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Heurs et malheurs du programme spatial américain

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Jean qui rit et Jean qui pleure... Ainsi pourrait-on résumer le nouveau budget de la Nasa pour 2007, dont les contradictions ne cessent d'étonner depuis la décision du président Bush d'ouvrir la voie à l'exploration humaine du Système solaire... sans apport financier significatif.

Le programme Space Interferometer Mission, reporté... ou abandonné ?

Au total, c'est une augmentation budgétaire de 16,8 milliards de dollars qui était révélée il y a un mois, représentant 3,2 % de l'enveloppe actuelle, pendant que le Pentagone s'accordait, lui, une plus-value de 7 %. Mais cela aurait pu être pire.

Cependant, cette augmentation se révélant mathématiquement insuffisante pour faire face à l'ampleur du programme, il y aura obligatoirement des victimes...

Elles ne seront pas forcément où on le pense. Alors que d'aucuns anticipaient déjà l'abandon du Shuttle et - un peu prématurément - de la Station Spatiale Internationale, le numéro deux de l'Agence, Shana Dale a tenu à remettre les pendules à l'heure lors de son récent passage à Paris: oui, la Nasa continue de soutenir à fond ces deux programmes, et assumera ses obligations envers les partenaires qui se sont engagés avec elle.

Si ce secteur ne paraît pas en crise, ce n'est pas le cas avec le département recherche aéronautique, qui accuse un recul de 18 % et se recentre sur le long terme, se consacrant notamment à l'étude du supersonique et de l'hypersonique, avec un budget toutefois réduit de 20 %. Mais la grande victime de cette restructuration est sans conteste la science. Les exemples ne manquent pas.

Ainsi Space Interferometer Mission (SIM), qui a pour objet l'étude de la masse et de l'orbite des exoplanètes de type terrestre les plus proches, voit son lancement repoussé de 2012 à 2016, tandis que ses possibilités sont revues à la lumière des restrictions budgétaires. Ainsi, son interféromètre passe de 4 à 3 éléments et sa base de 10 à 9 mètres. Cette refonte du projet entraîne aussi une victime collatérale: la mission Terrestrial Planet Finding, dont la définition dépendait des résultats de SIM, et qui se voit reportée aux calendes grecques. Lisa (détection d'ondes gravitationnelles), Constellation X (astronomie X), et surtout la mission d'exploration d'Europa, le satellite de Saturne, font les frais de la réorientation programmée de la Nasa. Il y a bien d'autres exemples.

A contrario, certains programmes annoncés comme abandonnés reviennent en surface. Ainsi, la mission de maintenance - on devrait plutôt parler de sauvetage - du télescope spatial Hubble. La décision d'abandonner le prestigieux instrument à son sort avait provoqué un tollé généralisé des scientifiques, mais aussi des Américains, c'est-à-dire de l'électorat. Devant une réaction aussi massive qu'inattendue, la Nasa a préféré renoncer à son argument-choc, qui était d'affirmer qu'aujourd'hui les télescopes terrestres équipés d'optique adaptative (qui n'existait pas à l'époque de la conception de Hubble) parviennent à des performances identiques, voire meilleures.

Enfin, la poursuite de l'assemblage de la Station Spatiale Internationale est décidée. Mais la réduction du nombre de vols de navettes (17 au lieu de 19) et l'épée de Damoclès permanente représentée par un nouvel incident toujours possible, voire l'échec d'une mission entraînant la perte d'un élément-clé, n'incitent guère les scientifiques, voire les puissances étrangères, à investir dans le projet. A l'exception peut-être des Russes, alléchés par la possibilité de poursuivre à bon compte un programme d'occupation permanente de l'orbite basse inauguré avec Mir en 1986... deux semaines après l'explosion de la navette Challenger.

Mais l'ensemble du programme reste conditionné par le succès du second vol de qualification du Shuttle... et de la solidité du revêtement de son réservoir externe. Nous en reparlerons.

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