Une forêt tropicale au Libéria, Afrique de l'Ouest. © Fabian, Adobe tock

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Les forêts tropicales perdent leur capacité à absorber le CO2

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Il est loin le temps des bonnes nouvelles, celui où les scientifiques annonçaient que les forêts tropicales stockent plus de carbone qu'elles n'en libèrent. Mais, ces puits de carbone naturels sont à bout de souffle et la situation risque de s'inverser : les forêts tropicales, africaines et amazoniennes, pourraient générer plus de CO2 qu'elles n'en capturent. Un constat toujours plus inquiétant qui forcent les scientifiques à revoir leurs modèles climatiques.

Les forêts tropicales s'essoufflent et sont de moins en moins capables d'éponger le carbone. La forêt amazonienne risque même dans les quinze prochaines années d'en produire plus qu'elles n'en capte, avertissent des chercheurs, dans une étude publiée mercredi par la revue scientifique Nature. Ces conclusions devraient entraîner une révision à la baisse de la quantité de carbone que l'humanité peut produire pour respecter l'objectif de l'Accord de Paris de limiter à moins de 2 degrés la hausse de la température mondiale moyenne, selon les auteurs de l'étude.

Actuellement, les forêts tropicales représentent 50 % des capacités mondiales de l'absorption de carbone (par des techniques de séquestration), mais elles approchent de la saturation, face notamment à l'augmentation des émissions d'origine humaine. La capacité des forêts à capter le CO2 dans l'atmosphère par la photosynthèse est aussi entamée par la disparition d'arbres, pour cause d'incendie, de sécheresse ou de déforestation. Cette capacité chute bien plus vite en Amazonie que dans les forêts d'Afrique subsaharienne.

Cette baisse est en avance de dizaines d'années sur les prédictions les plus pessimistes

Une équipe de dizaines de chercheurs, en Europe et en Afrique, a suivi la croissance des arbres et leur mortalité sur 50 ans dans des forêts tropicales africaines et comparé ces données à des informations similaires sur la forêt amazonienne. Conclusion : si certaines forêts ont grandi plus vite, dopées par le carbone dans l'atmosphère, ces maigres gains sont effacés par les sécheresses et les pics de température.

Déboisement de 850 hectares pour planter des palmiers à huile près de Kisangani, le 25 septembre 2019 en République démocratique du Congo. © Samir Tounsi, AFP, Archives

Réagir et revoir les modèles climatiques

En extrapolant ces données sur les 20 prochaines années, selon cette étude, la capacité des forêts africaines à absorber le carbone va décliner de 14 % d'ici à 2030, et celle de l'Amazonie tomber à zéro avant 2035. « Cette baisse est en avance de dizaines d'années sur les prédictions les plus pessimistes, souligne Wannes Hubau, un expert des écosystèmes forestiers au Musée royal de l'Afrique centrale, à Bruxelles. La mortalité est une étape naturelle du cycle de la vie des arbres de forêt. Mais en pompant autant de CO2 dans l'air, nous avons accéléré ce cycle », a-t-il déclaré à l'AFP.

Plusieurs des scénarios envisagés par l'Accord de Paris sur le climat partent du principe que les forêts vont continuer d'absorber le CO2 sur le long terme. Plusieurs pays ont annoncé des projets pour planter plus d'arbres, tout comme de grands groupes industriels qui comptent ainsi compenser leurs émissions. « Nous allons devoir revoir nos modèles climatiques, mais également les stratégies de compensation fondées sur ces modèles », a affirmé M. Hubau.

Un avis partagé par Anha Rammig, de l'Université technique de l'École des Sciences de la vie, à Munich (Allemagne) : « En même temps qu'une protection accrue de la forêt tropicale, une réduction encore plus rapide que prévu des émissions humaines de gaz à effet de serre sera nécessaire pour éviter un changement climatique catastrophique », a-t-elle écrit dans une présentation de la recherche.

Pour en savoir plus

Les forêts tropicales absorbent davantage de CO2 qu'on ne le croyait

Article de Jean-Luc Goudet, publié le 24 février 2009

Au chapitre des bonnes nouvelles, une étude internationale vient de démontrer que les forêts humides stockent plus de carbone qu'elles n'en libèrent. Elles absorberaient actuellement près d'un cinquième des émissions humaines de gaz carbonique.

