Les activités humaines pèsent de plus en plus sur la santé des océans de la Terre. © Pexels, Pixabay License

Planète

L’impact de l’Homme sur les océans a doublé au cours de la dernière décennie

ActualitéClassé sous :développement durable , océanographie , National Center for Ecological Analysis and Synthesis

Les Hommes et les océans interagissent de diverses manières. Mais aujourd'hui, une étude montre que quelque 60 % des océans subissent les conséquences d'activités humaines non contrôlées. Pour sauver nos océans, des mesures doivent être prises de manière urgente.

L'Océan en danger face à l'exploitation et la pollution humaine  Dans cette vidéo, Isabelle Autissier, la présidente du WWF France répond à nos questions sur la biodiversité marine. Elle évoque ici l’exploitation des ressources marines par l’Homme et les risques liés à la pollution plastique. 

De la pollution à la surpêche, les activités humaines ont un fort impact sur la santé des océans de notre planète. Et pour la première fois aujourd'hui, une étude évalue ces impacts et la vitesse à laquelle ils évoluent. Pour une conclusion désolante : au cours de la dernière décennie, l'impact de l’Homme sur les océans a presque doublé en moyenne. Il pourrait même encore doubler au cours de la prochaine décennie si rien n'est fait pour l'empêcher.

« Si nous voulons sauver nos océans, nous ne pouvons pas seulement travailler sur un seul point. C'est un problème multifactoriel qu'il nous faut résoudre », explique Ben Halpern, professeur à l'université de Californie à Santa Barbara (États-Unis). Il y a en effet le problème du changement climatique qui réchauffe, acidifie et élève les mers. Mais aussi celui de la pêche commerciale et de la pollution des eaux de ruissellement. Les transports maritimes qui s'intensifient et bien sûr, la pollution plastique.

Les variations annuelles de l'impact global de l'Homme sur les océans entre 2003 et 2013. Parmi les aspects les plus marquants : une augmentation spectaculaire des températures en un laps de temps relativement court. © magdal3na, Fotolia

Des régions épargnées

Avec leur étude, les chercheurs américains offrent une vision globale intéressante et qui pourrait permettre d'imaginer des politiques de gestion durable judicieuses. Ils révèlent que l'Australie, l'Afrique occidentale, les îles Caraïbes orientales et le Moyen-Orient sont les zones les plus préoccupantes. Et les habitats côtiers tels que les mangroves, les récifs coralliens ou les herbiers sont parmi les écosystèmes les plus menacés.

Bonne nouvelle toutefois : dans certaines zones, les impacts des activités humaines ont diminué. En Corée du Sud, au Japon, au Royaume-Uni et au Danemark notamment. Une preuve, affirment les chercheurs, que les politiques volontaristes peuvent faire une différence. « Les solutions sont connues et à notre portée. Nous avons juste besoin de la volonté politique et sociale pour agir », conclut Ben Halpern.

Pour en savoir plus

L'impact humain sur les océans revu à la hausse

En cumulant les études concernant les effets d'un grand nombre d'activités humaines, il apparaît que les océans et les écosystèmes marins sont plus affectés qu'on le pensait. Le résultat est une carte mondiale de l'influence humaine sur l'océan, une représentation très parlante et un regard que l'on n'avait encore jamais porté sur la Terre...

Article de Jean-Luc Goudet paru le 17/02/2018

Carte centrée sur la France, obtenue avec Google Earth et le module téléchargeable fourni par l'équipe. © B. S. Halpern

C'est un atlas planétaire des influences humaines sur l'océan qu'a dressé une équipe américaine du National Center for Ecological Analysis and Synthesis (NCEAS). Jusqu'ici, les études se concentraient sur une activité (pêche, réchauffement, etc.) ou sur une région (Atlantique, Méditerranée, etc.). Vingt océanographes du NCEAS, eux, ont compilé les données mondiales concernant 14 grands écosystèmes marins et 17 activités humaines, incluant l'intrusion d'espèces invasives, l'acidification, la pêche pélagique, l'apport de nutriments ou l'acidification de l'eau. Les mesures concernent les effets sur le plancton, sur les récifs coralliens, les populations de poissons ou les écosystèmes benthiques (au fond de l'océan).

Les résultats de ces quatre années de travail, qui viennent d'être publiés dans la revue Science, sont également publiquement présentés à Boston, à l'occasion du congrès annuel de l'AAAS (American Association for the Advancement of Science), une association pour la promotion de la science. Elles sont aussi disponibles pour tous sous la forme d'une carte informatique lisible par le logiciel Google Earth.

La carte indique par la couleur le degré d'influence des activités humaines sur les écosystèmes marins, du plus faible impact (en bleu) au plus élevé (en rouge). Les maximums s'observent dans des secteurs très localisés dans les Caraïbes, ou encore en mer du Nord. Mais la majorité de l'océan mondial est classé « moyen haut ». © B. S. Halpern

40 % des océans sévèrement touchés

La première conclusion est que l'impact des activités humaines est plus important que ce que l'on supposait jusque-là. Les auteurs ont déterminé un indicateur, entre 0 et 20, pour indiquer l'ampleur de l'influence humaine sur une petite zone. Reportée sur un planisphère, cette notation a donné une carte du monde diversement colorée. Les zones dont la note est inférieure à 1,4, donc à peu près épargnées, sont visibles en bleu sur la carte et ne représentent qu'une surface minuscule. Il s'agit essentiellement des régions polaires, mais aussi de la côte nord de l'Australie et de petites zones éparpillées dans l'océan Pacifique et le long des côtes d'Amérique du sud, d'Afrique et d'Indonésie.

Les régions les plus touchées sont la mer du Nord, les mers de Chine orientale et méridionale et la mer de Bering. D'autres régions sont également très affectées (en rouge sur la carte) en Europe, en Amérique du nord, dans les Caraïbes ainsi que sur certaines côtes chinoises et du sud-est asiatique. Sur l'atlas, la couleur la plus répandue est l'orange (note entre 8,47 et 12). Au total, dans 40 % de l'océan mondial, les écosystèmes sont « sévèrement menacés ».

Même si aucune donnée nouvelle ne figure sur cette carte, jamais les résultats connus ici ou là n'avaient été ainsi regroupés. On peut en être surpris mais aucune vue d'ensemble ne permettait de quantifier les effets produits directement ou indirectement par l'humanité. Ces données rassemblées sur une carte, expliquent les chercheurs « fournissent désormais une information déterminante pour estimer, région par région, quelles activités humaines peuvent être poursuivies et lesquelles doivent être suspendues ou déplacées ».

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !