D’où vient la méfiance française envers les vaccins ? © mingirov, Adobe Stock
Santé

Ces affaires qui ont alimenté la méfiance française envers les vaccins

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[EN VIDÉO] Comment fonctionne un vaccin à ARN messager ?  Pfizer et Moderna ont choisi cette technique de pointe pour concevoir en un temps record leur vaccin contre le Covid-19. Cette vidéo présente tout ce qu'il faut savoir sur les vaccins à ARN messager en trois minutes ! 

Les hésitations, quant à la sécurité du vaccin AstraZeneca, viennent nourrir la défiance historique des Français envers les vaccins. Celle-ci provient de précédentes affaires qui ont semé le doute sur l'innocuité et l'efficacité des vaccins en général. Malgré les démentis et les études, les soupçons demeurent. Retour sur trois campagnes de vaccination polémiques.

Suspendu en France le 15 mars après une suspicion de cas de thrombose, le vaccin AstraZeneca contre la Covid-19 a été rétabli trois jours après. Mais cet aller-retour a contribué à alimenter la méfiance envers ce vaccin, surtout en France où les réticences envers la vaccination sont historiquement élevées. En 2019, avant même l'épidémie de Covid, un Français sur trois doutait de la sécurité des vaccins, ce qui représentait, selon une étude, le plus faible taux parmi les 144 pays étudiés. Trois affaires ont notamment alimenté cette défiance.

Années 1990 : le vaccin contre l’hépatite B

En 1994, le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, lance une vaste campagne de vaccination contre l'hépatite B, une maladie due à un virus et contaminant plus de 100.000 personnes par an. La vaccination devient obligatoire dans tous les collèges et la population se fait massivement vacciner bien au-delà de la cible prévue (plus de 20 millions de Français vaccinés). Mais des effets secondaires sont rapidement signalés, avec notamment une centaine de cas de sclérose en plaques signalés en France. En 1998, la vaccination est suspendue en attendant le résultat d'enquêtes épidémiologiques.

Des dizaines d'études seront ainsi menées avec des résultats contradictoires. « Les données scientifiques disponibles ne permettent pas de démontrer l'existence d'une association significative entre le risque de survenue d'affections démyélinisantes centrales et la vaccination contre l'hépatite B », conclut en 2011 la Commission nationale de pharmacovigilance française. Parallèlement, l'affaire est portée en justice en 2008 avec la mise en examen de GSK et Sanofi Pasteur pour « tromperie aggravée ». La justice conclut à un non-lieu en 2016, mais quelques patients réussiront à obtenir des indemnités sur le fondement d'une « présomption de causalité ». Depuis 2018, la vaccination contre l'hépatite B est obligatoire en France pour les bébés et pour les professionnels de santé.

Campagnes de vaccination surdimensionnées, soupçons d’effets secondaires… L’histoire de la vaccination en France est entachée de craintes et de théories du complot. © Suttipun, Adobe Stock

2008 : le vaccin contre le papillomavirus humain (HPV)

Commercialisés en 2006 et 2007, le Gardasil (Sanofi Pasteur MSD) et le Cervarix (GSK) sont des vaccins contre les papillomavirus humains (HPV), à l'origine de 6.000 nouveaux cas de cancers du col de l'utérus par an. Dès 2009, des neurologues australiens rapportent une possible association entre le vaccin et la sclérose en plaques. Plusieurs autres cas « d'épisode démyélinisant », des lupus ou des maladies de Verneuil (maladie de la peau auto-inflamamtoire) sont rapportés chez des patients vaccinés. Des dizaines de familles portent plainte en France et une pétition est signée par plusieurs médecins pour demander son moratoire.

Résultat : la couverture vaccinale ne cesse de chuter, plafonnant à 17 % chez les jeunes filles de 16 ans en 2015. De nombreuses études viendront pourtant disculper le vaccin. Une vaste étude française portant sur 2,2 millions de patientes, réalisée par l'ANSM et l'assurance maladie, vient cependant à nouveau semer le doute en 2015, celle-ci mettant en évidence une augmentation du risque de syndrome de Guillain-Barré après vaccination anti-HPV. Un résultat unique qui n'apporte toutefois aucune preuve de relation de cause à effet, la prévalence de la maladie étant très rare.

En France, le vaccin contre le HPV reste recommandé pour les jeunes filles et les garçons depuis 2021, le virus étant sexuellement transmissible. Son efficacité est proche de 100 %.

2009 : le vaccin contre la grippe H1N1

En avril 2009, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) alerte sur l'apparition d'un nouveau virus grippal chez des patients au Mexique et aux États-Unis. Transmissible d'Homme à Homme, le virus de type H1N1 se répand rapidement et atteint l'Europe. Affolée, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, commande 94 millions de doses à quatre laboratoires pour un peu plus de 600 millions d'euros et constitue un stock de 22 milliards de masques. Mais la grippe se révèle finalement moins virulente que prévu et la campagne de vaccination tourne au fiasco, avec une facture de 800 millions d'euros et des millions de stocks de vaccins non utilisés. L'OMS est alors accusée d'avoir créé une « fausse pandémie » sous la pression des laboratoires pharmaceutiques.

Le vaccin est aussi soupçonné de favoriser la narcolepsie, un trouble du sommeil caractérisé par une somnolence excessive. Une étude française de l’Inserm évoque notamment un risque multiplié par cinq chez les moins de 19 ans ; 2.600 cas d'effets indésirables sont également signalés, une proportion habituelle pour les vaccins, mais qui accroît le rejet de la vaccination. Au total, la pandémie causera la mort de 18.500 personnes dans le monde, dont 312 en France, soit beaucoup moins que la grippe saisonnière. Pourtant, l'Institut Pasteur appelait lui-même en 2009 à « vacciner le monde entier ». Le professeur Antoine Flahault estimait, lui, la mortalité du H1N1 « 100 fois supérieure » à celle de la grippe saisonnière. « Si c'était à refaire, je referais exactement la même chose », s'était justifiée Roselyne Bachelot devant le Sénat en 2010.

2018 : la vaccination obligatoire

La méfiance généralisée envers les vaccins conduit à une recrudescence de maladies contagieuses comme la rougeole ou la coqueluche. Ce qui pousse la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à étendre la couverture vaccinale de trois à onze vaccins obligatoires en 2018, provoquant un tollé chez de nombreux parents. Afin de rassurer le public, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) publie en 2019 un rapport de pharmacovigilance sur les vaccins obligatoires confirmant leur sécurité.

Malgré leurs bénéfices avérés, les vaccins restent l'objet de rumeurs et de théories du complot, largement alimentées par les réseaux sociaux. Mais, au-delà des antivax farouches, les hésitations ne résistent pas bien longtemps face à l'évidence : alors que 42 % des Français souhaitaient se faire vacciner contre la Covid-19 en décembre 2020, cette part était remontée à 56 % un mois plus tard.

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