L’explosion qui a dévasté Beyrouth le 4 août dernier a généré une puissance équivalente à 5 % de la bombe nucléaire de Hiroshima, selon des chercheurs britanniques qui ont analysé les dégâts provoqués par la déflagration.


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    Le 4 août dernier, à six heures de l'après-midi, une énorme double explosion dans le port de Beyrouth détruisait la moitié de la ville, laissant un terrible bilan de 181 morts, plus de 6.000 blessés et 300.000 sans-abris. Les détonations ont été entendues jusqu'à Chypre, distante de 200 km.

    Due à l'explosion d'un stock de 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium, une substance utilisée notamment comme engrais azoté, l'explosion serait l'une des plus puissantes de l'histoire, hors explosion nucléaire, selon une nouvelle étude de l'université de Sheffield.

    L'équipe a analysé les images postées sur les réseaux sociauxréseaux sociaux pour estimer la propagation de l'onde de choc dans la ville. Ils ont ainsi collecté 38 points de données qu'ils ont coordonnés avec des analyses audio et vidéo image par image.

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    La carte montre les 16 points de localisation utilisés pour estimer l’onde de déflagration. © S. E. Rigby et al., Shock Waves, 2020
    La carte montre les 16 points de localisation utilisés pour estimer l’onde de déflagration. © S. E. Rigby et al., Shock Waves, 2020

    1 GWh libéré en quelques millisecondes

    D'après leurs calculs, le cataclysme est équivalent à la détonation de 550 à 1.120 tonnes de TNT, soit environ 5 % de la puissance de la bombe nucléaire que les États-Unis ont larguée sur Hiroshima le 6 août 1945. En quelques millisecondes, l'explosion de Beyrouth a libéré environ 1 gigawattheure (GWh) d'énergie, soit la puissance générée en une heure par 3 millions de panneaux solaires ou 400 éolienneséoliennes, et de quoi fournir de l'électricité à plus de 100 foyers pendant environ un an, détaille un communiqué de l’université.

    Évaluer la puissance d’une détonation

    Plusieurs autres moyens existent pour évaluer la puissance d'une détonation. On peut par exemple s'appuyer sur le facteur d’efficacité relative qui compare l'efficacité d'un explosif par rapport au TNT. Ce dernier est de 0,42 pour le nitrate d'ammonium, ce qui veut dire qu'avec les 2.750 tonnes stockées sur le port de Beyrouth, on obtient une puissance théorique de 1.155 tonnes équivalent TNT.

    Néanmoins, cela dépend de l'âge et de l'état du nitrate d'ammonium. Une autre étude allemande, utilisant les ondes acoustiquesondes acoustiques et sismiques, était parvenue à un résultat similaire à celui des chercheurs de Sheffield, avec une estimation de 500 à 1.100 tonnes de TNT.

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    Les pires explosions accidentelles de l’histoire

    La catastrophe de Beyrouth est l'une des explosions accidentelles parmi les plus puissantes jamais observées depuis celle d'Halifax (Canada), le 6 décembre 1917, lorsqu'un navire norvégien était entré en collision avec un cargo français chargé de munitions. D'une puissance équivalente à 2,9 kilotonnes d'équivalent TNT, la déflagration avait fait près de 2.000 morts et 9.000 blessés, détruit 1.630 habitations et endommagé des milliers d'autres.

    Le nitrate d'ammonium est par ailleurs responsable de plusieurs catastrophes majeures, comme l'explosion à l'usine BASF d'Oppau, en Allemagne, le 21 septembre 1921, qui avait entraîné la mort de 530 à 590 personnes et des dégâts dans un cercle de 90 km de diamètre.

    Le 26 avril 1947, à Texas City, l'incendie d'un cargo français contenant 2.200 tonnes de nitrate d'ammonium déclenchait une explosion tuant près de 581 personnes et provoquait un raz-de-maréeraz-de-marée de 4,5 mètres de haut.