Une vue de la Lune prise lors de la mission Apollo 17 et montrant l'astronaute et géologue Harrison H. Schmitt. © Nasa, Gene Cernan

Sciences

Apollo : la Nasa sort du frigo des échantillons lunaires intacts

ActualitéClassé sous :mission Apollo , roche lunaire , cosmogonie

La Nasa avait laissé volontairement inexploités certains des échantillons de roches et de sols lunaires rapportés par les missions Apollo. Conservés sous vide, et parfois dans l'hélium liquide, ces échantillons vont être étudiés, comme prévu, avec des technologies plus avancées.

Il y aura 50 ans cette année, l'Homme marchait sur la Lune avec Apollo 11 et commençait à en rapporter des échantillons, prélevés dans des différentes régions de notre satellite. Une révolution était alors amorcée dans le domaine des sciences planétaires : le début de la géologie comparée et la chronologie du Système solaire qu'allait permettre de fixer la datation des roches lunaires, mise en regard avec le taux de cratérisation des zones d'alunissage des missions Apollo.

Désormais, de Mars aux lunes de Saturne, il est possible de déterminer un âge pour une surface planétaire qui sera d'autant moins cratérisée qu'elle est jeune ; le taux de bombardement et les tailles des corps célestes impliqués diminuant, en quelque sorte, exponentiellement avec le temps, d'après la cosmogonie du Système solaire héritière de Kant et Laplace, considérablement enrichie par les travaux de chercheurs comme Viktor Safronov et Georges Wetherhill.

Pas loin de 2.200 échantillons de roches et de sols lunaires, représentant plus de 380 kg en masse au total, ont été rapportés sur Terre par les astronautes et la grande majorité de ces roches a été entreposée à la fin des années 1970 au Lunar Sample Laboratory Facility, toujours situé au building 31N du Johnson Space Center, à Houston. Ces roches s'examinent dans des enceintes remplies d'azote inerte afin de diminuer les risques de dégradation lorsqu'elles sont manipulées avec des dispositifs de gants spéciaux de trois épaisseurs.

Une présentation des échantillons des roches lunaires rapportés par les astronautes de la Nasa lors des missions Apollo 11 et 12. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Jeff Quitney, DP

Découpées en plusieurs échantillons mis à disposition de plusieurs laboratoires en minéralogie et cosmochimie à travers le monde, elles se sont révélées bavardes sur l'histoire de la Lune et elles ont contraint les planétologues à introduire l'hypothèse maintenant largement admise que notre satellite est le produit d'au moins une collision géante, entre la jeune Terre et une petite planète de la taille de la Lune :  Théia.

Des roches lunaires pour des temps technologiquement plus avancés

Remarquablement, les chercheurs du début des années 1970 savaient que le futur mettrait à la disposition de leurs collègues des outils d'investigations bien plus précis et puissants que ceux dont ils disposaient déjà, par exemple pour faire de la spectrométrie de masse, en lien avec la cosmochimie isotopique.

Ils ont donc volontairement scellé certains échantillons lunaires, comme des carottes dans les strates de son régolithe, qu'ils n'ont pas analysés pour les laisser aux générations futures. Certains de ces échantillons (Apollo 15) ont même été conservés dans des bains d'hélium liquide à au moins −269 °C, bloquant ainsi les évolutions physiques et chimiques pouvant dégrader l'information recherchée sur Terre.

La Nasa vient de faire savoir qu'elle allait commencer à examiner certains de ces échantillons ramenés par les missions Apollo 15 et 16 ainsi que ceux scellés sous vide sur la Lune par les astronautes d'Apollo 17, Harrison Schmitt et Gene Cernan, en 1972.

Ainsi, à l'université de l'Arizona, une équipe dirigée par Jessica Barnes cherchera à mieux comprendre comment l'eau est emprisonnée dans les minéraux sur la Lune alors qu'à l'université de Californie, à Berkeley, une équipe dirigée par Kees Welten étudiera les effets de l'érosion des impacts de micrométéorites et de météorites qui pourraient avoir affecté la géologie de la surface lunaire.

Au Planetary Science Institute, à Tucson, toujours en Arizona, une équipe dirigée par Darby Dyar examinera des échantillons scellés sous vide et stockés dans l'hélium afin d'étudier l'activité volcanique lunaire, via notamment les petites perles de verre qui ont vraisemblablement été produites par des fontaines de lave.

Ce ne sont que quelques exemples, différentes études sont prévues avec d'autres équipes. Pour l'heure, les chercheurs réfléchissent avant tout à la façon dont ils vont ouvrir les échantillons afin de ne pas les contaminer d'une façon ou d'une autre.

  • L'étude des échantillons de roches et de sols lunaire rapportés par les missions Apollo a permis de mieux comprendre et de dater la formation et l'évolution du Système solaire, et en particulier celles de la Lune.
  • Mais les moyens d’investigations des années 1970 pouvant laisser dans l'ombre ou dégrader des informations précieuses, la Nasa avait laissé scellés sous vide, et parfois dans de l'hélium liquide, des échantillons à destination des chercheurs du futur, ces derniers bénéficiant d’outils de recherche forcément plus avancés.
  • 50 ans après, la Nasa va se pencher sur certaines de ces reliques pour la première fois.
Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi

La Lune comme vous ne l'avez jamais vue !  Découvrez la Lune en 4K à travers les yeux de la sonde LRO. Cette dernière nous livre des images très détaillées de plusieurs régions de notre satellite. Ici, le cratère Tycho et les pentes de sa montagne centrale surmontée d’un rocher solitaire ; là, le vaste réseau de cratères au pôle sud, à l’intérieur du plus ancien bassin d’impact de la Lune. Un régal pour les yeux. Une balade à savourer en plein écran.