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Dangers du mercure sur la santé : intoxication, hydrargyrisme et maladies

Dossier - Tout savoir sur le mercure
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Le mercure, métal mythique du Moyen Âge, est liquide à température ambiante. Il est indissociable de l'or, qu'il permet de purifier. Il fut à l'origine du baromètre et de bien d'autres expériences. Découvrez tous les secrets du mercure dans ce dossier.

  
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L'intoxication au mercure (Hg) donne l'hydrargyrisme. De quoi s'agit-il ? Quels sont les dangers ?

Banc de thons. © Ugo Montaldo, Shutterstock

Voies d'exposition du mercure

D'après les fiches de sécurité chimique internationales, le mercure substance peut être absorbée par l'organisme par inhalation de ses vapeurs et à travers la peau, sous forme de vapeur aussi.

Risque d'inhalation du mercure

D'après les fiches de sécurité chimique internationale, une contamination dangereuse de l'air est très rapidement atteinte lors de l'évaporation de cette substance à 20 °C.

Effets des expositions de courte durée

D'après les fiches de sécurité chimique internationales, la substance est irritante pour la peau. L'inhalation des vapeurs peut causer une pneumonie. La substance peut avoir des effets sur le système nerveux central et les reins. Les effets peuvent être retardés. L'observation médicale est conseillée.

Effets des expositions prolongées ou répétées

D'après les fiches de sécurité chimique internationales, la substance peut avoir des effets sur le système nerveux central et les reins , entraînant une irritabilité, une instabilité émotionnelle, des tremblements, des troubles mentaux, ainsi que des troubles de la mémoire et de la parole. Peut causer une inflammation et une décoloration des gencives. Danger d'effets cumulatifs. Les tests chez l'animal montrent que cette substance peut entraîner des effets toxiques sur la reproduction ou le développement chez l'homme.

La valeur limite d'exposition est de 50 microgrammes de Hg/m3 d'air afin que la teneur limite de 100 microgramme de Hg/L de sang ne soit pas dépassée.

La dose toxique (OMS) est estimée à 0,4 mg la dose létale entre 150 et 300 mg et la dose hebdomadaire tolérable temporairement est de 0,3 mg/personne dont moins de 0,2 mg sous forme de méthylmercure.

La dose admissible dans l'eau potable ne doit pas excéder 1 microgr/L (OMS).

Une absorption de composés alkylés supérieure à 4 microgr/jour/personne de mercure entraîne des troubles.

Rappelons brièvement que 65 % du Hg rejeté dans l'atmosphère provient de la combustion du charbon, 25 % de l'incinération des déchets. Et aussi que dans le monde, les émissions dues aux activités humaines sont estimées à 4 000 t/an, les émissions naturelles à 3.000 t/an.

Rappelons encore que, sur 10.000 t/an de production, seulement 20 % est recyclé. Nous sommes donc tous responsables !

L'hydrargyrisme : symptômes et traitement

Hydrargyrisme est un terme issu du grec hudrarguros : mercure. Il s'agit d'une éruption cutanée ou coloration anormale de la peau et des téguments (couche protectrice de l'organisme constituée par la peau, ou le plumage et les écailles chez les animaux), secondaire à l'ingestion ou à l'application de mercure ou de composés contenant du mercure.

L'hydrargyrisme se rencontre essentiellement au cours des maladies professionnelles et tout particulièrement chez les ouvriers travaillant dans la métallurgie du mercure ou à la fabrication d'explosifs. L'hydrargyrisme se traduit essentiellement par :

  • Une détérioration du cerveau avec problèmes intellectuels
  • Une atteinte du cervelet entraînant des tremblements 
  • Des problèmes sanguins comme une anémie entre autres 
  • Des troubles digestifs
  • Une atteinte rénale à l'origine d'une insuffisance rénale (insuffisance de fonctionnement de la filtration des reins)

Traitement : grâce à l'utilisation d'un antidote (D pénicillamine, dimercaprol) il est possible de traiter partiellement l'hydrargyrisme. En effet, ces molécules chélatent le mercure et l'éliminent.

L'érythème mercuriel

Il est une éruption prurigineuse en nappes de teinte rouge vermillon ou violacée, apparaissant brutalement dans les grands plis quelques heures après une exposition au mercure (inhalation de vapeurs de mercure, absorption transcutanée ou ingestion d'un dérivé mercuriel chez un patient sensibilisé au préalable) s'étendant ensuite de façon diffuse, bilatérale et symétrique en 3 à 5 jours et disparaissant progressivement sans séquelles. L'apparition de petites pustules 2 à 3 jours après le début de l'érythème, est fréquemment observée. Lors de contact cutané avec un dérivé mercuriel, une dermite de contact localisée peut être associée aux lésions décrites Les signes généraux sont fréquents (fièvre, malaise, adénopathies...).

Le traitement repose sur l'éviction de l'allergène et, à titre symptomatique, sur les corticoïdes et les antihistaminiques.

Les syndromes néphrotiques

Les syndromes néphrotiques, causés ou non par le mercure d'ailleurs, peuvent avoir certaines complications évolutives propres :

  • thromboses vasculaires veineuses (phlébites, thrombose des veines rénales) ;
  • complications infectieuses ;
  • crises douloureuses abdominales.

Les effets neurologiques

Ils sont très nombreux :

  • Troubles de la vision par constriction du champ visuel
  • Troubles de la sensibilité superficiels et /ou profonds
  • Ataxies en écrivant, boutonnant, etc.
  • Altération de la parole
  • Altération de l'audition
  • Altération de la marche
  • Tremblements.

