C'est sur l'archipel du Svalbard (Norvège), tout au nord de l'océan Atlantique, qu'a été lancé le projet de Réserve mondiale de semences, destiné aux générations futures. © Einar Jørgen Haraldseid from Gjøvik, Norway, Wikimedia Commons, CC by-sa 2.0

Planète

Arctique : la plus grande réserve de graines au monde s'enrichit

ActualitéClassé sous :développement durable , Svalbard , graine

Dans ce bunker, enfoui sous la terre en Norvège, la biodiversité et de la diversité génétique de la Planète sont protégées des menaces, notamment climatiques. Cette « Arche de Noé végétale » est la plus grosse réserve mondiale de semences et elle va recevoir mardi prochain un arrivage important de graines en provenance du monde entier. Des milliers de variétés sont conservées dans cette forteresse conçue pour pouvoir en accueillir jusqu'à 4 millions.

L'« Arche de Noé végétale », plus grosse réserve mondiale de semences située dans l'Arctique, doit accueillir mardi un important arrivage de semences, entreposées dans ses entrailles pour préserver la biodiversité face aux périls, notamment climatiques. Plus de 60.000 échantillons de semences, propriété de 36 banques génétiques régionales et internationales, vont rejoindre le Svalbard Global Seed Vault. Cette chambre forte est enfouie dans une montagne près de Longyearbyen, le chef-lieu de l'archipel norvégien du Svalbard (Spitzberg), à un millier de kilomètres du Pôle Nord.

« À mesure que le rythme du changement climatique et que la perte de biodiversité augmentent, émerge une nouvelle urgence dans les efforts pour sauver les cultures vivrières menacées d'extinction, a déclaré Stefan Schmitz, directeur de la fondation Crop Trust, chargée de gérer la réserve. L'ampleur du dépôt de semences d'aujourd'hui (...) démontre un engagement mondial croissant (...) pour la conservation et l'utilisation de la diversité des cultures cruciale pour les agriculteurs dans leurs efforts d'adaptation à l'évolution des conditions de culture. »

Des boîtes contenant des semences du monde entier sont stockées sous une montagne dans une île de l'Arctique. © Helene Dauschy, AFP

Plus d'un million de semences conservées dans un bunker

Parmi les graines qui seront déposées par des institutions du Brésil, des États-Unis, d'Allemagne, du Maroc, du Mali, d'Israël ou encore de Mongolie figurent des cultures de base courantes mais aussi des variétés sauvages moins utilisées. Cet arrivage va porter à environ 1,05 million le nombre de variétés entreposées dans les trois alcôves souterraines qui forment la « Chambre forte du Jugement dernier », un autre surnom de la réserve.

Se voulant un filet de sécurité face aux catastrophes naturelles, aux guerres, au changement climatique, aux maladies ou encore aux impérities des Hommes, la structure a vu le jour en 2008 grâce à un financement de la Norvège. Son utilité a été crûment mise en lumière par le conflit syrien : en 2015, les chercheurs ont pu récupérer au Svalbard les doubles de graines disparues dans la destruction de la banque de gènes de la ville d'Alep.

© Sophie Ramis, AFP

Une chambre forte... de moins en moins forte

Les États et institutions dépositaires restent propriétaires des semences et peuvent les récupérer à leur convenance. Paradoxalement, la chambre forte a elle-même été rattrapée par le changement climatique : en 2016, elle a subi une infiltration d'eau au niveau du tunnel d'entrée en raison de la fonte du pergélisol, ce sol censé être gelé en permanence mais pourtant victime cette année-là de la hausse du thermomètre. La Norvège a depuis financé des travaux pour accroître la résistance de la réserve dans un environnement appelé à devenir plus chaud et plus humide. Selon les scientifiques, l'Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète.

  • La réserve mondiale de semences du Svalbard (Norvège) a enregistré plus d’un million de dépôts.
  • Cette collection de graines se trouve sur un archipel de l’Arctique.
  • Elle a pour objectif de préserver la biodiversité végétale.
Pour en savoir plus

Réserve mondiale de semences du Svalbard : un million de graines déposées

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews, publié le 27 février 2018

La réserve mondiale de semences du Svalbard (Norvège), qui a pour objectif de protéger la biodiversité végétale des conflits et des catastrophes naturelles, a fêté ses 10 ans. Plus d'un million d'échantillons de graines y ont déjà été déposés.

La réserve mondiale de semences du Svalbard, précieuse « arche de Noé végétale » protégeant la diversité génétique des conflits et des catastrophes naturelles, a franchi le million d'échantillons de graines déposés lundi à l'occasion de son dixième anniversaire.

Dans des températures quasi polaires, plus de 70.000 nouveaux échantillons de graines de riz, blé, maïs, niébé ou encore sorgho ont rejoint l'antre fortifiée située sur cet archipel de l'Arctique à mi-chemin entre la Norvège continentale et le pôle Nord.

Plus d'un million de graines ont franchi cette porte pour être mises définitivement en sécurité.

Avec ce nouvel arrivage, la « chambre forte du Jugement dernier », comme elle est aussi surnommée, enfouie à plus de 120 mètres à l'intérieur d'une montagne, a reçu, en dix années d'existence, 1.059.646 variétés de cultures, conservées dans des caisses alignées sur des étagères.

« Je suis très heureux d'annoncer que plus d'un million de graines ont franchi cette porte pour être mises définitivement en sécurité », s'est félicité le ministre norvégien de l'Agriculture, Jon Georg Dale, lors du dépôt solennel.

