Au Svalbard, un archipel en Norvège, un pic de chaleur très au dessus des normales saisonnières a été enregistré. Les glaciers du Svalbard reculent rapidement. Ils recouvrent normalement 60 % de cet archipel, soit une superficie de 38.000 km². © Rixie, Adobe Stock
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Vidéo : rien ne va vraiment plus en Arctique où le mercure s’affole au Svalbard

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[EN VIDÉO] Pourquoi l'Arctique est-il en feu ?  Le mois dernier, des températures 8°C au dessus des normales ont été enregistrées en Sibérie ! 

Connu pour abriter la plus grande réserve mondiale de graines, l'archipel du Svalbard, en Norvège, connaît un épisode de chaleur très au dessus de la normale en battant, samedi, son record absolu avec une température de près de 22 °C. Encore un évènement extrême en Arctique... 

Avec 21,7 degrés relevés à 18 h 00 heure locale (16 h 00 GMT) près de la petite cité de Longyearbyen, l'archipel a connu son jour le plus chaud depuis le début des relevés météorologiques. Le précédent record datait du 16 juillet 1979, lorsque le mercure avait atteint 21,3 degrés, a précisé à l'AFP le météorologue de permanence à l'institut, Kristen Gislefoss.

Photo transmise 17 juillet 2020 par Polar Bears International d'un ours polaire et de son ourson photographiés en 2012 près de l'archipel de Svalbard (Norvège). © Kt Miller, Polar Bears International, AFP, Archives

Le mercure s'affole au Svalbard

Le groupe d'îles, parfois plus connu sous le nom de Spitzberg, est situé à un millier de kilomètres du pôle Nord. Le pic de chaleur de samedi, qui devrait durer jusqu'à lundi, est très au-dessus des normales saisonnières : les températures habituelles en juillet, mois le plus chaud dans l'Arctique, sont de l'ordre de 5 à 8 degrés au Svalbard.

Selon les scientifiques, l'Arctique se réchauffe deux fois plus vite que l'ensemble de la planète. L'été 2020, dans la région, est marqué par des épisodes quasi caniculaires dans la partie russe de l'Arctique : des températures 5 °C au-dessus de la normale depuis janvier en Sibérie et un pic à 38 °C début juillet au-delà du cercle arctique.

Selon un récent rapport officiel norvégien Climate in Svalbard 2100, la température moyenne au Svalbard pour la période 2070-2100 devrait augmenter de 7 à 10 degrés par rapport à la période 1970-2000, suivant le niveau d'émissions humaines dans les décennies à venir. Le changement est déjà visible : « De 1971 à 2017, un réchauffement de 3 à 5 °C a été observé, avec les plus fortes hausses en hiver », selon le rapport.

Record de température dans le Svalbard norvégien. © Kun Tian, AFP

Inquiétantes conséquences sur la banque de semences

Connu pour ses ours polaires, le Svalbard a la particularité paradoxale d'abriter à la fois une mine de charbon, énergie la plus émettrice de gaz à effet de serre, et une « Arche de Noé végétale », inaugurée en 2008 pour protéger les plantes des impérities des Hommes.

Cette chambre forte, censée être une parade contre le changement climatique a elle-même été victime du réchauffement. En 2016, quelque 20 millions d'euros de travaux ont dû y être menés en raison d'une infiltration d'eau provoquée par la fonte du pergélisol, sol en principe gelé en permanence dans les régions arctiques...

Pour en savoir plus

Le Svalbard vit ses étés les plus chauds depuis 1.800 ans

Article de Quentin Mauguit, publié le 3 octobre 2012

Les récentes températures estivales du Svalbard seraient nettement supérieures à celles de l'optimum climatique médiéval, une période de réchauffement aux origines naturelles. Quant au « Petit âge glaciaire » observé ensuite en Europe, il se serait traduit par une augmentation des précipitations en hiver plutôt que par un refroidissement estival. La preuve... par la graisse.

