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Budget 2009 de la Nasa : un fabuleux cadeau d’anniversaire

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A la surprise générale, le Congrès américain vient d'accorder un budget de 20,2 milliards de dollars pour l'exercice 2009 de la Nasa, soit un supplément de 2,6 milliards sur le montant sollicité. Les raisons n'en sont pas anodines.

Projet de retour à la Lune. Crédit Nasa

Pour son cinquantième anniversaire, la Nasa a été gâtée par une jolie rallonge budgétaire. La décision qui vient d'être prise s'inscrit principalement dans deux textes votés par le Congrès, qui viennent d'être approuvés par le président Georges Bush. Le premier d'entre eux, le Continuing Resolution, intitulé Consolidated Security, Disaster Assistance, and Continuing Appropriations Act of 2009, devenu une loi depuis la signature présidentielle du 30 septembre dernier, est officiellement destiné à assurer le financement de la Nasa et de la plupart des agences fédérales associées durant la période de transition (soit entre novembre 2008 et mars 2009), sur la même base budgétaire qu'en 2008.

Comparaison entre le budget 2008 et le budget 2009 (requis et accordé). Document Futura-Sciences

Bientôt l'achat de cargos russes ?

Mais cette résolution va beaucoup plus loin, car dans cette imposante construction de mesures concernant l'éventail complet des activités de l'agence se cache un dispositif légalisant l'ouverture de négociations avec les Russes en vue de l'achat de vaisseaux Soyouz et de cargos de ravitaillement automatiques Progress afin d'assurer l'accès à la Station Spatiale Internationale entre 2012 et 2016.

La fin programmée de l'exploitation des navettes spatiales en 2010 et la mise en service opérationnel de leur successeur, les vaisseaux du programme Constellation/Orion en 2016, justifiait l'urgence. Mais la mesure restait très controversée en raison de l'opposition d'un certain nombre de membres du Congrès, qui n'acceptaient pas un accord commercial de cette ampleur en raison de l'implication militaire récente de la Russie en Géorgie. Or, l'utilisation de Soyouz russes à partir de 2010-2011 implique une prise de commandes de la part de l'administration américaine début 2009.

Alors que les avis paraissaient encore mitigés, l'opinion du Congrès semble avoir été largement influencée par une lettre rédigée par le sénateur démocrate Barack Obama, candidat à la présidence, disant en substance « Faute d'approuver cette loi immédiatement, les Etats-Unis abandonneront leur rôle dans l'exploitation de cette étonnante structure (l'ISS, NDLR), ainsi que le bénéfice qu'ils pourraient en retirer et l'avantage offert pour l'exploration lointaine ».

Dans un rapport publié en début de semaine, le sénateur républicain Kay Bailey Hutchison (Texas) a indiqué que le supplément de 2,6 milliards de dollars décidé par le Congrès allait permettre à la Nasa de raccourcir la période durant laquelle les Etats-Unis seraient dans l'impossibilité de transporter ses propres astronautes vers l'ISS. « Devant les progrès réalisés par d'autres pays en matière de vol humain, explique-t-il, le risque est trop élevé pour que les Etats-Unis perdent leur suprématie dans le domaine de l'exploration spatiale ».

La Station Spatiale Internationale dans sa configuration actuelle. Crédit Nasa

L'ère des navettes prolongée ?

L'accélération du programme Constellation et du vaisseau Orion est largement sous-entendue dans cette rallonge budgétaire. Mais on remarque aussi une autre décision, également incluse dans le texte, qui ordonne l'arrêt immédiat du démantèlement des installations de lancement des navettes spatiales en prévision de leur retrait. Ce paragraphe ajouté à la résolution qui, rappelons-le, a force de loi, interdit à la Nasa d'accomplir toute action qui empêcherait de réutiliser la flotte des navettes encore disponibles au-delà de la date butoir de 2010.

Les grandes lignes des programmes spatiaux

Le rapport détaille l'orientation future des programmes spatiaux de la Nasa. Plus que jamais, l'agence est encouragée à poursuivre son effort de colonisation de la Lune avec l'établissement d'une première base. Celle-ci a été officiellement baptisée Neil A. Armstrong Lunar Outpost.

Dans un premier temps, ses infrastructures devront pouvoir être pilotées depuis la Terre et dotées d'une très grande capacité d'autonomie pour l'éventualité où le délai entre deux visites d'astronautes devrait être anormalement prolongé. Durant les premières phases de la construction de cette base, les équipes d'astronautes y séjourneront au maximum 15 jours, celle-ci fonctionnant de façon autonome entre deux visites. Puis la durée d'occupation s'allongera progressivement, jusqu'à une occupation permanente.

Exploration lunaire. Crédit Nasa

Le support des activités lunaires de la Nasa, tout comme la responsabilité des missions de ravitaillement et des vols habités, devraient être confiés à des services commerciaux privés. C'est l'objet du programme COTS (Commercial Orbital Transportation Services), soutenu par le Congrès, d'encourager la Nasa à favoriser ces partenariats.

Dans l'éventualité où une société privée agissant sur fonds propres s'avérait capable d'assurer l'approvisionnement de la Station spatiale en hommes ou matériel tout en répondant aux exigences de sécurité et de fiabilité exigées, la Nasa pourrait réorienter ses efforts en les concentrant vers l'exploration de la Lune et de Mars.

Projet de vaisseau habité martien. Crédit Nasa

En route vers Mars

Sans surprise, le Congrès confirme son soutien à l'exploration de la planète Mars, avec comme principaux objectifs la recherche de traces de vie passée ou présente. Les études préliminaires à l'établissement de l'Homme sur Mars font aussi partie des préoccupations. La durée du voyage (environ deux ans) et la variation de distance entre Mars et la Terre incitent à imaginer un séjour d'au moins une année. Pour des raisons tant économiques que scientifiques, la Nasa se montre réticente à accomplir un tel effort pour un séjour éclair.

Dans l'immédiat, la Nasa souhaite avoir les ressources financières pour lancer au moins une mission automatique lors de chaque fenêtre de tir, soit environ tous les deux ans, afin de préparer le premier retour d'échantillons martiens.

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