Alors que la Terre se réchauffe, la glace de l’Arctique fond. Et plus les scientifiques étudient le phénomène, plus ils semblent découvrir qu’elle fond rapidement. Une nouvelle étude menée du côté du Groenland montre que les modèles ont jusqu’alors sous-estimé la vitesse de fonte durant notre siècle.

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Sous l'effet du réchauffement climatique, la calotte polaire arctique est en train de fondre. Les scientifiques suivent le phénomène de très près. Ils ont ainsi beaucoup étudié ce qui se passe à l'avant de la calotte. Sur les côtes du Groenland, notamment. Des régions faciles d'accès et dans lesquelles « il se passe beaucoup de choses ». Mais aujourd'hui, une équipe internationale de chercheurs nous apprend qu'il se passe aussi des choses à l'intérieur des terres. Des choses pas vraiment réjouissantes.

À l'aide de données GPSGPS et satellitaires ainsi que d'une modélisationmodélisation numérique, les scientifiques se sont aventurés au-delà des glaciers Nioghalvfjerdsfjord -- c'est de ce glacier qu'un iceberg de la taille de Paris s'était détaché il y a plus de deux ans, maintenant -- et Zachariae Isstrom, tous deux situés dans le nord-est du Groenland. Et c'est ainsi qu'ils ont découvert que la fontefonte initiée en 2004 et accélérée dans la région par l'intrusion d'un courant océanique chaud en 2012 ne s'est pas arrêtée sur les côtes. Mais qu'elle s'est étendue à l'intérieur des terres. Jusqu'à 200 à 300 kilomètres.

La désintégration du glacier Zachariae Isstrom sur une image du satellite Landsat, en août dernier. © Christopher Shuman, University of Maryland
La désintégration du glacier Zachariae Isstrom sur une image du satellite Landsat, en août dernier. © Christopher Shuman, University of Maryland

Les chercheurs notent que l'hiver 2021 et l'été 2022 plutôt froids dans la région ne semblent rien avoir arrangé. Car le nord-est du Groenland est comme un désert. Il n'y a neigé par endroits pas plus de 25 millimètres par an. Pas de quoi, donc, compenser la fonte de la calotte glaciaire. Ainsi, inexorablement, les glaciers se retirent vers l'intérieur des terres et la calotte s'amincit.

Une contribution à la montée du niveau de la mer

Les chercheurs envisagent que le phénomène pourrait également se produire sur d'autres glaciers du Groenland. Dont la fonte s'est elle aussi accélérée sur les côtes ces dernières années. Le tout ne rendant pas nécessairement la calotte entière plus instable. Elle pourrait cependant bien se révéler plus sensible aux changements qui se produisent le long des côtes. La fonte de la glace dans le grand bassin du nord-est pourrait ainsi se produire beaucoup plus rapidement que les modèles le prévoyaient.

« Warming stripes » pour le Groenland, de 1901 à 2021. Chaque bandelette correspond à une année. La couleur reflète l'intensité de l'anomalie des températures mesurées par rapport à l'ère préindustrielle. Le bleu pour les plus froides que la moyenne, et le rouge pour les années les plus chaudes que la normale. © ShowYourStripes.info
« Warming stripes » pour le Groenland, de 1901 à 2021. Chaque bandelette correspond à une année. La couleur reflète l'intensité de l'anomalie des températures mesurées par rapport à l'ère préindustrielle. Le bleu pour les plus froides que la moyenne, et le rouge pour les années les plus chaudes que la normale. © ShowYourStripes.info

Tout cela pourrait bien forcer les scientifiques à revoir les estimations d'élévation du niveau de la mer prévues pour 2100. Le GiecGiec, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climatclimat, évoque une hausse globale comprise entre 22 et 98 centimètres. Mais ces derniers travaux sur le Groenland laissent penser que la région pourrait contribuer jusqu'à six fois plus qu'envisagé jusqu'alors à l'élévation du niveau des mers d'ici 2100. Les chercheurs parlent de 13,5 à 15,5 millimètres supplémentaires. Autant que la contribution de l'ensemble de la calotte du Groenland ces 50 dernières années !

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Pour en avoir le cœur net, les scientifiques devront continuer à récolter un maximum de données à l'intérieur des terres hostiles du Groenland. Des données qui alimenteront leurs modèles et donneront alors des projections de plus en plus réalistes de ce qui nous attend dans le contexte de réchauffement climatique anthropique.