Les campagnes de vaccination contre la polio, la rougeole ou la diphtérie ont été interrompues en raison de l’épidémie de Covid-19. © Julien Harneis, Flickr
Santé

La pandémie de Covid a entraîné un dramatique retard vaccinal

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En 2020, 23 millions d'enfants sont passés à travers les mailles du filet et n'ont pas reçu leurs trois doses du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. En France aussi, un million de doses de rappel des différents vaccins n'ont pas été administrées l'an dernier. Des trous dans la raquette plutôt préoccupants.

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La pandémie de Covid-19 est au cœur de nos préoccupations depuis début 2020, et c'est bien normal. Avec près de 7,7 millions de morts et 228,5 millions de personnes touchées, jamais une maladie n'avait frappé aussi sévèrement l'humanité depuis la grippe espagnole de 1918. Mais elle a fait aussi passer au second plan d'autres maladies, en entraînant un retard vaccinal préoccupant chez certaines populations. Dans son premier temps, la Covid a plutôt eu un effet positif sur la dynamique des autres maladies, grâce aux gestes barrières qui ont limité la circulation des virus et bactéries de la grippe ou des gastro-entérites par exemple. Mais aujourd'hui, ces gestes barrières tendent à s'assouplir, et surtout, ils ne remplacent pas une vaccination en bonne et due forme.

En avril 2020, la Gavi (Alliance globale pour les vaccins et l'immunisation) s'inquiétait déjà des suspensions de campagnes vaccinales alors préconisées par l'organisation mondiale de la santé (OMS) ou la GPEI (Global polio eradication initiative), qui jugeaient que la distribution des vaccins risquait de propager l'épidémie (voir notre précédent article, ci-dessous). Les gens ont aussi été réticents à se déplacer de crainte de se contaminer, quand les mesures de confinement ne le leur interdisaient pas.

Les campagnes de vaccination ont accumulé un important retard depuis le début de la pandémie. © DFID, UK Department for International Development
La pandémie est en train de détricoter des années de progrès en matière de vaccination

Aujourd'hui, volte-face complète : l'OMS met en garde sur un « désastre absolu » dû au retard de la campagne vaccinale dans le monde. Les effets se font déjà sentir avec des éruptions de rougeole au Pakistan a souligné Kate O'Brien, directrice du département vaccination de l'Organisation mondiale de la santé, à Genève. En 2020, 23 millions d'enfants sont passés à travers les mailles du filet et n'ont pas reçu leurs trois doses du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche ou DTP3, qui sert de mesure de référence, selon les chiffres publiés jeudi par l'OMS et l'Unicef. C'est le plus grand nombre depuis 2009. « La pandémie est en train de détricoter des années de progrès en matière de vaccination systématique et d'exposer des millions d'enfants à des maladies mortelles et évitables », s'alarme Seth Berkley, directeur exécutif de Gavi. Dans certains cas, la priorisation des laboratoires sur le vaccin anti-Covid a pu entraîner des retards dans la distribution des autres vaccins, dénonce également l'OMS.

Un million de doses de vaccins n’ont pas été administrées en France. © Sanofi

Une vaccination de rappel sur quatre, non effectuée en France

Et n'allez pas croire que le phénomène ne concerne que les pays pauvres. En France aussi, la diminution des consultations a entraîné un retard dans le suivi des rendez-vous du calendrier vaccinal. « Ce retard représente un risque potentiel de résurgence de maladie à prévention vaccinale, impactant toutes les catégories de population de tout âge », alerte Robert Cohen, pédiatre-infectiologue au CHU de Créteil et coordonnateur Infovac. « Près d'un million de vaccinations de rappel pour enfants, adolescents et adultes n'ont pas été assurées depuis le début de la pandémie de Covid-19. Cela représente une vaccination de rappel sur 4, non effectuée depuis le début de la crise sanitaire », alerte Sanofi, l'un des leaders mondiaux des vaccins. Les déficits les plus importants concerne le vaccin contre le tétanos (-230.000 doses), le vaccin anti-papillomavirus (-103.000 doses chez les jeunes filles) et le vaccin Rougeole-Oreillons-Rubéole aussi appelé ROR (-96.000 doses par rapport aux chiffres « normaux »).

À quand un vaccin tout-en-un ?

Ce retard intervient dans un contexte de couverture vaccinale déjà insuffisante en France. Outre les purs antivax, les Français sont assez dilettantes en matière de vaccination. Selon une étude CSA pour Sanofi, à peine un Français sur deux (49 %) tient son carnet de vaccination à jour (62 % pour les parents de jeunes enfants), et seuls 58 % se disent certains d'être à jour dans leurs vaccins. La couverture vaccinale à deux doses du ROR plafonne à 83,4 %, quand l'objectif est de 95 %, tandis que moins de deux tiers des plus de 65 ans (59,9 %) se font vacciner contre la grippe saisonnière, alors que le vaccin est gratuit et fortement recommandé chez cette population.

