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La guerre ou les étoiles : quoi de neuf avec le budget de la Nasa ?

ActualitéClassé sous :Astronomie , lancement , satellites

Comme vous le savez, les Etats-Unis, il y a quelques mois, ont assigné un nouveau but à la NASA : retourner sur la Lune vers 2018. En préambule, je veux rappeler ce qui était prévu.

Ce projet s'appelle en anglais "Vision for Space Exploration" (VSE en abrégé)

Nous (les Terriens) ne sommes plus capables d'aller sur la Lune avec des hommes. En effet, Von Braun est mort, la fusée Saturn V n'existe plus et tous les ingénieurs de cette époque glorieuse sont soit morts soit à la retraite, les plans n'existent plus sous forme informatique.

Cela veut quand même dire et je me permets de le souligner, car on ne le dira jamais assez, que Von Braun était un visionnaire qui a fait faire un pas de géant (celui d'Armstrong !) à l'humanité.

Une anecdote à ce sujet : Von Braun voulait mettre en orbite un satellite en... 1956, c'est-à-dire avant les Russes ; le gouvernement américain de l'époque pensait inimaginable que ce soit une équipe formée principalement d'allemands de Peenemünde qui lance le premier satellite US. Il a donc dit non, cela devait être soit l'Army soit la Navy avec les déconvenues que l'on sait.

La conception de la navette date des années 1970, et à cette époque on avait en tête des lancements de navettes récupérables presque toutes les semaines et pas chers. Vous connaissez la suite...

Bon revenons à nos projets : comme l'idée du projet Apollo était bonne, elle est remise au goût du jour en l'adaptant : on sépare la charge utile non humaine des hommes. C'est la grande différence avec Apollo.

Donc on envoie d'abord une fusée contenant la module lunaire (Lander) en orbite terrestre, ensuite on envoie les hommes (quatre) à bord d'une capsule Apollo améliorée (appelée CEV Crew Exploration Vehicle) au sommet d'une nouvelle fusée. Un module de service est attaché à cette capsule. Cette capsule devrait aussi à terme servir d'engin de liaison avec l'ISS.

Ces "nouveaux" lanceurs seront dérivés des lanceurs actuels de la navette comme nous allons voir, afin d'amortir les dépenses.

La super capsule s'accouple au module lunaire en orbite terrestre (on ne change pas une formule gagnante mis au point à l'époque Apollo) et, on part pour un voyage de 3 jours vers la Lune.

En orbite lunaire, le module se pose avec ses quatre hommes et reste une petite semaine. Pour être honnête il faut aussi dire que nos amis américains envisagent de rester beaucoup plus longtemps dans une station lunaire permanente vers le Pôle Sud, mais à une date indéterminée. Le retour s'effectue classiquement avec l'étage ascensionnel de la Lune puis séparation de la capsule pour un atterrissage (nouveauté : plus de mal de mer au retour pour les astronautes) sur Terre à l'aide d'air bag.

Donc avec un tel projet on est peut être capable de retourner sur la Lune, encore faut il savoir pour quoi faire?

Question de lèse majesté

On nous dit première étape vers Mars ? Qui peut croire que l'on va faire démarrer une fusée avec hommes vers Mars depuis la Lune, il faudrait d'abord tout y amener, c'est à mon avis un non sens. Ensuite : étape permanente sur notre satellite, d'accord, mais pour quoi faire, si c'est pour y ramener de l'Helium 3 alors je dis bravo, mais nous sommes très loin de maîtriser la technologie.

Personne ne parle d'installer des télescopes sur la face cachée de la Lune, à mon avis le vrai intérêt si on résout le problème de la poussière lunaire qui a tant embêté les astronautes.

Mais c'est là que le budget de l'année fiscale 2007 de la NASA entre en jeu (l'année fiscale US commence le 1er Octobre de l'année précédente et s'achève le 30 Septembre de l'année qui donne son numéro au budget : FY07 veut dire période allant du 1er Octobre 2006 au 30 Septembre 2007).

L'élément déterminant de ce budget a été et est toujours le problème de la navette

STS 114

On peut être pour ou contre la navette, elle existe et autant l'utiliser car on n'a pas de remplaçant. Mais elle n'est pas entièrement fiable (2 accidents sur une flotte de 5) et tous les problèmes du dernier vol STS114 ne sont pas résolus : il y a toujours des morceaux de mousse isolante qui s'échappent du corps du réservoir principal au décollage. Rappelons que cet isolant (similaire à du styropor d'emballage) sert à limiter la formation de glace le long du réservoir principal qui contient des produits cryogéniques.

D'après les dernières études on ne pourra pas empêcher des morceaux de se détacher, et nos amis américains sont confrontés à un dilemme : on ne met pas d'isolant alors la glace formée peut aussi endommager la navette, on met de l'isolant mais on risque le détachement de morceaux. Bref problème non résolu pour le prochain lancement de la navette.

