Les Twin Towers, les tours jumelles, à New York, avant les attentats du 11 septembre 2001. © Carol M. Highsmith, Wikimedia Commons, Domaine public
Santé

11 septembre : 20 ans après leur effondrement, les Twin Towers tuent toujours !

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Elles s'appelaient les Twin Towers, jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001. Leur effondrement a éjecté des tonnes des métaux lourds, amiante, ciment, vaporisant des produits toxiques hautement cancérigènes, créant un immense nuage de poussière qui a stagné des mois durant. Vingt ans après, quelles sont les répercussions sur la santé des survivants et des intervenants directement exposés au désastre ?

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The ConversationLes attaques terroristes du 11 Septembre sur le World Trade Center (WTC), à New York, ont causé la mort de 2.753 personnes, dans les Twin Towers et leur environnement immédiat. Après l'attentat, plus de 100.000 intervenants et secouristes venus de tous les États américains - ainsi que quelque 400.000 résidents et d'autres travailleurs présents autour de Ground Zero - ont été exposés à un nuage de poussière toxique retombé sous la forme d'une épaisse couche de cendres. Un nuage fantomatique qui est resté dans l'air pendant plus de trois mois.

Un mélange de composés toxiques vaporisés

Le panache de poussière du World Trade Center était constitué d'un dangereux mélange de poussière et de particules de ciment, d'amiante et de plusieurs types de polluants organiques persistants. Ces derniers produits chimiques comprennent des dioxines cancérigènes et des hydrocarbures polyaromatiques, ou HAP, qui sont des sous-produits de la combustion des carburants.

La poussière contenait également d'autres éléments dangereux. Des métaux lourds connus pour être toxiques pour le corps humain et le cerveau, comme le plomb (utilisé dans la fabrication de câbles électriques flexibles) ou le mercure (présent dans les interrupteurs ou les lampes fluorescentes), ou du cadmium, un agent cancérigène qui s'attaque aux reins (qui entre dans l'élaboration des batteries électriques ou de pigments pour les peintures).

Des Polychlorobiphényles (PCB), produits chimiques utilisés dans les transformateurs électriques, étaient également présents. Les PCB sont connus pour être cancérigènes, toxiques pour le système nerveux et capables de perturber l'appareil reproducteur. Dangereux déjà en temps normal, ils sont devenus encore plus nocifs une fois chauffés à haute température par la combustion du carburant des avions - avant d'être transportés par des particules très fines.

Amiante, plomb, mercure… Tous les produits et matériaux toxiques présents dans les Tours jumelles ont été vaporisés et se sont retrouvés en suspension en l’air pendant des mois. © James Tourtellotte, US Customs and Border Protection

La poussière soulevée par la chute du WTC était ainsi composée à la fois de « grosses » et très petites particules, fines et ultra-fines. Ces particules particulièrement petites sont connues pour être hautement toxiques, en particulier pour le système nerveux puisqu'elles peuvent traverser directement les fosses nasales et atteindre le cerveau.

De nombreux secouristes et autres personnels directement exposés à cette poussière ont développé une toux grave et persistante qui a duré en moyenne un mois. Ils ont été traités à l'hôpital Mont Sinaï et reçu des soins à la Clinique de médecine du travail, un centre réputé pour les maladies liées au travail.

Je suis spécialisé dans la médecine du travail et ai commencé à suivre ces survivants en tant directeur du Centre de données du Programme de santé du WTC, au Mont Sinaï depuis 2012. Ce programme recueille des données et assure le suivi et la supervision de la santé publique des travailleurs chargés du sauvetage et de la récupération en lien avec le World Trade Center. Après huit ans à ce poste, j'ai intégré la Florida International University, à Miami, où je prévois de continuer à travailler avec les intervenants du 11 Septembre qui déménagent en Floride lorsqu'ils atteignent l'âge de la retraite.

Des symptômes aigus à la maladie chronique

Car, après les problèmes de santé aigus initiaux, c'est une vague de maladies chroniques qui a commencé et continue de les affecter 20 ans plus tard. La toux persistante a fait place à des maladies respiratoires telles que l'asthme, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et des maladies des voies respiratoires supérieures comme la rhinosinusite chronique, la laryngite et la rhinopharyngite.

La litanie des maladies respiratoires a également exposé beaucoup d'entre eux au risque de reflux gastro-œsophagien (RGO), qui se produit à un taux plus élevé chez les survivants de l'attentat des Twin Towers que dans la population générale. Cette affection se produit lorsque les acides de l'estomac remontent dans l'œsophage, qui relie l'estomac à la gorge. En raison des troubles des voies respiratoires ou des troubles digestifs, beaucoup de ces survivants souffrent également d'apnée du sommeil, ce qui nécessite des traitements supplémentaires.