Pour résoudre les « trous » dans la vaccination, certains laboratoires préparent des vaccins combinés grippe-Covid ou même incluant le VRS (virus respiratoire syncytial), qui affecte nourrissons et personnes âgées. Des tout-en-un qui amélioreraient sans doute la couverture vaccinale générale et nous éviteraient des déplacements à répétition chez le médecin.

Pour en savoir plus

Polio, rougeole, dengue : craintes d'une crise sanitaire à venir

Article de Céline Deluzarche publié le 18/04/2020

La panique engendrée par la pandémie de Covid-19 a conduit à la suspension des campagnes de vaccination contre la rougeole, la fièvre jaune ou la polio. Et la désertification des centres de soins fait craindre une résurgence d'autres maladies comme la dengue. Certaines organisations s'alarment d'une crise sanitaire à venir sans précédent dans les pays pauvres.

« Choisir entre la peste et le choléra » : c'est ainsi que Seth Berkley, le responsable de la Gavi (Alliance globale pour les vaccins et l'immunisation), décrit le dilemme auquel est soumise l'organisation. Le 24 mars dernier, le GPEI (Global Polio Eradication Initiative) a recommandé la suspension de toutes les campagnes de vaccination contre la polio en cours en Afrique afin de ne pas favoriser la propagation du virus SARS-CoV-2. Tout en reconnaissant que cela amènera à davantage d'enfants paralysés et à la réémergence de la maladie dans des pays où celle-ci avait été éradiquée. L'Afghanistan et le Pakistan, où subsiste encore le virus, pourraient être les premières victimes.

Fièvre jaune, diphtérie, rougeole : toutes les campagnes de vaccination suspendues

Et la polio n'est malheureusement pas la seule concernée. Le 26 mars, l'Organisation mondiale pour la santé (OMS) a également préconisé une « suspension temporaire » de la vaccination contre toutes les autres maladies, comme la fièvre jaune, la diphtérie ou la rougeole. L'OMS considère en effet que la distanciation sociale nécessaire à l'endiguement du Covid-19 est incompatible avec la distribution des vaccins dans les villages. Quelque 13,5 millions d'enfants ont déjà manqué la vaccination contre la polio, la rougeole, le choléra ou encore la méningite depuis le début de la suspension, déplore Seth Berkley dans le magazine Science.

Campagne de vaccination contre la polio. Le vaccin peut être facilement administré par voie orale par des volontaires. © Unicef, Ethiopia

Une épidémie de dengue en Amérique latine

En Amérique latine, c'est une redoutable épidémie de dengue qui inquiète. La région a déjà connu un triste record en 2019, avec plus de 3,14 millions de personnes infectées, une hausse de 30 % par rapport à 2015. Depuis le début de l'année, plus de 661.000 cas ont déjà été confirmés en Amérique du Sud dont 1.820 graves. Si l'accès rapide à des soins médicaux permet généralement d'abaisser le taux de mortalité en dessous de 1 %, la surcharge des systèmes de santé due au Covid-19 pourrait faire exploser le nombre de morts. D'autant plus que les deux maladies présentent des symptômes similaires (fièvre, maux de tête, courbatures...). En Guadeloupe, où 7.260 cas ont été enregistrés depuis octobre 2019, la dengue semble heureusement en régression, mais la baisse des chiffres pourrait être due à la désertification des cabinets médicaux depuis le confinement, prévient le journal France Antilles.

La pire épidémie de rougeole depuis l’invention du vaccin

Des campagnes de vaccination contre la rougeole ont déjà été reportées dans 24 pays et d'autres prévues plus tard en 2020 dans 13 pays risquent également de ne pas avoir lieu, alerte de son côté le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). Plus de 117 millions d'enfants pourraient être privés de vaccin, prévient l'organisation. En République démocratique du Congo (RDC), l'épidémie de rougeole est pourtant cette année particulièrement virulente. Depuis début 2019, la maladie a infecté 341.000 personnes et causé 6.400 décès, trois fois plus qu'Ebola durant la même période. Et la maladie, 10 fois plus contagieuse que le Covid-19, se répand comme une traînée de poudre. D'après les experts de l'OMS, cette épidémie pourrait être « la pire jamais enregistrée dans un pays depuis l'invention du vaccin en 1963 », rapporte Nature.

