Les constructions humaines empiètent toujours plus sur l’océan. © Ronan Furuta, Unspash
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Après l'empreinte carbone et l'empreinte forêt, voici l'empreinte océan

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Câbles sous-marins, pipelines, installations portuaires et éoliennes offshore : l'Homme colonise les océans à vitesse grand V. Une étude révèle pour la première fois « l'empreinte océan » des infrastructures humaines. Et surprise, celle-ci est encore plus élevée dans l'eau que sur la terre ferme.

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[EN VIDÉO] L'Océan en danger face à l'exploitation et la pollution humaine  Dans cette vidéo, Isabelle Autissier, la présidente du WWF France répond à nos questions sur la biodiversité marine. Elle évoque ici l’exploitation des ressources marines par l’Homme et les risques liés à la pollution plastique. 

L'urbanisation, la disparition des espaces sauvages, la dégradation des écosystèmes, ça vous dit quelque chose ? Vous pensez aux forêts vierges d'Amazonie, à la bétonisation des campagnes et à la désertification ? En réalité, ces maux concernent l'océan tout autant que la terre ferme, révèle un nouveau rapport paru dans Nature Sustainability qui évalue pour la première fois « l'empreinte océan » des infrastructures humaines sur la mer. L'étude a ainsi calculé que 32.000 kilomètres carrés de fonds marins sont colonisés par des câbles, pipelines de pétrole, éoliennes offshore, tunnels, ou autres installations portuaires et côtières. Une surface équivalente à celle de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Quelque 99 % de ces infrastructures sont situées dans les zones économiques exclusives (ZEE), l'espace maritime appartenant à un état et qui couvre généralement une bande de 370 kilomètres de large au-delà de la côte, soit 1,5 % de la superficie de ces zones.

L’empreinte océan des constructions marines empiète sur 1,5 % des zones économiques exclusives (ZEE) qui couvrent la bordure côtière. © A. B. Bugnot et al, Nature Sustainability, 2020

Un impact jusqu’à des centaines de kilomètres à la ronde

Mais ce n'est là que la partie immergée de l'iceberg. Car les conséquences se font parfois sentir jusqu'à des centaines de kilomètres au-delà de la zone de construction, en modifiant notamment la composition chimique de l'eau, en changeant le régime hydrologique ou en créant des nuisances sonores qui affectent la vie marine et les écosystèmes. Du coup, « l'empreinte océan » réelle de ces infrastructures est estimée à 3,4 millions de kilomètres carrés, soit plus de six fois la surface de la France métropolitaine ! Pour les éoliennes offshore par exemple, les auteurs ont considéré une zone de cinq kilomètres autour de la ferme éolienne comme affectée par l'infrastructure. Le rapport cite aussi l'exemple de la centrale houlomotrice de Pentland Firth en Écosse, qui modifie la diffusion des vagues jusqu'à 700 kilomètres alentour !

La surface impactée par les différents types d’infrastructures maritimes en 2018 (barres bleu foncé) et les prévisions pour 2028 (barres bleu clair). Les astérisques indiquent l’étendue de l’impact (* moins de 100 mètres, ** entre 100 mètres et 10 kilomètres, et *** plus de 10 kilomètres). © adaptation et traduction de A. B. Bugnot et al, Nature Sustainability, 2020

Le paradoxe, c'est que certaines de ces installations sont érigées pour répondre aux dégâts causés par l'Homme lui-même. Aux États-Unis, par exemple, une grande partie des côtes naturelles ont été remplacées par des murs de béton ou des brise-lames destinés à réduire l'érosion liée à la montée des eaux. On pense aussi au gigantesque projet Mose à Venise, qui prévoit la construction de 78 barrages flottants sur la lagune pour faire face aux inondations, ou encore à la multiplication de fermes éoliennes géantes, comme celle de Hornsea One au Royaume-uni qui couvre 4.700 km2.

Les mangroves plutôt que le béton

« La construction maritime affecte et fragmente les écosystèmes existants en créant de "nouveaux habitats" artificiels, comme les fermes aquacoles qui remplacent les vasières », déplorent les auteurs.

Pour autant, toute installation n'est pas à jeter à la poubelle. Les fermes éoliennes ou les usines marémotrices contribuent, par exemple, à réduire le réchauffement climatique, et certaines infrastructures qui interdisent la pêche permettent de restaurer des populations de poissons. Mais, il faut bien avouer que la plupart du temps, un bon gros complexe touristique n'a pas franchement de vertu écologique. Pour réduire notre empreinte océan, les chercheurs avancent plusieurs pistes comme l'utilisation des mangroves ou des récifs de corail naturels pour remplacer les brise-lames en béton. Si rien n'est fait, notre empreinte océan pourrait encore s'accroître de 70 % d'ici 2028. Notre Planète ressemblera alors encore un peu plus à Waterworld.

Pour en savoir plus

L’impact de l’Homme sur les océans a doublé au cours de la dernière décennie

Article de Nathalie Mayer publié le 18/08/2019

Les Hommes et les océans interagissent de diverses manières. Mais aujourd'hui, une étude montre que quelque 60 % des océans subissent les conséquences d'activités humaines non contrôlées. Pour sauver nos océans, des mesures doivent être prises de manière urgente.

De la pollution à la surpêche, les activités humaines ont un fort impact sur la santé des océans de notre planète. Et pour la première fois aujourd'hui, une étude évalue ces impacts et la vitesse à laquelle ils évoluent. Pour une conclusion désolante : au cours de la dernière décennie, l'impact de l’Homme sur les océans a presque doublé en moyenne. Il pourrait même encore doubler au cours de la prochaine décennie si rien n'est fait pour l'empêcher.

