Des chercheurs du University College London (Royaume-Uni) suggèrent que les changements d’affectation des terres au profit des activités humaines provoquent la prolifération des espèces et des agents pathogènes susceptibles d’être transmis aux Hommes. © bilanol, Adobe Stock
Santé

Urbanisation et agriculture intensive augmentent le risque de pandémies

ActualitéClassé sous :Coronavirus , Epidémie , Relation humain-nature

Selon les statistiques, trois nouvelles maladies infectieuses sur quatre nous viennent du monde animal. Dernier cas en date, celui de la Covid-19. Une preuve qu'au fil du temps, nous avons façonné le monde pour favoriser la transmission d'agents pathogènes de l'animal à l'Homme ? C'est en tout cas ce que conclut une nouvelle étude.

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[EN VIDÉO] Live : la cohabitation est-elle toujours possible entre hommes et grands singes après la crise du coronavirus ?  Futura a invité Fabien Quétier, ingénieur agronome et docteur en écologie au bureau d’étude Biotope, et Nicolas Granier, docteur en écologie et primatologue également pour Biotope, à partager avec nous leurs expériences de cohabitation avec des grands singes. 

La pandémie de Covid-19 déclenchée par un coronavirus d’origine animale a attiré l'attention sur la menace que les maladies dites zoonotiques - ces maladies qui peuvent se transmettre entre les Hommes et les animaux - représentent pour l'humain. Elle a aussi répandu une idée selon laquelle la nature sauvage est la plus grande source de ces maladies. Mais des chercheurs du University College London (Royaume-Uni) soulignent aujourd'hui que la plus grande menace vient des zones naturelles converties en terres agricoles ou en villes.

Depuis quelques décennies en effet, forêts, prairies ou même déserts disparaissent sous la pression des activités humaines. Conséquence : de nombreuses espèces s'éteignent peu à peu. Comme les rhinocéros ou les autruches. D'autres, en revanche, prolifèrent. Et à en croire les chercheurs, ce sont malheureusement surtout des espèces susceptibles de porter des agents pathogènes qui peuvent passer des animaux aux humains.

Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs se sont d'abord appliqués à déterminer quelles sont les espèces qui souffrent le plus de la progression des activités humaines. Ils se sont appuyés sur la base du projet Projecting Responses of Ecological Diversity in Changing Terrestrial Systems (Predicts). Elle contient plus de 3,2 millions d'enregistrements provenant de 666 études sur des animaux le long de gradients d'utilisation des terres à travers le monde.

Comme la chauve-souris, mise en lumière par la pandémie de Covid-19, le rat est parmi les animaux connu pour porter des agents pathogènes transmissibles aux Hommes. Et il prolifère dans les zones où les activités humaines ont fait reculer la nature sauvage. © John Sandoy, Adobe Stock

Plus de risques dans les zones marquées par les activités humaines

Ensuite, les chercheurs ont enquêté sur le risque pour chaque espèce d'héberger un agent pathogène grâce à six bases de données recensant au total 3.883 hôtes vertébrés potentiels pour 5.694 agents pathogènes. Puis, ils ont travaillé sur ceux connus pour être susceptibles de transmettre ces agents pathogènes aux Hommes.

Les résultats des chercheurs ne sont pas rassurants. Plus les activités humaines envahissent les terres, plus le nombre d'hôtes - s'agissant tant du nombre d'espèces que du nombre d'individus - susceptibles de transmettre une maladie à l'Homme augmente, alors même que le nombre de non-hôtes diminue. Plus le nombre d'agents pathogènes augmente également.

Le phénomène pourrait s'expliquer par une tolérance accrue de ces animaux aux infections. Ou encore par le fait que les pathogènes généralistes - ceux qui ont le plus tendance à franchir la barrière des espèces - ciblent plus volontiers les hôtes qu'ils rencontrent le plus. Et donc plutôt les rats que les rhinocéros.