Le virus de la rougeole est le plus contagieux au monde. © immimagery, Adobe Stock

La RDC n'est pas le seul pays touché. En 2018, 10 millions de personnes ont été touchées dans le monde, entraînant 140.000 décès, soit une hausse de 58 % par rapport à 2016. Une recrudescence liée en grande partie par les réticences envers la vaccination dans les pays riches, mais aussi aux déficiences des systèmes de santé dans les pays en développement. Or, ces derniers sont particulièrement vulnérables. Alors que le taux de mortalité de la rougeole est habituellement de 3 à 6 % (déjà près de 10 fois supérieur à celui du Covid-19), il peut atteindre 30 % dans certaines régions en raison de la malnutrition et des carences en vitamine A. Pire, on a récemment découvert que la rougeole « détruisait le système immunitaire », laissant ainsi la porte ouverte à d'autres maladies... comme le Covid-19.

Une pénurie de vaccin liée à la fermeture des frontières ?

L'OMS préconise cependant la poursuite de la vaccination dans les centres de soins et les hôpitaux. Mais comme c'est le cas en France, on constate qu'en Afrique les habitants craignent de se rendre dans ces centres de peur d'y être infecté par le coronavirus. Autre problème : la possible pénurie de vaccin alimentée par la fermeture des frontières. Alors qu'il n'existe encore aucun vaccin contre le Covid-19, toutes ces maladies sont pourtant facilement évitables. Dans la panique générale causée par la pandémie de coronavirus, mesure-t-on bien l'échelle de risque que l'on fait peser sur les populations vulnérables ?


Vaccinations : ne baissons pas la garde !

Article de Destination Santé publié le 28/02/2010

En un peu plus d'un siècle, les vaccins auront sauvé des centaines de millions de vies. Ils ont aussi permis d'éradiquer une maladie - la variole - et de réduire considérablement la poliomyélite. Mais certaines, comme la rougeole, résistent encore, souvent parce que le nombre de vaccinations reste trop faible.

La campagne antivariolique menée par l'OMS de 1967 à 1977 a éliminé totalement la variole. Dans les années 1960, elle menaçait plus de 60% de la population mondiale, et une personne sur quatre atteintes en mourait. La situation de la poliomyélite est différente. Même si l'éradication n'est pas encore en vue, le nombre d'infections a reculé de 99% depuis 1988. Au total, plus de 5 millions de personnes ont ainsi échappé à la paralysie ou à la mort.

En 2008, 106 millions d'enfants ont été vaccinés dans le monde. Un record ! Chaque année, les vaccins préviennent ainsi 3 millions de décès et préservent 750.000 enfants des séquelles de maladies infectieuses.

Tétanos, poliomyélite, diphtérie..., ces maladies ont pratiquement disparu en France. Alors pourquoi continuer à vacciner ? Parce que virus et bactéries circulent encore chez nous, comme dans le reste du monde naturellement. La vaccination est donc souvent le seul moyen de garantir une protection efficace.

La vaccination : un geste altruiste

La protection vaut pour soi-même mais elle est aussi un geste altruiste puisqu'elle participe à la protection de toute une population. En effet, plus il y a d'enfants vaccinés, moins ils se transmettent le virus ou la bactérie concernée et plus cette maladie a de chances de disparaître.

La preuve avec la rougeole, que la France ne parvient pas à éradiquer. Pourquoi ? Parce que les enfants et les jeunes adultes sont trop peu vaccinés. En 2008, plus de 600 cas de rougeole sont déclarés - 604 très précisément -, dont 94% chez des personnes incomplètement vaccinées ou... pas du tout. Entre janvier et août 2009, le nombre de cas a encore augmenté : 1.200 déclarations et deux décès. Voilà pourquoi il est d'extrême importance de vacciner (en deux doses) les nourrissons contre la rougeole avec le vaccin trivalent, mais aussi de compléter la vaccination des enfants et adolescents n'ayant reçu qu'une seule dose.

Comment ça marche ? Au cours d'une vaccination, on injecte un microbe tué ou atténué, donc inoffensif. L'organisme le reconnaît cependant comme s'il était actif et produit des anticorps pour se défendre. Nos défenses garderont ensuite en mémoire les traces de cette bataille. Ainsi dès que le germe en question se présentera de nouveau, elles réagiront plus rapidement - et efficacement - pour fabriquer des anticorps spécifiques.

A l'inverse, sans vaccination nos défenses immunitaires n'auront pas le temps de fabriquer suffisamment d'anticorps. Ainsi virus et microbe provoqueront-ils une forme clinique de la maladie, avec parfois des complications graves. Pour bâtir une défense suffisante, plusieurs doses sont en général nécessaires. C'est le but des rappels, qui consolident et entretiennent la mémoire immunitaire. Comme tout médicament, les vaccins peuvent provoquer des effets indésirables chez certaines personnes. Ils sont le plus souvent modérés et passagers - fièvre ou réactions localisées à type de rougeur, de douleur ou de gonflement. Des réactions allergiques sont certes possibles, mais il est exceptionnel qu'elles revêtent un caractère de gravité.

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