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L'archipel du Svalbard, le pays des ours blancs

Dossier - Vagabond, le voilier polaire prisonnier des glaces
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Vagabond est un voilier d'expédition conçu pour naviguer dans les glaces. Camp de base itinérant, il se laisse régulièrement emprisonner par la glace à Inglefieldbukta, en baie du Storfjord au Spitzberg, la plus grande des îles de l'archipel du Svalbard.

  
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1 - L'Archipel

Communément appelé Spitzberg en français, du nom de son île principale (Spitzbergen), le Svalbard est un archipel situé dans l'Océan Arctique qui dépend du royaume de Norvège. Les îles s'étendent sur 62 050 km2 entre 74° et 81° de latitude nord et 10° et 34° de longitude est. D'immenses zones sont recouvertes de glaciers, mais le courant nord atlantique (Gulf Stream) tempère le climat arctique autour de l'archipel, rendant les eaux navigables durant presque toute l'année. Le Svalbard est situé au-delà du cercle polaire. Ainsi à Longyearbyen, le soleil de minuit persiste du 20 avril au 23 août, et la nuit polaire du 26 octobre au 15 février.

Le Svalbard © Eric Brossier - Vagabond

Cet endroit en dehors du monde présente des particularités peu communes. Toutes les maisons de l'archipel, dont celles de Longyearbyen, localité la plus importante du Svalbard, sont construites sur pilotis afin d'éviter que la chaleur dégagée par les habitations ne dégèle le pergélisol. Pour les mêmes raisons, toutes les canalisations sont installées en surface le long des rues, conférant à l'ensemble un décor digne d'un film futuriste.

Constructions sur pilotis à Pyramiden © Eric Brossier - Vagabond

Cette localité étrange possède même son université qui continue à vous déconcerter. Entièrement construite en bois à la façon d'un chalet, on s'y déchausse en y pénétrant pour ne pas salir le parquet. Ce sont donc des étudiants en pantoufles qui viennent là étudier la biologie, la géologie, la géophysique et la technologie arctiques.

Type de constructions en bois que l'on peut trouver dans l'archipel. Ici à Ny Alesund © Eric Brossier - Vagabond

Mais ici, les cours ne se suivent pas qu'en classe. Les professeurs emmènent fréquemment leurs élèves sur le terrain, ce qui nécessite de prendre quelques précautions. En effet, si le Svalbard est nommé Pays des Ours Blancs, ce n'est pas pour rien. Les plantigrades sont plus nombreux que les hommes dans l'archipel, et tous les résidents ainsi que les personnes autorisées à circuler dans les îles, doivent savoir se servir d'une arme à feu pour se protéger. L'isolement, la présence permanente des ours, le coût prohibitifs des éventuelles opérations de secours et la fragilité des sites, ont obligé le gouvernement norvégien à limiter les activités de pleine nature. Les expéditions ayant obtenu l'autorisation du gouverneur de l'archipel, doivent pouvoir justifier de leur autonomie et de leur sécurité.

© Eric Brossier - Vagabond

Les ours, comme la banquise, ne fréquentent guère la côte Ouest du Spitsberg. Il n'y a d'ailleurs quasiment plus de banquise en hiver devant Longyearbyen, et des habitants qui y vivent depuis plusieurs années n'ont jamais vu d'ours. De notre côté, la banquise nous retient de novembre à juillet, et nous avons déjà eu plus de 350 visites d'ours depuis octobre 2004 !

2 - La fragilité écologique du Svalbard

L'archipel du Svalbard est un lieu privilégié pour étudier le pergélisol dont la pérennité constitue un enjeu primordial pour les habitants du Grand Nord. Les conséquences du réchauffement auraient des effets dévastateurs pour les communautés humaines et animales qui vivent dans ces régions où le sol a, de tout temps, été gelé. L'un des effets pervers du dégel entraînerait une érosion accrue des régions côtières. La disparition de la banquise accentuerait le phénomène car, actuellement, les glaces flottantes agissent comme des brise-lames en ralentissant la puissance des vagues qui viennent s'écraser sur les côtes. Les zones d'eau libre permettraient alors aux vagues de développer des ampleurs inhabituelles, accentuant l'érosion du littoral.