« Si nous voulons sauver nos océans, nous ne pouvons pas seulement travailler sur un seul point. C'est un problème multifactoriel qu'il nous faut résoudre », explique Ben Halpern, professeur à l'université de Californie à Santa Barbara (États-Unis). Il y a en effet le problème du changement climatique qui réchauffe, acidifie et élève les mers. Mais aussi celui de la pêche commerciale et de la pollution des eaux de ruissellement. Les transports maritimes qui s'intensifient et bien sûr, la pollution plastique.

Les variations annuelles de l'impact global de l'Homme sur les océans entre 2003 et 2013. Parmi les aspects les plus marquants : une augmentation spectaculaire des températures en un laps de temps relativement court. © magdal3na, Fotolia

Des régions épargnées

Avec leur étude, les chercheurs américains offrent une vision globale intéressante et qui pourrait permettre d'imaginer des politiques de gestion durable judicieuses. Ils révèlent que l'Australie, l'Afrique occidentale, les îles Caraïbes orientales et le Moyen-Orient sont les zones les plus préoccupantes. Et les habitats côtiers tels que les mangroves, les récifs coralliens ou les herbiers sont parmi les écosystèmes les plus menacés.

Bonne nouvelle toutefois : dans certaines zones, les impacts des activités humaines ont diminué. En Corée du Sud, au Japon, au Royaume-Uni et au Danemark notamment. Une preuve, affirment les chercheurs, que les politiques volontaristes peuvent faire une différence. « Les solutions sont connues et à notre portée. Nous avons juste besoin de la volonté politique et sociale pour agir », conclut Ben Halpern.


L'impact humain sur les océans revu à la hausse

En cumulant les études concernant les effets d'un grand nombre d'activités humaines, il apparaît que les océans et les écosystèmes marins sont plus affectés qu'on le pensait. Le résultat est une carte mondiale de l'influence humaine sur l'océan, une représentation très parlante et un regard que l'on n'avait encore jamais porté sur la Terre...

Article de Jean-Luc Goudet paru le 17/02/2018

Carte centrée sur la France, obtenue avec Google Earth et le module téléchargeable fourni par l'équipe. © B. S. Halpern

C'est un atlas planétaire des influences humaines sur l'océan qu'a dressé une équipe américaine du National Center for Ecological Analysis and Synthesis (NCEAS). Jusqu'ici, les études se concentraient sur une activité (pêche, réchauffement, etc.) ou sur une région (Atlantique, Méditerranée, etc.). Vingt océanographes du NCEAS, eux, ont compilé les données mondiales concernant 14 grands écosystèmes marins et 17 activités humaines, incluant l'intrusion d'espèces invasives, l'acidification, la pêche pélagique, l'apport de nutriments ou l'acidification de l'eau. Les mesures concernent les effets sur le plancton, sur les récifs coralliens, les populations de poissons ou les écosystèmes benthiques (au fond de l'océan).

Les résultats de ces quatre années de travail, qui viennent d'être publiés dans la revue Science, sont également publiquement présentés à Boston, à l'occasion du congrès annuel de l'AAAS (American Association for the Advancement of Science), une association pour la promotion de la science. Elles sont aussi disponibles pour tous sous la forme d'une carte informatique lisible par le logiciel Google Earth.

La carte indique par la couleur le degré d'influence des activités humaines sur les écosystèmes marins, du plus faible impact (en bleu) au plus élevé (en rouge). Les maximums s'observent dans des secteurs très localisés dans les Caraïbes, ou encore en mer du Nord. Mais la majorité de l'océan mondial est classé « moyen haut ». © B. S. Halpern

40 % des océans sévèrement touchés

La première conclusion est que l'impact des activités humaines est plus important que ce que l'on supposait jusque-là. Les auteurs ont déterminé un indicateur, entre 0 et 20, pour indiquer l'ampleur de l'influence humaine sur une petite zone. Reportée sur un planisphère, cette notation a donné une carte du monde diversement colorée. Les zones dont la note est inférieure à 1,4, donc à peu près épargnées, sont visibles en bleu sur la carte et ne représentent qu'une surface minuscule. Il s'agit essentiellement des régions polaires, mais aussi de la côte nord de l'Australie et de petites zones éparpillées dans l'océan Pacifique et le long des côtes d'Amérique du Sud, d'Afrique et d'Indonésie.

Les régions les plus touchées sont la mer du Nord, les mers de Chine orientale et méridionale et la mer de Bering. D'autres régions sont également très affectées (en rouge sur la carte) en Europe, en Amérique du Nord, dans les Caraïbes ainsi que sur certaines côtes chinoises et du sud-est asiatique. Sur l'atlas, la couleur la plus répandue est l'orange (note entre 8,47 et 12). Au total, dans 40 % de l'océan mondial, les écosystèmes sont « sévèrement menacés ».

Même si aucune donnée nouvelle ne figure sur cette carte, jamais les résultats connus ici ou là n'avaient été ainsi regroupés. On peut en être surpris mais aucune vue d'ensemble ne permettait de quantifier les effets produits directement ou indirectement par l'humanité. Ces données rassemblées sur une carte, expliquent les chercheurs « fournissent désormais une information déterminante pour estimer, région par région, quelles activités humaines peuvent être poursuivies et lesquelles doivent être suspendues ou déplacées ».

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