Pour l’environnement et pour la santé publique

En guise de conclusion, les chercheurs recommandent à l'avenir de surveiller - du point de vue des agents pathogènes - plus étroitement les paysages dominés par les activités humaines que les zones sauvages. Ils remarquent aussi que la protection des zones naturelles - ou à défaut, la restauration des habitats dégradés par les Hommes - pourrait tout autant bénéficier à l'environnement qu'à la santé publique.

Pour en savoir plus

L'être humain est responsable de l'émergence de nouveaux virus

Le SARS-CoV-2, le SARS-CoV ou encore H1N1, tous ces virus ont causé des épidémies d'ampleur mondiale et proviennent d'animaux sauvages ou d'élevages. Une nouvelle étude met en lumière comment les interactions humains-nature peuvent menacer la santé de l'humanité.

Article de Julie Kern paru le 11/04/2020

Les animaux d'élevage portent huit fois plus de virus zoonotiques que les animaux sauvages. Par exemple, les porcs seraient à l'origine de la pandémie de grippe H1N1. © deyana, Adobe Stock

Avec la propagation du Covid-19 dans le monde, une question mobilise de plus en plus de chercheurs. Est-ce que l'émergence des maladies infectieuses peut être liée au changement anthropique de l'environnement ? La réponse semble être positive. La promiscuité entre l'Homme et l'animal est un facteur connu qui favorise le risque de zoonose. Et une nouvelle étude parue dans Proceedings of the Royal Society Babonde également dans ce sens.

Menée par des chercheurs de l'école vétérinaire de l'université UC Davis en Californie, elle établit un lien entre le risque de voir un virus passer de l'animal à l'Homme et nos interactions avec eux.

Un marché qui propose des chauve-souris mortes à la vente. © UC Davis

Les animaux d’élevage et ceux menacés par l’Homme abritent de nombreux virus zoonotiques

Les scientifiques ont analysé 142 virus zoonotiques identifiés et les mammifères terrestres pouvant être des hôtes potentiels. En croisant les données avec la liste de espèces en danger d'extinction de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), ils ont également pris en compte la taille de la population pour chaque espèce, son état de conservation et les risques d'extinction qu'elle encourt. Ils en ont tiré plusieurs conclusions importantes.

Les animaux domestiques et d'élevages sont ceux qui partagent le plus de virus avec l'humanité. Ils portent huit fois plus de virus zoonotiques que les mammifères sauvages. Ce n'est pas une surprise, puisque l'Homme entretient des relations proches avec ces espèces depuis très longtemps.

Dans un second temps, les animaux sauvages, mais qui se sont parfaitement adaptés à l'humain, abritent également des virus zoonotiques. Les espèces analysées incluent certains rongeurs, les singes, qui dans certaines régions prospèrent en ville, et les chauve-souris qui vivent parfois dans les fermes ou dans les greniers. Si les Hommes entretiennent moins de contact direct avec ces espèces, elles peuvent tout de même être à l'origine de zoonoses.

Enfin, parmi les animaux sauvages, ce sont ceux qui sont en danger d'extinction qui sont les plus prédisposés à abriter des virus zoonotiques. Les espèces qui sont chassées, braconnées ou menacées par la destruction de leur habitat hébergent deux fois plus de virus zoonotiques que les espèces menacées par des facteurs indépendants de l'activité humaine.

 La richesse des virus zoonotiques trouvés dans des mammifères terrestres. (a) représente la richesse des virus chez les espèces sauvages. L'aire des cercles correspond la proportion des virus chez une espèce donnée par rapport au nombre total des virus zoonotiques. (b) montre la richesse des virus zoonotiques en fonction de l'abondance de l'espèce pour l'Homme et les animaux domestiques. © Catherine Johnson et al., Proceedings of Royal Society B

Repenser nos interactions avec la faune

Ces résultats mettent en avant comment les activités anthropiques, souvent néfastes pour l'environnement et les animaux, peuvent menacer la santé de toute l'humanité. La pandémie du Covid-19, mais aussi le Sras ou encore la grippe H1N1, elles ont toutes été causées par des virus zoonotiques et se sont largement propagées dans le monde en faisant de nombreuses victimes.