Chaque année, les êtres humains et leurs activités rejettent 32 milliards de tonnes de gaz carbonique (ou dioxyde de carbone), d'après les données du Giec. Pourtant, on n'en trouve que 15 milliards dans l'atmosphère, qui contribuent au réchauffement du climat. Que devient le reste ? Les scientifiques discutent toujours de la mécanique générale du cycle de carbone et certains de ses rouages sont encore bien mal connus. Après les océans, les forêts tropicales d'Afrique et d'Amérique (dans ce dernier cas, on parle de forêt néotropicale) jouent bien sûr un grand rôle, par leur étendue et leur activité biologique intense. Mais, quantitativement, la question de leur influence est toujours posée.

Quand un arbre pousse, il fabrique son bois en utilisant le gaz carbonique de l'air et stocke ainsi du carbone. Il respire et perd des feuilles ou des branches, donc renvoie rapidement une partie de ce carbone. Que se passe-t-il quand il est vieux ? Il pousse moins vite voire plus du tout. Et quand il meurt ? Il tombe et des milliards de bactéries, de champignons et d'insectes se chargent de croquer le bois mort, réexpédiant le carbone dans l'atmosphère. L'augmentation de la teneur atmosphérique en gaz carbonique due à l'activité humaine, qui favorise la croissance des végétaux, augmente-t-elle la capacité de stockage des arbres ?  Finalement, la forêt est-elle un puits de carbone ? Et si oui, de quelle taille ?

Manifestement, le problème se pose différemment selon la latitude.  Pour les régions au climat tempéré, une étude récente montrait même qu'un reboisement pourrait réchauffer l'atmosphère.

La réduction de la déforestation devient un enjeu déterminant

En 1998, une équipe avait montré que la forêt amazonienne amassait davantage de carbone qu'elle en relâchait à la mort des arbres. Cette fonction de puits à carbone avait été démontrée sur 38 des 50 sites étudiés. Résultat chiffré annoncé par l'équipe : durant les quelques décennies précédentes, chaque hectare de forêt néotropicale aurait absorbé 0,71 +/- 0,34 tonne de carbone chaque année.

La question restait posée pour les forêts tropicales d'Afrique. Une équipe internationale menée par Simon Lewis, de l'université de Leeds, vient d'y apporter une réponse. Oui, les forêts africaines absorbent une partie du surplus de carbone largué dans l'atmosphère par les activités humaines.

L'affirmation repose sur un suivi effectué durant 40 ans, entre 1968 et 2007, sur 250.000 arbres de 79 sites, répartis dans dix pays africains. Cette étude montre que les troncs des vieux arbres continuent de croître en diamètre et le font davantage aujourd'hui qu'il y a quarante ans. Cette augmentation de masse représente un captage de 0,6 tonne de gaz carbonique par hectare et par an. La réponse - compensatrice - de la croissance des arbres en Afrique à l'augmentation de la teneur en CO2 est donc du même ordre que celle des forêts d'Amérique centrale et du sud.

Les forêts africaines stockeraient chaque année 1,2 milliard de tonnes de CO2 par hectare, ce qui conduit au chiffre de  4,8 milliards de tonnes pour les forêts d'Afrique et d'Amérique. Selon les auteurs, l'ensemble des forêts tropicales du monde absorberaient environ 18% des émissions de gaz carbonique d'origine humaine.

L'un des co-auteurs, Lee White, a pragmatiquement calculé la valeur financière de ces 4,8 millards de tonnes, compte tenu d'un « prix réaliste de la tonne » : 13 milliards de livres par an, soit environ 15 milliards d'euros. La lutte contre la déforestation paraît donc, encore plus qu'on ne le pensait, un moyen efficace de réduire l'impact des activités humaines sur le climat planétaire. Simon Lewis en conclut que les pays les plus riches, qui émettent les plus grandes quantités de gaz carbonique, devraient consacrer « des ressources importantes à aider les pays tropicaux à éviter les déforestations ».

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