Ces signes étaient présents chez plus de 90 % des malades voire 100 %, pour les premiers cités. Il y en a d'autres dont la fréquence est moindre mais qui ne sont pas moins graves :

  • Rigidité musculaire
  • Réflexe tendineux éxagéré
  • Salivation
  • Sudation
  • Légers troubles mentaux dans 70 % des cas
  • Bébés malformés à la naissance.

Voilà une liste de symptômes qui ont permis de caractériser la maladie de Minamata.

Médicaments et mercure

En pharmacopée il y a/avait plusieurs médicaments contenant du mercure. L'oxyde de mercure Chauvin existe encore et est utilisé pour traiter les infections de la paupière. C'est un antiseptique ophtalmique délivré sans ordonnance, à déconseiller fortement donc sans avis médical. Le mercurochrome connu de nous tous et qui rougissait nos genoux de gosses. Dans un temps, pas si lointain non plus, on soignait la syphilis avec le mercure. Ce n'est qu'au XIXe siècle que l'affection sera reconnue cliniquement.

Gravure montrant un malade de la vérole.

En fait, le mercure tuait autant que la syphilis elle-même.

Chancre de syphilis primaire.

Mercure et alimentation (poissons)

D'après une page du Ministère de la Santé.

Évaluation des risques sanitaires liés à l'exposition au mercure des femmes enceintes et allaitantes et des jeunes enfants : hormis le méthylmercure (MeHg) les composés mercuriels peuvent être considérés comme négligeables (Afssa).

La quantité de méthyle mercure varie selon l'espèce, l'âge et la taille des poissons et selon la contamination de l'environnement. Le facteur d'accumulation du mercure dans les organismes est de 5.105 particulièrement dans les poissons qui n'ont aucun système de « dépollution ».

L'ensemble des données des études cliniques, en exposition accidentelle, converge pour retenir l'atteinte neurologique, secondaire à une exposition in utero et éventuellement post-natale, comme l'effet critique à prendre en considération. Les études épidémiologiques actuelles n'apportent pas de preuves de troubles du développement neuro-comportemental en lien avec une exposition au méthyle mercure à travers la consommation de poissons.

En l'état actuel des connaissances, les experts de l'Afssa ont estimé que la Dose hebdomadaire tolérable provisoire (DHTP) fixée par l'OMS pouvait être retenue comme valeur de référence toxicologique, soit 3,3 µg de méthyle mercure/kg de poids corporel/j et 5 µg de mercure total/kg de poids corporel/j.

L'évaluation de l'exposition au méthyle mercure ingéré avec les produits de la mer repose sur des données l'enquête INCA 1999. Les valeurs disponibles ne comportant que des teneurs en mercure total (Hg-T), le calcul d'exposition au méthyle mercure est fondé sur une hypothèse simplificatrice le mercure présent sous forme méthylée dans la chair des poissons est égal à 84 % du mercure total.

Thon rouge.

Compte tenu du pouvoir bioaccumulatif du méthyle mercure dans des parties consommées (muscle), les poissons pélagiques, carnivores à vie longue et gras, tels que daurades, espadon, marlin, requin et thons, peuvent assez couramment présenter des teneurs en méthyle mercure plus élevées et dépasser la teneur maximale autorisée. Ce sont eux qui contribuent le plus aux apports.

La consommation de poissons d'élevage entraîne une exposition notoirement inférieure. La consommation de mollusques bivalves a peu d'influence.

Daurade.

De nombreuses études épidémiologiques ont été conduites visant à démontrer les bénéfices de la consommation de poisson, dus à la présence d'acides gras oméga-3 concernant les maladies coronariennes, la mort subite de l'adulte ou l'infarctus du myocarde et à établir une relation dose-réponse satisfaisante. Les résultats de ces études semblent contradictoires.

La consommation de poisson, à raison de deux repas par semaine, serait bénéfique dans la prévention des maladies cardio-vasculaires. Le poisson constituant la source majeure d'apport de méthyle mercure, cet apport a été pris en considération dans l'évaluation de la balance bénéfice/risque liée à la consommation de poisson : aucun élément scientifiquement fondé ne justifie une remise en cause des recommandations de consommation de poisson préconisées dans le cadre du Programme national nutrition-santé, soit deux fois par semaine y compris les poissons gras (maquereau, hareng, saumon).

Mais (! il y a toujours un mais !) compte tenu de la sensibilité particulière du système nerveux central à l'action toxique du méthyle mercure durant le développement du fœtus, mise en évidence par des données expérimentales ou accidentelles lors d'expositions très élevées, il est recommandé aux femmes enceintes ou allaitant et aux jeunes enfants de favoriser une consommation diversifiée des différentes espèces de poisson sans privilégier, à titre de précaution, la consommation de poissons susceptibles de présenter des niveaux plus élevés de méthyle mercure tel que daurades, espadon, marlin, requin, thons. Il faut se rassurer, on a bientôt pêché tous les poissons carnivores... et quand il n'y aura plus de poissons sauvages, le problème sera résolu !

Le mercure n'est pas le seul danger. Enceinte, ce n'est pas non plus le moment d'abriter un parasite. Pour parer à tout risque évitez les sushi, sashimi, tartares et autres ceviches (poissons crus marinés). Les poissons crus, surtout quand ils ont été tardivement vidés, peuvent abriter un parasite alimentaire, l'anisakiase, responsable de l'anisakidose, la maladie du ver de hareng. Cette maladie est apparue au Japon et elle commence à s'implanter en Europe grâce aux succès de la cuisine japonaise.