L'Homme, par ses activités, est accusé d'avoir provoqué les changements climatiques en cours. Certains récusent l'explication, notamment en mettant en avant que l'hémisphère nord a déjà subi un réchauffement naturel soi-disant similaire à l'actuel entre 950 et 1250. 

Cet argument vient de prendre un coup de froid. Une nouvelle étude l'affirme, les étés au Svalbard, un archipel norvégien à la frontière de l'océan Arctique, sont depuis quelques décennies les plus chauds des 1.800 dernières années. Ce travail, publié dans la revue Geology, a été réalisé par William d’Andrea de l'University of Massachusetts Amherst. Pour une fois, ce n'est pas la glace qui a parlé, mais la graisse... 

Environ 2.240 personnes habitent au Svalbard, principalement sur Spitzberg. Les îles se situent au-delà du cercle polaire arctique. Le soleil de minuit dure du 20 avril au 23 août. La nuit polaire s'étend quant à elle du 26 octobre au 15 février. © Kenyai, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

Des températures estivales trahies par des graisses insaturées

Sous les hautes latitudes, les climats passés ont souvent été révélés par des analyses de glace, mais les données récoltées sont généralement valables pour des périodes froides comme les hivers, lorsque la neige précipitée se conserve. Les températures estivales sont trahies par une autre matière : la graisse. Le degré de saturation des lipides synthétisés par des algues fournit en effet de précieuses informations. La relation est simple : plus il fait chaud et plus les graisses produites sont insaturées et vice-versa. Des carottages de sédiments ont donc été réalisés dans le lac Kongressvatnet. 

Comment dater les prélèvements ? Les âges des différentes couches de sédiment ont été déterminés grâce à la téphrochronologie, c'est-à-dire par la recherche de dépôts pyroclastiques expulsés lors d'éruptions volcaniques connues (des particules de verre dans le cas présent). Les matières libérées par les volcans islandais Snæfellsjökullin, Helka et Öræfajökull (respectivement en 170, 1104 et 1362) et observées dans les sédiments ont par exemple chacune une signature chimique propre. 

Au Svalbard, les hivers refroidissent

Les températures estivales du Svalbard ont commencé à s'élever vers 1600, probablement à la suite d'une augmentation de l'apport en eau tropicale dans la région. Elle est apportée par le bras nord du Gulf Stream, le courant ouest-Spitzberg. Le réchauffement se serait ensuite accéléré vers 1890. Les émissions massives de gaz à effet de serre expliqueraient la croissance des températures depuis 1960. À partir de 1987, chaque été fut en moyenne plus chaud de 2,0 à 2,5 °C par rapport aux plus fortes températures durant l'optimum climatique médiéval.

D'autres résultats sont également intéressants. Des données extraites de la glace ont mis en évidence un refroidissement constant des hivers depuis 1.800 ans. Les écarts saisonniers de température ont donc augmenté au Svalbard durant la période étudiée. Par ailleurs, des révélations ont également été faites sur la petite glaciation qui a touché l'Europe aux XVIIIe et XIXe siècles. La prise de volume des glaciers à cette époque n'aurait pas été causée par une diminution des températures estivales, mais bien par une augmentation des précipitations de neige. 

Toutes ces données seront utilisées pour mieux prévoir l'évolution de notre climat. Actuellement, le réchauffement climatique est, sur base de mesures concrètes, deux fois plus important en Arctique qu'ailleurs. Ce fait nous a dernièrement été rappelé à de nombreuses reprises. La banquise arctique vient en effet de battre un record historique : son étendue n'a jamais été aussi petite en septembre, fin de la saison des fontes, depuis la mise en place de son suivi par satellite. Elle pourrait totalement disparaître en été avant la fin du siècle. Dernier détail tracassant, selon une étude parue en 2011, la température hivernale moyenne du Svalbard pourrait augmenter de 10 °C dans les décennies à venir.

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