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Colorants et mercure : cinabre, vermillon…

Dossier - Tout savoir sur le mercure
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Le mercure, métal mythique du Moyen Âge, est liquide à température ambiante. Il est indissociable de l'or, qu'il permet de purifier. Il fut à l'origine du baromètre et de bien d'autres expériences. Découvrez tous les secrets du mercure dans ce dossier.

  
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Découvrez ici quels sont les colorants obtenus à partir de mercure : cinabre (HgS) et vermillon (du cinabre et du soufre). Retrouvez aussi d'autres colorants rouges : le minium (Pb3O4) et le réalgar (As2S3).

Différents pigments rouges ont été confondus au Moyen Âge. Cinabre, minium et vermillon étaient parfois interchangeables...

Réalgar. © James St. John, CC by 2.0

Le cinabre : HgS

Nous tenons le mot « cinabre » des Grecs (kinnabari) et des Latins (cinnabaris), qui le tiennent eux-mêmes des Perses (zanjifrah). Le cinabre a probablement été utilisé, comme le vermillon, très tôt en Grèce, en Égypte, en Inde et en Chine (vermillon de Chine), puis à l'époque romaine, comme en attestent les fresques de Pompéi. Il était fort coûteux, donc objet de trafics. Le cinabre fut interdit au XIXe siècle...

Un morceau d'écorce de bouleau découvert à Nadlok et teinté de cinabre. (Nadlok : lieu concernant les Inuits du cuivre au Canada). © DR

Voici l'article « Cinabre » de l'Encyclopédie des Gens du Monde, 1831-1844.

« Cinabre, nom d'une substance minérale solide, très fragile, communément à cassure conchoïde. Vue en masse, elle est d'un violet plus ou moins sombre ; mais la pulvérisation fait passer cette substance à un rouge très vif elle prend alors le nom de vermillon.

Le cinabre a été fort connu des anciens, et leurs femmes l'avaient adopté comme un des principaux ingrédients de leur toilette : elles s'en peignaient les lèvres. Les plus anciens triomphateurs s'en barbouillaient tout le corps à leur entrée dans Rome.

Le cinabre est un deuto-sulfure de mercure (combinaison à deux degrés du soufre avec ce métal). On le rencontre quelquefois en masses assez puissantes dans la nature, principalement les variétés granularia et compacta, qui accompagnent presque constamment le mercure natif. Les principaux gisements connus de cinabre sont en Europe ceux d'Almaden d'Espagne, d'Idria dans le Frioul, et du Palatinat sur les bords du Rhin. Au rapport des missionnaires, il y en a aussi de fort nombreux à la Chine, et c'est de cette contrée que nous était apporté de temps immémorial le cinabre naturel le plus pur, tant en masses, que pulvérisé sous le nom de vermillon de la Chine. La nature des roches dans lesquelles on trouve le cinabre les rapproche plus on moins des grès houilliers, des schistes bitumineux, renfermant des débris organisés, qui presque toujours communiquent une odeur fétide au cinabre, d'où lui était venu son nom, suivant les étymologistes, qui tirent le mot latin cinabarium du grec kînnabari, mauvaise odeur.

Tout ce qui vient d'être dit ne se rattache qu'au cinabre naturel, rarement assez pur en Europe pour fournir le vermillon. Cette superbe et riche couleur est chez les Européens un produit de l'art, et c'est la Hollande qui jusqu'ici est restée presque exclusivement en possession de cette lucrative et importante industrie.