Tout ceci a des conséquences en chaîne : on ne peut plus alimenter la station spatiale ISS en éléments nécessaires à sa fabrication, cela limite le nombre d'hommes à bord de l'ISS pour des raisons de sécurité, cela bloque le programme européen Columbus qui devait être installé dans l'ISS etc...

Il faut donc sauver ce qui peut être sauvé sur la navette, c'est une obligation pour terminer la station et aussi pour sauver Hubble.

Le nouveau budget de la Nasa

Il est de 16,8 Milliards de $ en augmentation quand même de plus de 3% sur 2006.

Il est réparti comme suit en gros :

• 6 Milliards $ pour la navette et l'ISS ;
• 5 Milliards $ pour les missions scientifiques spatiales (en baisse) ;
• 4 Milliards $ pour les missions d'explorations incluant le CEV (Super Apollo) ;
• 1 Milliard $ pour les recherches aéronautiques.

En principe il n'était pas prévu de supprimer les programmes scientifiques en cours, mais il semble bien que reposer le pied sur la Lune aura un coût scientifique, ce qui est paradoxal techniquement mais pas économiquement, car comme on dit, tout a un prix!

Voyons le problème navette :

La NASA prévoit 17 vols jusqu'en 2010 où elles devraient être arrêtées. Cela fait en moyenne 5 missions chacune pour les trois navettes : Atlantis, Discovery et Endeavour. Mais Atlantis est vieillissante elle arrêtera ses vols en 2008 et n'ira pas dans un musée, elle sera "vampirisée" et servira de réservoir de pièces de rechange pour les autres.

Il est prévu de terminer l'ISS (pas complètement comme prévu à l'origine) et d'emporter le module Columbus des européens. Michael Griffin a aussi assuré une mission de sauvetage de Hubble en 2008 par une navette.

Michaël Griffin

Les missions perdues : Les missions d'exploration spatiales vont payer pour la navette.

Missions d'exploration du système solaire :

• Annulation de beaucoup de missions martiennes, mais malgré cela la NASA espère envoyer une nouvelle mission tous les 26 mois (fenêtre de tir sur Mars) ;
• Il n'y a plus de mission prestige comme Cassini, Galileo, Viking etc...
• La mission vers Europe, satellite glacé de Jupiter où l'on pensait envoyer un robot creuser la glace et atteindre l'océan d'eau salée que l'on soupçonne sous cette croûte, est annulée ! Elle serait aux dernières nouvelles peut être remplacée par un retour vers Titan suite au dernier succès de Huygens ;
• La mission Dawn pour étudier les astéroïdes notamment les plus gros Cérès et Vesta est annulée.

Missions d'étude extra solaire :

• La mission TPF (Terrestrial Planets Finder) pour découvrir les exoplanètes par IR et spectroscopie et qui comportait deux sondes séparées, est annulée ;
• La mission SIM (Space Interferometry Mission) est retardée pour peut être 2015 ;
• Le LBTI (Large Binocular Telescope Interferometer) est aussi retardé ;
• Les programmes appelés "Beyond Einstein" (au delà d'Einstein) dédiés à l'étude de l'énergie noire dans l'Univers sont fortement réduits.

Missions d'étude de la Terre et du Soleil :

• Mission acceptée : satellite d'étude du climat : NPOESS (National Polar Orniting Satellite System) mais son budget devrait être contenu ;
• Autre satellite d'étude de la Terre : le LDCM (Landsat Data Continuity Mission) ;
• Nouvelle mission de coopération avec le Japon : GPM (Global Precipitation Measurement) doit améliorer les prévisions météo et surtout l'évaluation des précipitations. Le départ a quand même été reporté de quatre ans en 2012.

Missions d'astrophysique pure :

• N'oublions pas : le sauvetage de Hubble qui a été autorisé à la condition que les navettes reprennent leur vol sans problème, le budget de la mission de secours est voté, mais pas le budget de la navette qui doit amener les astronautes à poste ;
• Hausse du budget pour le remplaçant de Hubble : le JWST (James Webb Space Telescope) mais le lancement a quand même été repoussé à 2013 ;
• Le projet SOFIA (Stratosphere Observatory for Infrared Astronomy) à bord d'un 747 modifié est suspendu pour le moment.

En conclusion pour les scientifiques de tous les pays : la science n'est plus la priorité en Amérique, la guerre en Irak coûte beaucoup d'argent (entre 5 et 10 milliards de $ par mois...) .

Quel désastre pour la science spatiale, l'Europe peut peut-être tirer son épingle du jeu en participant à des programmes spatiaux innovants !

Bon ciel à tous

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