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Les pelouses sèches du Parc naturel régional des Causses du Quercy

Dossier - Tourisme dans le Lot
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Pour vos vacances, pensez au tourisme dans le Lot. La beauté de ses paysages, les célèbres boucles ou cingles du Lot, ses hautes falaises où se perchent des villages mythiques et de fiers châteaux font de ce département une véritable terre des merveilles à découvrir dans ce dossier.

  
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Parmi les milieux naturels présents sur le parc naturel régional des Causses du Quercy, les pelouses sèches et le patrimoine qui leur est associé (igues, gouffres, murets, cazelles et bâtisses de pierre) en sont certainement les joyaux les plus emblématiques.

L'anthyllide des montagnes. © Pmau, Wikimedia commons, CC by-sa 3.0
Le parc naturel régional des Causses du Quercy est un site naturel représentatif de la biodiversité du Lot. © Jojob.47, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Issues de plusieurs siècles d'interactions étroites entre les Hommes et la nature, les pelouses sèches du parc naturel régional des Causses du Quercy nous racontent une grande partie de l'histoire des Causses. L'élevage ovin et caprin, principale activité agricole ancestrale des causses, a façonné un paysage original et permet à une multitude d’espèces remarquables et parfois rares de se maintenir encore aujourd'hui.

Brome stérile, exemple de graminées que l'on trouve dans les pelouses sèches. © DR

Qu’est-ce qu’une pelouse sèche ?

Les pelouses sont des étendues d'herbes rases, généralement parsemées de petits arbustes. Les sols minces et pauvres qui les caractérisent sont propices au développement naturel de nombreuses graminées (bromes, fétuques...). Cette végétation n'est donc pas implantée par l'Homme, mais seulement favorisée et entretenue par le pâturage. Les pelouses sont dites « sèches » car la roche calcaire du Causse est fissurée et ne retient pas l'eau, ce qui accentue l'impact de la sécheresse estivale. Ces milieux naturels abritent une flore et une faune tout à fait originales, adaptées à l'aridité et au caractère calcaire du sol. Beaucoup de ces espèces sont rares en France et en Europe.

Festuca ovina. © Domaine public

L’origine des pelouses

Avant la sédentarisation des Hommes, les Causses du Quercy étaient couverts par la forêt. Les seules pelouses alors existantes étaient probablement confinées aux corniches rocheuses et aux éboulis non boisés des vallées. Vers 5 000 ans avant Jésus Christ, les premiers agriculteurs commencent à défricher la forêt. L'élevage s'étend et les espèces végétales et animales des pelouses s'installent progressivement dans ces espaces ouverts. Pendant des siècles, la pratique d'un pâturage soutenu des troupeaux et le prélèvement régulier des arbres et arbustes pour les besoins domestiques (chauffage, cuisine) vont contribuer à la création et au maintien de ces vastes surfaces d'herbage naturel.

Orphys lutea. © Jean Tosti, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license

Différents types de pelouses sèches des Causses du Quercy

Le terme « pelouse sèche » regroupe différents types de milieux, déterminés en grande partie par la nature du sol.

Les Causses du Quercy sont constitués d'un socle calcaire qui s'est formé à l'ère secondaire. Ce vaste plateau est entaillé de larges vallées aux reliefs abrupts qui délimitent plusieurs entités, du nord au sud, notamment les causses de Gramat, de St Chels et de Limogne. La roche calcaire est une roche dure qui s'est profondément fissurée et fracturée, suite aux mouvements de l'écorce terrestre. Les eaux de pluie s'infiltrent rapidement dans ces fissures et dissolvent progressivement le calcaire.

Le parc naturel régional des Causses du Quercy, lieu privilégié de biodiversité. © PNR des Causses du Quercy

Les pelouses sur calcaires durs

Les pelouses sur calcaires durs sont les plus répandues : le calcaire affleure régulièrement la surface des causses. Sur ces dalles rocheuses, poussent des espèces vivaces (vivant plus d'une année à la différence des plantes annuelles) particulièrement résistantes à la sécheresse, dont les lichens et les orpins. Sur les plages de terre nue - les « tonsures » - créées entre autres par le passage régulier des moutons, s'installent de petites plantes annuelles à courte durée de vie. La plus remarquable d'entre elles est la Sabline des chaumes, espèce protégée en France. Après leur floraison, les plantes annuelles disparaissent complètement pour passer le reste de l'année sous forme de graines. Les sols les plus épais permettent à une flore vivace très diversifiée de s'exprimer. Facilement observables, avec une vingtaine d'espèces, les orchidées sont les fleurons des pelouses sèches. Du printemps à l'été, beaucoup d'autres plantes remarquables égaient les causses de leurs fleurs colorées : Narcisse à feuille de jonc, Astragale de Montpellier...

Plantago maritima. © Domaine public

Les pelouses sur calcaires crayeux

Au sud-ouest du Causse de Limogne, le plateau calcaire datant du secondaire est recouvert par des couches géologiques plus récentes, d'âge tertiaire : c'est le Quercy blanc. En zone de plateau, il s'agit de calcaires lacustres crayeux largement affleurants, qui individualisent le Causse de Lalbenque. Les pelouses sur calcaires crayeux du Causse de Lalbenque possèdent une flore proche de celles des pelouses sur calcaires durs. Elles ont également la particularité d'accueillir certaines plantes d'origine montagnarde comme l'Anthyllide des montagnes ou la Marguerite à feuilles de graminées.