Lors de l'invasion de la Hollande par les armées de la République, le comité de salut public donna des instructions à nos agents pour la recherche du procédé hollandais. Des renseignements en apparence très exacts ont été obtenus et publiés en France sur cette fabrication, qui cependant n'a pu encore s'y naturaliser. Le procédé hollandais est la combinaison du soufre avec le mercure par la voie sèche et par une suite de manipulations curieuses qu'il nous est impossible de décrire. Le comte de Moussine-Pouschkine a tenté cette combinaison par la voie humide, et d'une manière beaucoup plus économique, qu'il a préconisée; et tout récemment M. Jaquelin, préparateur du cours de chimie à l'école centrale des arts et manufactures, a publié qu'il avait trouvé un mode d'opérer par la voie humide de la manière la plus simple, la plus facile et la plus avantageuse. Nous verrons bien. »

Caractéristiques du cinabre

  • Classe : sulfures
  • Système cristallin : rhomboèdrique
  • Formule : HgS
  • Poids moléculaire : 232,66
  • Formes : petites tablettes ou prismes aciculaires
  • Clivages : parfait
  • Fréquence : commun
  • Dureté : 2-2,5
  • Densité : 8,09
  • Couleurs naturelles : rouge vermillon (adj. inv.) ou cinabrin (fém : -ine)
  • Pléochroïsme : net, blanc-gris
  • Gisements : gîtes hydrothermaux de basse température
  • Utilisation : principal minerai de mercure
  • Minéraux associés : mercure, pyrite stibine
Cristal isolé, rouge, rhomboèdrique de cinabre sur dolomite (Fenghuang, Hunan Province, Chine). © Webmineral, tous droits réservés

Au Moyen Âge, en Orient, les plus importants documents étaient signés avec une encre à base de cinabre que seul l'empereur pouvait employer tandis qu'en Occident au XIIe on réalisait certaines enluminures à l'aide d'une encre à base de cinabre et de sanguine.

Pigment de cinabre naturel.

Couleur : le vermillon

L'étymologie du mot vermillon provient du mot ver et signifie « petit ver ». Il désigne alors très probablement des pigments rouges n'ayant aucun rapport avec le cinabre, mais peut-être plutôt avec la cochenille ?

Le lien semble se faire en 1687, à la création d'un nouveau pigment nommé vermillon, en référence au vermeil. Il était récupéré sur les parois d'un pot d'argile empli de soufre et de mercure et chauffé. Il s'agissait d'un gaz condensé, le sulfure de mercure. C'est, en fait, du cinabre et du soufre.

Cinabre ; pigment de synthèse.

Le cinabre est incompatible avec le plomb, principal siccatif de la peinture à l'huile, car ils contiennent du soufre. Ils noircissent à la lumière. Utilisés en peinture à l'huile (malgré les incompatibilités), en aquarelle et en gouache, ces redoutables poisons ne disparaissent que petit à petit.

Ils sont, d'ailleurs, toujours fabriqués en Chine, et le grain en est plus ou moins fin : pour un cinabre brillant les grains ont des diamètres plus petits que 20 micromètres et ils peuvent mesurer de 50 à 100 micromètres de diamètre pour des colorants plus mats. Les chinois ont, en plus, une technique particulière de dissolution du cinabre.

Fresque de la villa Popée, à Pompéi.

La légende la plus connue concernant le cinabre est racontée par Pline : un dragon, ayant son sang en feu dans son propre corps, se servit pour le rafraîchir du sang d'un éléphant. Pline disait, par ailleurs que le cinabre coûtait aussi cher que le bleu d'Alexandrie et quinze fois l'ocre rouge d'Afrique.

Autres colorants rouges : minium et réalgar

Les différents colorants minéraux rouges de l'histoire :

Le minium Pb3O4 c'est une céruse, un carbonate de plomb vivement brûlé pour en enlever tout le carbone à 480 degrés, très toxique !

Minium.

Le cinabre, sulfure de mercure, sensible à la lumière que les anciens prenaient soin de vernir pour empêcher son altération, très toxique !

Cinabre.

Le vermillon, c'est du cinabre additionné de soufre qui le rend très opaque et couvrant, sûrement transmis par les Arabes à l'Occident. Très toxique !

Réalgar.

Le réalgar As2S3, sulfure d'arsenic, aussi utilisé dans la médecine ancienne. Aussi, sans doute transmis par les Arabes auxquels il doit son nom. Très toxique !