« Évidemment, nous ne voulons plus de pandémie de cette ampleur. Nous devons trouver un moyen de coexister de façon sûre avec la faune, car elle ne manque pas de virus à nous transmettre » explique Catherine K. Johnson, première autrice de l'étude et directrice de recherche du projet USAID PREDICT à l'école vétérinaire de l'université UC Davis.


La destruction des habitats naturels favorise l'émergence de nouvelles épidémies comme le Covid-19

Article publié le 29 mars 2020 par Julie Kern

Les zoonoses émergentes, comme le Covid-19, existent depuis longtemps et devraient même se multiplier dans les années à venir. Selon les scientifiques, les activités humaines et leur impact sur des écosystèmes autrefois préservés en sont la cause.

Ebola, Covid-19, le Sida, toutes ces maladies d'origine virale prospéraient chez les animaux avant de franchir la barrière des espèces, parfois plusieurs fois, et d'infecter l'Homme. Régulièrement, les zoonoses émergent depuis des « hotspots » de biodiversité. Il y a une dizaine d'années, on pensait que les forêts tropicales vierges et intactes constituaient une menace pour la santé humaine, à cause de toutes les espèces exotiques qui y vivaient.

Mais des recherches récentes prouvent exactement le contraire. C'est l'altération des écosystèmes par l'activité humaine qui rend les « hotspots » de biodiversité dangereux, et non leur simple présence. La construction de routes à travers la forêt tropicale ou encore le fractionnement des écosystèmes pour y installer des villes ou des champs instaurent les conditions idéales pour l'émergence de nouvelles maladies comme le Covid-19. Et ce n'est pas près de s'arrêter.

65 % des maladies émergentes sont issues des animaux

Selon une étude de 2014 menée par Kate Jones, chaire d'écologie et de biodiversité à l'University College de Londres, 65 % des maladies émergentes recensées entre 1980 et 2013 étaient des zoonoses. Un chiffre en augmentation sur les 33 années passées au crible dans l'étude. Un nombre incalculable de virus pathogènes évoluent dans les animaux, depuis toujours, mais les Hommes entrent désormais en contact avec des espèces qu'ils n'auraient jamais rencontrées autrement. Nous créons nous-mêmes les conditions favorables à l'émergence de zoonose, en investissant des endroits de plus en plus reculés ou en se faisant côtoyer des espèces exotiques sur des marchés de viande de brousse, comme il en existe en Asie ou en Afrique.

Le risque sanitaire dans un environnement naturel peut être aggravé quand on interfère avec

« Il y a une incompréhension parmi les scientifiques et le public par rapport au fait que les écosystèmes naturels sont une source de menace pour nous. La nature contient des menaces, c'est vrai, mais ce sont les activités humaines qui font des dégâts. Le risque sanitaire dans un environnement naturel peut être aggravé quand on interfère avec », explique Richard Osfeld, scientifique émérite du Cary Institute of Ecosystem Studies à New York dans un article paru sur le site Ensia.

Un marché aux poissons comme on peut en trouver en Chine. © tostphoto, Adobe Stock

Peut-on éviter la propagation de futures maladies ?

De plus, avec les espèces animales sauvages souffrant de la raréfaction de leur habitat, leur population diminue ou elles disparaissent tout simplement, et les virus aussi. En perdant leur hôte naturel, ils en cherchent un nouveau à infecter, et l'Homme est un hôte de choix. Une fois que le virus a franchi la barrière des espèces et s'est adapté à l'organisme humain, nos sociétés modernes, denses et ultra-connectées, sont idéales pour la propagation d'un virus. Le Covid-19 ne sera sûrement pas la dernière zoonose à menacer la santé humaine.

Que pouvons-nous faire ? Fermer définitivement les marchés de brousse qui constituent des foyers potentiels pour une nouvelle zoonose ? Cela est difficilement imaginable, ils fournissent de la nourriture à des millions de gens. Selon Kate Jones, « Nous devons penser à une biosécurité mondiale, trouver les faiblesses et renforcer les systèmes de santé dans les pays en développement. Sinon, on peut espérer revivre le même scénario ».

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