Les pelouses sur marnes

À flanc de versant, les marnes blanches (calcaire contenant une forte proportion d'argile) sont formées de couches géologiques d'âge tertiaire. Sensibles à l'érosion pluviale, elles forment les séries de ravines ramifiées typiques du paysage des « serres », à l'aspect quasi lunaire. Les pelouses sur marnes, caractéristiques des serres du Quercy blanc, sont ainsi naturellement « rajeunies » par ces phénomènes d'érosion. Les sols marneux ont aussi la particularité de bien retenir l'eau des pluies abondantes au printemps, même s'ils s'assèchent fortement en surface pendant l'été. Ainsi, dans le Quercy blanc, cette humidité temporaire est parfois suffisante pour permettre le développement d'espèces habituellement liées aux zones humides. C'est le cas de certaines orchidées (comme l'Orchis élevé) qui côtoient ainsi d'autres espèces des milieux secs dont l'Épipactis rouge sombre. D'autres espèces, généralement méditerranéennes, ne sont présentes que dans le Quercy blanc. Parmi elles, vous trouverez l'Aphyllante de Montpellier ou le Plantain maritime.

Des pelouses avec une flore assez proche se retrouvent sur les calcaires marneux qui encadrent une partie des vallées du Vers et de la Rauze. La Corroyère à feuilles de Myrte, la Stéhéline douteuse ou l'Ophrys jaune (petite orchidée), qui sont des plantes caractéristiques des marnes, y sont également présentes.

Juniperus communis. © Domaine public

Les pelouses sur éboulis et corniches

Les pelouses de corniches occupent les replats des falaises et autres barres rocheuses des vallées qui entaillent les causses. Elles hébergent des espèces particulières comme l'Œillet à tige courte, extrêmement rare dans le Lot. Le plus souvent situés en adret (versant d'une vallée exposé au sud), les éboulis, constitués de pierriers mobiles sur pentes fortes, sont le domaine d'une flore adaptée à la sécheresse et à l'instabilité du milieu. Parmi ces plantes, citons le Laser de France ou, plus rares, le Silène uniflore et l'Ibéris des rochers. Ces milieux se maintiennent naturellement à un stade ouvert en raison de la minceur ou de l'instabilité du sol qui limitent le développement des arbres. Seul le Buis et quelques autres arbustes, dont la plupart sont des espèces méditerranéennes (Pistachier térébinthe, Jasmin sous-arbrisseau...), arrivent à croître sur ces milieux inhospitaliers. Les pelouses sur éboulis et corniches sont donc des formations végétales originelles ou « primaires » ; elles se sont formées et se maintiennent sans intervention humaine. Cela les distingue des autres types de pelouses, qualifiées de « secondaires » car issues de l'activité humaine (déboisement, pacage, culture de la vigne...).

Les pelouses sèches, des milieux naturels en régression

Les pelouses sèches étaient autrefois largement répandues sur l'ensemble du territoire français. Leur superficie totale a considérablement diminué : en un siècle, plus de 50 % des surfaces de pelouses sèches ont disparu. Dans la plupart des régions, elles n'occupent désormais plus que des surfaces restreintes et sont généralement menacées. Les Causses du Quercy font partie des quelques rares grands ensembles de pelouses qui subsistent encore dans le Sud de la France et en zone de montagne. Ces grands ensembles perdurent grâce à une exploitation agricole centrée sur le pastoralisme, toujours présente. Toutefois, ils subissent les évolutions générales du monde agricole.

Depuis cinquante ans, le nombre d'éleveurs dans les Causses du Quercy a en effet fortement diminué. Par conséquent, les pelouses sèches, qui sont parfois moins bien intégrées aux nouveaux systèmes d'exploitation ou de production, ont perdu en partie leur utilité. Certaines ont été abandonnées tandis que d'autres ont été transformées en prairies semées ou en cultures. Les brebis sont toujours présentes du printemps à l'automne sur les causses. Ce mode de pâturage, dit « extensif », reste le moteur de la gestion des espaces caussenards et de la préservation des pelouses sèches.

Retour vers une dynamique naturelle

La diminution ou l'abandon du pâturage occasionne le retour de la dynamique naturelle de colonisation de la pelouse sèche par les buissons et les arbres. La pelouse sèche se transforme et tend à redevenir un milieu forestier. Après une phase de densification du tapis herbacé, les premiers arbustes (le prunellier et le genévrier commun notamment) apparaissent. Disséminés par le vent ou les oiseaux, ces « pionniers » sont particulièrement bien adaptés pour coloniser les espaces « ouverts », comme les pelouses. Le nombre d'arbustes, faible au début, explose à partir d'un certain stade, donnant à la pelouse un aspect de lande de plus en plus fermée. Le pâturage ne suffit plus alors pour contenir la végétation.

La lande à genévrier n'est qu'un stade transitoire ; bientôt s'installent les arbres, dominés par les chênes pubescents et les érables de Montpellier.

La transformation

La modernisation des techniques agricoles permet désormais de convertir certaines de ces pelouses en prairies artificielles ou en cultures. L'emploi de concasseuses et les labours profonds, utilisés pour la transformation, modifient la structure et les caractéristiques du sol, entraînant ainsi la disparition de l'essentiel des espèces végétales et animales liées aux pelouses. Sur certaines parcelles, la modification du sol est telle qu'il sera impossible de revenir à un milieu de pelouse aussi riche qu'initialement.

Ces deux phénomènes, l'abandon et la transformation, risquent d'engendrer une homogénéisation des paysages et des milieux, au profit des milieux boisés et des milieux artificialisés. Ils entraîneront également une perte de biodiversité au niveau local, avec la disparition de la plupart des espèces les plus étroitement inféodées aux pelouses et, à contrario, l'expansion des espèces « forestières » ou semées.