Pour en rajouter encore à cette tragédie, environ huit ans après les attentats, de premiers cancers ont également commencé à apparaître chez les survivants. Il s'agit notamment de tumeurs du sang et des tissus lymphoïdes telles que le lymphome, le myélome et la leucémie - tumeurs dont on sait qu'elles affectent les travailleurs exposés à des substances cancérigènes sur le lieu de travail. Et les survivants souffrent encore d’autres cancers : du sein, de la tête et du cou, de la prostate, du poumon et de la thyroïde.

Certains ont également développé un mésothéliome, une forme agressive de cancer liée à l'exposition à l’amiante. L'amiante a été utilisé au début de la construction de la tour nord jusqu'à ce que l'opinion publique et une plus grande prise de conscience de ses dangers pour la santé mettent un terme à son utilisation.

L’esprit également touché

Les survivants du 11 Septembre ont aussi à surmonter un traumatisme psychologique, qui a entraîné beaucoup de problèmes de santé mentale persistants. Une étude publiée en 2020 a révélé que sur plus de 16.000 intervenants du WTC, pour lesquels des données ont été recueillies, près de la moitié ont signalé un besoin de soins en santé mentale. De plus, 20 % de ceux qui ont été directement touchés ont développé un trouble de stress post-traumatique.

Beaucoup m'ont dit qu'avoir découvert des corps déchiquetés, arpenté les scènes de carnage et subi l'ambiance tragique des jours qui ont suivi l'événement les ont marqués à vie. Ils sont incapables d'oublier les terribles images vues et beaucoup souffrent de troubles de l'humeur, de déficiences cognitives et autres problèmes de comportement, y compris des troubles liés à la consommation de substances.

Pour les professionnels envoyés sur le site de l’attentat de New York, le spectacle tragique a aussi été psychologiquement traumatisant. © Library of Congress

Les survivants, une génération vieillissante

Vingt ans plus tard, ces survivants sont confrontés à un nouveau défi alors qu'ils vieillissent et se dirigent vers la retraite - une transition de vie difficile, qui peut entraîner un déclin de la santé mentale. Avant la retraite, le rythme quotidien de l'activité professionnelle et un horaire régulier aident souvent à garder l'esprit occupé...

Mais la retraite laisse parfois un vide - un vide qui, pour ce public fragilisé, est trop souvent rempli du souvenir indésirable des bruits, des odeurs, de la peur et du désespoir de cette terrible journée et de celles qui ont suivi. De nombreux survivants m'ont dit qu'ils ne voulaient pas retourner à Manhattan, et certainement pas sur le site du World Trade Center.

Le vieillissement peut également s'accompagner de pertes de mémoire et d'autres problèmes cognitifs. Or, des études montrent que ces processus naturels sont accélérés et plus graves chez les survivants du 11 Septembre, comme chez les anciens combattants des zones de guerre. Cette tendance est préoccupante, d'autant plus qu'un nombre croissant de recherches, dont notre propre étude préliminaire, établit des liens entre troubles cognitifs chez les victimes du 11 Septembre et démence. Un récent article du Washington Post expliquait comment ces personnes sont confrontées à des troubles similaires à la démence dans la cinquantaine, soit bien plus tôt que la normale.

La pandémie de Covid-19 a également fait des ravages chez ceux qui avaient déjà souffert du 11 septembre. Les personnes souffrant de conditions préexistantes ont connu un risque beaucoup plus élevé pendant la pandémie. Une étude récente a ainsi, logiquement, révélé une incidence plus élevée de Covid-19 chez les intervenants du WTC entre janvier et août 2020.

Hommage aux survivants

Les risques sanitaires posés par l'exposition directe à la poussière âcre étaient sous-estimés à l'époque, et mal compris. De plus, les équipements de protection individuelle appropriés, tels que les demi-masques respiratoires P100, n'étaient pas disponibles à l'époque. Nous en savons aujourd'hui beaucoup plus sur les risques - et nous avons un accès beaucoup plus large aux équipements de protection qui peuvent assurer la sécurité des intervenants et secouristes après une catastrophe. Pourtant, trop souvent, je constate que nous n'avons pas appris et appliqué ces leçons...

Par exemple, immédiatement après l'effondrement d'un immeuble en copropriété près de Miami Beach en juin 2021, il a fallu plusieurs jours avant que des demi-masques respiratoires P100 soient disponibles et obligatoires pour les intervenants. D'autres exemples dans le monde sont encore pires : un an après l’explosion de Beyrouth, en août 2020, très peu de mesures ont été prises pour étudier et gérer les conséquences sur la santé physique et mentale parmi les intervenants et la communauté touchée. Une situation tout aussi désastreuse s'est produite au lendemain d'un incendie chimique du 20 juillet à Durban, en Afrique du Sud.

Appliquer les leçons tirées du 11 Septembre est un moyen essentiel d'honorer les victimes et les hommes et femmes courageux qui ont participé aux efforts désespérés de sauvetage et de récupération en ces jours terribles.

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