Des étagères de l'« arche de Noé végétale », en Norvège, sur lesquelles ont été entreposées plus d'un million de variétés de graines depuis l'ouverture de celle-ci il y a dix ans. © AFP Photo, Scanpix ; photo prise le 24 février 2008

Une collection de graines dans un entrepôt norvégien

Cette collection de graines la plus variée au monde se veut un filet de sécurité pour les quelque 1.700 banques de gènes existant sur Terre face aux risques liés aux catastrophes naturelles, aux guerres, au changement climatique, aux maladies ou aux impérities des Hommes. L'entrepôt est la propriété de la Norvège mais les graines appartiennent aux États et institutions dépositaires, lesquels peuvent les récupérer à leur convenance.

La réserve mondiale de semences a à ce jour été sollicitée par une seule institution : la banque de gènes de la ville d'Alep ayant été endommagée par le conflit syrien, le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (Icarda) a demandé à récupérer des graines. De ce fait, l'arche contient actuellement 967.216 variétés de graines. Elle peut en accueillir environ 4,5 millions.

Conçu pour résister aux désastres, le grenier de la planète a cependant été lui-même victime du réchauffement climatique : l'augmentation des températures dans l'Arctique a entraîné une fonte du pergélisol (sol censé être gelé en permanence) et provoqué une fuite d'eau à l'entrée du tunnel en 2016, sans qu'aucune graine ne soit endommagée.

Oslo a annoncé vendredi le déblocage de 100 millions de couronnes (environ 10 millions d'euros) en 2018 pour réaliser des travaux, notamment la construction d'un nouveau tunnel d'accès et l'érection d'un bâtiment de service permettant d'éloigner les sources de chaleur.


Au Spitzberg, un réfrigérateur géant pour les semences du monde

Article de Jean-Luc Goudet paru le 15 novembre 2007

La Réserve mondiale de semences est une sorte d'arche de Noé végétale creusée dans les glaciers en Norvège. Ce projet a pour objectif affiché de conserver des graines de tous les endroits du Globe, avant qu'elles ne disparaissent, préservant pour les générations futures une indispensable biodiversité.

Un peu en avance sur son planning, le projet d'une réserve mondiale de semences a franchi une étape cette semaine. Samedi 17 novembre 2007, une opération portes ouvertes permettra aux habitants du Spitzberg et à ceux qui ont choisi de visiter l'archipel en ce début de nuit polaire de jeter une dernière fois un œil sur le Svalbard Global Seed Vault, de son nom anglais. La grotte commencera ensuite une descente en température que l'on espère sans retour pour de nombreuses décennies voire des siècles...

C'est en Norvège, au début des années 1980, qu'est née l'idée d'une banque de semences, pour conserver durablement des graines de plantes d'intérêt alimentaire. Avec l'évolution des pratiques agricoles et l'industrialisation de l'agriculture intensive, de nombreuses variétés anciennes disparaissent alors qu'elles peuvent présenter des caractéristiques qui, un jour, seront utiles. Ce patrimoine de l'Humanité mérite donc d'être conservé.

L'entrée de la grotte de la Réserve de semences du Svalbard. © Bjoertvedt, CC by-nc-sa 3.0

4,5 millions de graines sous la terre

La suite fut une longue histoire, faite de tractations internationales, de conflits d'intérêt entre pays pauvres et pays développés (lesquels entendaient conserver le contrôle des variétés créées chez eux) et d'enlisements des négociations. L'affaire n'a repris sa progression qu'en 2004 quand la FAO est parvenue à faire ratifier par 55 pays le traité international sur les ressources génétiques des plantes.

Cette année-là, la Norvège, toujours motivée, relance son initiative. Baptisée Global Crop Diversity Trust, elle rassemble une centaine de pays qui s'engagent à fournir des semences à conserver, à l'exclusion des OGM. Techniquement, le principe est établi : creuser une cavité profondément enfouie dans le pergélisol (sol perpétuellement gelé) pour y maintenir une température constante de -18 °C, estimée idéale pour la conservation des graines. En charge du projet, le ministère norvégien de l'agriculture retient, comme à l'aube du projet en 1983, l'archipel de Svalbard, situé bien au-delà du Cercle polaire.

Un couloir de 100 mètres conduit aux trois chambres. © Global Crop Diversity Trust

Les engins commencent alors à creuser la glace et terre sur la plus grande île de l'archipel, Spitzberg, à proximité de la capitale, Longyearbyen, par 78° de latitude, à seulement 800 kilomètres du pôle nord. L'abri souterrain se trouve à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, une hauteur élevée, qui tient compte de l'élévation prévisible du niveau de la mer dans les décennies à venir.

À environ 120 mètres sous la surface, chacune des trois chambres mesure 25 mètres sur 10, pour une hauteur de 6 mètres. © Odd Arvid Strømstad

Un couloir de 100 mètres de longueur aboutit à trois salles indépendantes, qui totalisent mille mètres carrés. Chacune, dans leur volume de 1.500 mètres cubes, peut contenir 1,5 million de graines. Le dernier problème technique à résoudre... est que le sol est trop chaud. La température oscille en effet entre -3 et -4 °C. Il faut donc la refroidir à l'aide d'un système réfrigérant alimenté par une station de production d'électricité située à proximité. C'est cette étape qui vient de démarrer, alors que la nuit polaire est tombée sur le Spitzberg.

Cette réserve mondiale pourra devenir fonctionnelle en février et accueillir jusqu'à 4,5 millions de graines, en provenance du monde entier et qui, un jour, serviront peut-être de nouveau...

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