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Le gouffre de Padirac : morphologie et explorations spéléologiques

Dossier - Tourisme dans le Lot
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Pour vos vacances, pensez au tourisme dans le Lot. La beauté de ses paysages, les célèbres boucles ou cingles du Lot, ses hautes falaises où se perchent des villages mythiques et de fiers châteaux font de ce département une véritable terre des merveilles à découvrir dans ce dossier.

  
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Le gouffre de Padirac, situé dans le Quercy, est une cavité naturelle profonde de 103 mètres et parcourue par une rivière. Le site se visite.

Gouffre de Padirac. © Vera Izrailit, Flickr, CC by-nc 2.0
Gouffre de Padirac. © Jurvetson, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

Le réseau de galeries exondées topographié atteint actuellement plus de 30 kilomètres. Pour le naturaliste, l'utilisation du guide géologique régional Aquitaine orientale ou du guide de Tourisme Michelin (vert) sera pleine d'enseignements.

Géologie et morphologie du gouffre de Padirac

Le puits de Padirac est un gouffre d'effondrement, de son orifice à la « source » de la rivière souterraine à 103 mètres de profondeur dans la formation de Cajarc (Bajocien supérieur et Bathonien inférieur) soit une formation de calcaires en bancs épais. La terrasse à 15 mètres correspond à un niveau plus argileux responsable de suintements d'eau dans le puits.

Gouffre de Padirac, vu d'en bas. © Mecanoeil, Flickr, Licence CC by-nc-sa 2.0

La galerie de La Source et la salle du Grand Dôme

La galerie de La Source est un exemple de galerie en écoulement libre, les joints de stratification sont très apparents, dus à l'érosion différentielle. L'horizontalité des bancs calcaires et l'absence de fissuration y sont remarquables. On pourra aussi remarquer un niveau à géodes calcitiques.

Salle du Grand Dôme du gouffre de Padirac. © Jerry, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

La salle du Grand Dôme dont la voûte domine la rivière souterraine de 90 mètres, est séparée de la surface du sol par 10 mètres de calcaire. L'évolution de cette salle peut, par effondrement, former un deuxième gouffre de Padirac ! À son voisinage, la fissuration permet un suintement à l'origine des concrétions du lac de la Pluie, du pas du Crocodile et de la salle du Grand Dôme. La salle des Grands Gours caractérise une galerie en régime noyé. Au terminus de la visite, un monticule de sédiments argilo-graveleux entraîné par la rivière depuis l'extérieur témoigne d'un ancien colmatage des galeries.

La rivière souterraine du gouffre de Padirac. © Grands sites de Midi-Pyrénées, Flickr, Licence CC by-nc-sa 2.0

Explorations spéléologiques du gouffre de Padirac

  • Édouard-Alfred Martel :

Le 9 juillet 1889, Martel, Gaupillat, Armand, Foulquier, assurés par six hommes, descendent les 54 mètres du puits. Ils explorent vers l'amont et vers l'aval la rivière (-103 m) et s'arrêtent à 400 mètres du puits d'entrée sur de l'eau profonde. Le lendemain, ils redescendent avec un bateau : le Crocodile. À 10 heures, Martel et Gaupillat embarquent et passent le lac de la Pluie, la Grande Pendeloque, le pas du Crocodile, le lac des Grands Gours, le Passage des étroits, les Tunnels... Le 9 septembre 1890, ils sont de retour et découvrent une grande salle de 60 mètres par 40 mètres dont la voûte s'élève à plus de 70 mètres au-dessus du petit bassin qui en occupe le sommet. Ils la baptisent Salle des sources du mammouth. Ils reprennent ensuite la navigation et buttent sur la Grande Barrière : une coulée stalagmitique de 18 mètres. La troisième exploration en 1895 a failli mal tourner ! En 1900 Martel avait parcouru et topographié 2.750 mètres de galerie dont 2.300 pour la principale.

  • Guy de Lavaur :

En 1937, Lavaur trouve un passage après le terminus Martel de 1900. Il revient avec Robert de Joly et ce dernier franchit une nouvelle barrière qui porte son nom. La guerre empêche toute exploration. En 1947, 75 kilos de fluorescéine sont versés au Grand Gour. Le colorant ressort au moulin du Lombard et à la fontaine Saint-Georges. Reprise des explorations par Guy de Lavaur et son fils Géraud, Félix Trombe, Jean Lesur et Louis Conduché : ils arrivent au Grand Chaos. Eté 1948, grosse expédition, Jean Lesur, Géraud de Lavaur et Roger Brillot topographient 5.000 mètres de galerie, passent le Déversoir et contemplent le départ du Quai aux fleurs : rivière suspendue bordée de concrétions de calcite flottante. Marcel Ichac, Jacques Ertaud et les frères Maille tourneront un film : Padirac, Rivière de la nuit. D'autres expéditions ont lieu en 1949 et en 1951

En août 1962, c'est le raid du Spéléo Club de Paris. Trois équipes découvrent les Allées Cavalières et retrouvent la rivière perdue au Déversoir. Elle sera baptisée Rivière de Lavaur. Ils atteignent le Siphon Terminal : 3,4 kilomètres de galeries découvertes. Ils remontent aussi 900 mètres de galeries dans la Rivière de Joly.

Gouffre de Padirac. © Luc Viatour

Les explorations suivantes

En 1970, Guy de Lavaur autorise les explorations de Padirac par les clubs de spéléologie du Lot. Jean Lesur et de nombreux spéléologues poursuivent l'exploration et la topographie. Une étude géologique est réalisée en 1979 par Daniel Larribe.

En 1975, Robert Ascargota réalise une escalade au terminus 1962 de l'amont de l'Affluent de Joly : le Chaos Ascar. Ils butent au bout d'un kilomètre sur un nouveau chaos.

En avril 1983, Jean-François Fabriol et Michel Durand parviennent à trouver un nouveau passage dans ce chaos dénommé Chaos Fabriol. Derrière, se déroule ensuite le Boulevard Durand sur 1.400 mètres et un grand gisement paléontologique et préhistorique les attend : bois de cerf, os de mammouth et de rhinocéros, silex taillés...

Les expéditions scientifiques 1984, 1985 et 19, autorisées par le ministère de la Culture, sont préparées par Lesur, Durand et Fabriol avec Michel Philippe (paléontologue), François Rouzaud, Jacques Jaubert (archéologues), Robert Fabriol (géochimiste), Bernard Lebreton (biospéléologue), Jean-Pierre Couturié (spécialiste des métaux lourds).

Les expéditions sont maintenant coordonnées par la commission Padirac du Comité départemental de spéléologie du Lot qui capitalise les connaissances sur le réseau.

L'année 1996 est marquée par la traversée intégrale La Finou - Padirac réalisée par Bernard Gauche aidé par des plongeurs et spéléologues venus du Lot, de Gironde, de Charente et des Deux-Sèvres.

Le 6 septembre 1996, il s'enfonce dans la résurgence de la Finou avec 40 kilos de matériel et franchit 5 kilomètres de réseau dont 3 kilomètres noyés et, après 22 siphons, réapparaît au siphon aval de la rivière de Lavaur le 7 septembre à 5 heures du matin. Après quelques heures de sommeil et 5 kilomètres en rivière, il sort du puits de Padirac sous les acclamations.