les moyens, il ne manque que la volonté politique », ajoutent-ils.

L'étude pointe du doigt la responsabilité de tous les marchés étrangers dans ce processus

« Les jungles au Brésil se trouvent à un point de rupture », prévient le professeur Britaldo Soares-Filho, coauteur et également chercheur à l'UFMG. M. Soares attribue cette menace à « l'impact des signaux politiques encourageant la déforestation et le fait d'accaparer les terres », en référence au soutien du président d'extrême droite aux projets qui visent à ouvrir les territoires indigènes et des réserves naturelles protégées aux activités minières ou agricoles -- celles qui favorisent le plus le déboisement.

Selon les chiffres officiels, la déforestation de l'Amazonie brésilienne a atteint un record avec une accélération de 25 % au cours du premier semestre par rapport à la même période de 2019. L'étude « pointe du doigt la responsabilité de tous les marchés étrangers dans ce processus ».

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