Lagopède © Eric Brossier - Vagabond

L'autre conséquence de la fonte du pergélisol des régions arctiques, consisterait à libérer une quantité anormale de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Le permafrost agit actuellement comme un puits de carbone. Le gel ralentit ou inhibe la décomposition organique des plantes piégées dans la glace. En cas de réchauffement, deux hypothèses peuvent se présenter :

  • si l'eau glacée venait à s'évaporer rapidement, cela ranimerait les bactéries aérobies qui reprendraient leur œuvre de corruption en libérant du CO2
  • ou alors l'eau stagnerait car la température extérieure ne permettrait pas l'évaporation, favorisant de ce fait la prolifération des bactéries, qui produiraient alors d'énormes quantités de méthane.

Quel que soit le cas de figure, ces productions de gaz accentueraient davantage encore l'effet de serre et le réchauffement climatique global. Le problème est crucial parce que les régions polaires concentrent un quart du carbone organique dans leur sol.

En zone arctique, les fleurs n'ont que quelques semaines pour éclore, fleurir et se reproduire © Eric Brossier - Vagabond

Les bouleversements engendrés par un changement climatique sont difficilement mesurables. Non seulement ils affecteraient la météorologie et le cycle hydrologique en réduisant l'approvisionnement en eau, et l'hydratation du sol. Mais la fonte du pergélisol aurait également des incidences lourdes sur les infrastructures industrielles (complexes d'exploitations, ports), du transport aérien et routier, ou de retenues artificielles d'eau (barrages), là où elles existent (Russie, Alaska, Canada), car elle entraînerait des effondrements du sol, et déstabiliserait les constructions.

Renard polaire © Eric Brossier - Vagabond

Elle empêcherait la migration de certaines espèces animales et en ferait disparaître d'autres.

3 - Les Ours blancs

Un récent comptage indique qu'environ 3000 ours blancs vivraient actuellement sur l'ensemble de l'archipel. Selon le gouvernement norvégien qui a promulgué un décret de protection du plantigrade depuis 1973, la population est suffisamment importante sur un plan biologique pour qu'elle puisse rester pérenne. Les inquiétudes concernent les modifications climatiques car si la banquise fond, ils ne trouveront plus à se nourrir, et la pollution de leur environnement par les PCB (polluants organiques persistants).

Ours curieux © Eric Brossier - Vagabond

Ces substances nocives sont produites dans les régions tempérées d'Europe, de Russie et d'Amérique du Nord et les vents les transportent vers le Cercle Polaire Arctique. Là, elles empoisonnent toute la chaîne alimentaire en commençant par le krill (plancton) et les algues, puis les poissons qui s'en nourrissent, puis les phoques et enfin les ours. En bout de la chaîne alimentaire, le plantigrade s'intoxique en ingérant les grosses quantités de nourriture, et les femelles transmettent le poison à leurs petits en les allaitant. Ces toxines endommagent les défenses immunitaires et les fonctions de reproduction de tous les maillons de cette chaîne alimentaire.

Ours jouant sur la banquise © Eric Brossier - Vagabond

Mais le danger le plus sournois qui menace ce grand prédateur, est la fonte de la banquise. En effet, cette dernière constitue son terrain de chasse par excellence. C'est là qu'il passe l'été à chasser le phoque qui constitue 95 % de son alimentation. Il peut ainsi parcourir des centaines de kilomètres et franchir de longues distances à la nage pour rejoindre une autre zone de prospection.

Visite en vue ! © Eric Brossier - Vagabond

L'ours se nourrit essentiellement de jeunes phoques qu'il traque alors qu'ils sont blottis dans des creux de neige. Lorsqu'il n'y aura plus de glace... Les plus pessimistes s'accordent à dire que l'espèce se sera éteinte vers la fin du siècle à cause de la disparition de la banquise.