Des chercheurs affirment être parvenus à transférer la mémoire d’un escargot marin à un autre grâce à une injection d’acide ribonucléique (ARN). © Production Perig, Fotolia

Santé

Transférer la mémoire d’un individu à un autre : c’est possible !

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Il y a quelque 50 ans, une première expérience de transfert de mémoire par le biais d'acide ribonucléique (ARN) était dévoilée. Mais presque aussitôt discréditée. Des chercheurs américains affirment pourtant aujourd'hui avoir obtenu de nouveaux résultats probants.

Imaginez d'innocents vers plats. Apprenez-leur à éviter une source lumineuse en l'associant à un choc électrique. Puis broyez ces vers et donnez-les en pâture à d'autres vers. Que se passe-t-il ? Selon James McConnell, un chercheur américain qui mena l'expérience dans les années 1960, ces vers apprendront bien plus rapidement que des vers non entraînés à éviter la fameuse source lumineuse.

Une preuve étonnante que l'acide ribonucléique (ARN) est le support de l'information mnésique. Mais personne n'a pu reproduire ces résultats depuis. Et un biais expérimental a finalement été mis au jour, mettant à mal la belle théorie. Mais il y a quelques jours, des biologistes de l'université de Californie à Los Angeles (Ucla, États-Unis) rapportent avoir transféré la mémoire d'un escargot marin à un autre par injection d'ARN.

Rappelons que l'ARN est réputé intervenir dans la synthèse des protéines par les organismes vivants à partir des informations dispensées par l'ADN. Mais il remplit aussi d'autres fonctions importantes. Ainsi, il intervient dans la régulation de nombreux processus cellulaires impliqués dans le développement et la maladie.

Pour transférer la mémoire d’un escargot de mer (trained donor) à un autre escargot de mer (naive recipient), des chercheurs ont extrait son ARN (trained ARN) puis l’ont injecté dans l’autre escargot. De même, ils ont mis cet ARN en présence de neurones sensoriels (sensory neurons). Au bout de 24 heures, les escargots présentaient un réflexe défensif accru (sensitized withdrawal reflex) à un stimulus tactile (siphon touch) et les neurones sensoriels étaient devenus particulièrement sensibles (increased neuronal excitability). © David Glanzman, Ucla

L’ARN, molécule de l’information mnésique ?

Les chercheurs américains ont d'abord sensibilisé des escargots marins de genre Aplysia. Ils leur ont appliqué des chocs électriques destinés à améliorer leurs réflexes de protection. Et en effet, ils ont pu observer sur les escargots cobayes, des durées de contraction défensive de 50 secondes en moyenne. Contre seulement 1 seconde pour le groupe témoin.

Ils ont ensuite extrait de l'ARN de ces escargots pour l'injecter à d'autres, n'ayant pas été préalablement sensibilisés. Résultat, ces escargots ont montré une contraction défensive moyenne de 40 secondes. Pour aller plus loin, ils ont mis des neurones sensoriels d'escargots en présence de cet ARN sensibilisé. Et ils ont observé une excitabilité accrue.

Restaurer des souvenirs heureux ou amoindrir les souvenirs douloureux

« C'est comme si nous avions transféré la mémoire », déclare David Glanzman, chercheur à l'Ucla. Selon lui, cette expérience fait la preuve que les souvenirs des escargots marins sont portés par l'ARN puis stockés dans le noyau de leurs neurones. Et la conclusion peut-être étendue à l'homme. Ainsi à l'avenir, il est possible que l'ARN — reste tout de même à préciser quel type d'ARN — serve à restaurer des souvenirs perdus chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer ou à réduire l'impact des souvenirs douloureux chez des patients dans un état de stress post-traumatique.

  • Dans les années 1960, un chercheur américain pensait avoir réussi à transférer la mémoire d’un vers à un autre vers.
  • Aujourd’hui, une équipe de l’université de Californie à Los Angeles annonce avoir obtenu des résultats similaires sur des escargots marins.
  • Pour transférer la mémoire d’un individu à un autre, il suffirait d’injecter au second, de l’ARN du premier.
  • Reste à déterminer quel type d’ARN exactement.
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