Dans deux météorites célèbres, celle d'Orgueil et celle de Murchison, une équipe de la Nasa a découvert parmi les acides aminés présents un excès de la forme dite gauche. Ce déséquilibre rappelle puissamment une caractéristique énigmatique de ces molécules qui forment les protéines de la vie terrestre, uniquement composées de formes gauches.
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Les biochimistesbiochimistes ont une lancinante énigme à résoudre : l'asymétrie des acides aminésacides aminés composant les protéinesprotéines des êtres vivants. Lorsqu'un chimiste synthétise ce genre de moléculesmolécules, il obtient en même quantité deux formes, qui sont l'image l'une de l'autre dans un miroirmiroir, comme une main droite et une main gauche. Cette propriété, qui découle simplement de la forme de la molécule, s'appelle la chiralitéchiralité. On dit qu'un acide aminé est une molécule chirale et les formes gauche et droite sont des énantiomèresénantiomères. Chimiquement, il n'existe pas de différence de propriétés entre les deux. Il faut en appeler à la physiquephysique pour constater que l'une dévie une lumièrelumière polarisée vers la gauche et l'autre vers la droite. Les énantiomères sont ainsi soit lévogyreslévogyres, soit dextrogyresdextrogyres. Le chimiste obtient en général un mélange des deux en quantités égales et qui est dit racémique.

La vie terrestre, contrairement au chimiste, a fait un choix et son mélange n'est pas du tout racémique. Tous les acides aminés sont lévogyres. La bactériebactérie ou le séquoia, l'amibeamibe ou le chimpanzéchimpanzé, le champignonchampignon ou la méduseméduse, la mouche ou l'être humain, la limace ou l'algue bleuealgue bleue, ne connaissent que les acides aminés lévogyres. Et aucun chimiste ne peut donner d'explication...

L'hypothèse consensuelle est le fait historique. La vie terrestre est née comme ça. Elle est apparue en une seule fois ou du moins dans un milieu prébiotiqueprébiotique homogène, et là ne se trouvaient que des acides aminés lévogyres. Mais pourquoi ? Par hasard peut-être ou pour une raison inconnue.

La clé de l'énigme est-elle astronomique ?

Depuis longtemps l'idée a été émise que l'explication pourrait se trouver dans l'espace. Un précurseur d'un acide aminé présent dans les protéines, la glycine, a été découvert par spectroscopie dans un nuage interstellaire. En 1969, une météorite est tombée sur le village américain de Murchison. Il s'agissait d'une chondritechondrite carbonée (de type CM) et son analyse a révélé qu'elle contenait quelque 70 acides aminés dont 8 font partie des 20 qui composent les protéines de tous les êtres vivants terrestres. L'analyse a aussi décelé des purinespurines et des pyrimidines, c'est-à-dire des molécules semblables à celles présentes dans l'ARNARN et l'ADNADN. Ces briques auraient donc pu servir à une chimiechimie prébiotique.

Ces composants initiaux étaient-ils lévogyres ? Récemment, une équipe de chimistes de l'Argonne National Laboratory menée par Richard Rosenberg a découvert un mécanisme physique capable de produire dans le milieu interstellaire un mélange non racémique, sous l'action de rayons Xrayons X et d'un champ magnétiquechamp magnétique.

Daniel Glavin et JasonJason Dworkin, du Goddard Space Flight Center (NasaNasa) ont abordé le problème sous un autre angle et réexaminé plusieurs météoritesmétéorites, dont celle de Murchison et celle d'Orgueil, tombée en 1864 dans ce village français du Tarn-et-Garonne. Cette dernière est également une chondrite carbonée mais de type CI, considéré comme plus primitif (par rapport à la formation des corps du système solairesystème solaire).

L'analyse (par chromatographiechromatographie) a révélé ce que l'on n'avait pas encore remarqué. L'un des acides aminés, l'isovaline, présente un excès important des formes lévogyres dans deux des météorites, précisément celles de Murchison et d'Orgueil. Ces excès sont respectivement de 18,5% (+/- 2,6) et de 15,2% (+/- 4,0). En revanche, dans deux chondrites de type CR, les plus primitives des météorites étudiées, aucune différence entre les deux énantiomères n'a été observée.

Pour les auteurs, ces résultats ne peuvent s'expliquer que par une longue exposition à des ultravioletsultraviolets polarisés qui auraient forgé davantage une forme que l'autre. Daniel Glavin et Jason Dworkin estiment que ce déséquilibre a dû se produire durant une longue phase d'altération dans le corps massif dont la destruction a produit ces petits astéroïdesastéroïdes qui ont un jour rencontré la TerreTerre. Selon eux, il est tout à fait possible que notre planète, au début de sa formation et de celle du système solaire, ait reçu de tels acides aminés majoritairement lévogyres. Les mécanismes chimiques à l'origine de la vie (comme la catalysecatalyse) auraient alors pu conduire à ne conserver que cette forme. Nous conserverions ainsi en nous, comme tous les êtres vivants de la Terre, la trace d'un phénomène physique qui a eu lieu quelque part autour du SoleilSoleil il y a plusieurs milliards d'années.