Planète

Les moyens de la lutte biologique ne faisant pas appel à des auxiliaires

Dossier - Lutte biologique contre les organismes nuisibles à l'agriculture
DossierClassé sous :zoologie , Pollution , lutte biologique

-

Les plantes cultivées subiraient entre 20 et 40 % de pertes avant récolte, dues à des ravageurs, maladies et concurrents. L'Homme doit donc protéger sa production agricole, notamment en respectant l'environnement et sans nuire à la santé publique.

  
DossiersLutte biologique contre les organismes nuisibles à l'agriculture
 

- 1°) Epandage d'extraits végétaux

De nombreuses plantes fabriquent des substances insecticides qui peuvent être pulvérisées sur les cultures après extraction. Ces produits ont été les premiers à être utilisés puis ils ont été pratiquement abandonnés, mais leur emploi réapparaît plus ou moins rapidement selon les pays.

Par exemple, au Moyen-Orient pousse une plante dont les feuilles et surtout les fruits produisent une substance insecticide (azadirachtine) qui peut être extraite et répandue sur plusieurs cultures. Elle est notamment utilisée sur des lentilles contre les sitones (Coléoptères), sur des tomates contre les aleurodes (Homoptères) et sur des céréales contre les criquets (Orthoptères) ou les chenilles (Lépidoptères). Le neem ou margousier est un arbre d'origine asiatique qui produit une substance similaire. Ses extraits sont notamment appliqués, dans de nombreux pays, contre des pucerons (Homoptères), des thrips (Thysanoptères), des mouches (Diptères) et des chenilles.

Plusieurs plantes tropicales produisent de la roténone qui peut être utilisée contre des ravageurs aussi divers que les pucerons des arbres fruitiers, les cicadelles (Homoptères) ou les doryphores (Coléoptères). Parmi les autres plantes utiles pour lutter contre les organismes phytophages, nous citerons le tabac qui produit de la nicotine utilisable contre les pucerons, plusieurs plantes comme des chrysanthèmes qui produisent des pyréthrines notamment utilisables contre divers Homoptères et Thysanoptères, et les orties qui produisent des substances activant la résistance des cultures aux pucerons.

Femelle de noctuelle (Lépidoptère) ayant attiré un mâle après avoir produit des phéromones sexuelles. © Photo B. Frérot/INRA. - Toute reproduction et exploitation interdites

- 2°) Lutte variétale ou utilisation de la résistance des plantes

Dans une même population de plantes, certains individus sont plus résistants que d'autres aux déprédateurs ou aux maladies. Ceci peut être dû à des structures ou substances s'opposant au contact d'un ravageur, à une odeur ou un goût répulsif, à une sécrétion de substances toxiques, etc. Des plantes résistantes peuvent être obtenues de deux manières différentes, par la sélection ou la transgenèse.

La sélection de végétaux plus résistants à leurs ennemis a été réalisée de façon empirique au cours de l'histoire, en prélevant les semences sur les meilleures plantes. Les connaissances en génétique permettent maintenant de la mener de façon plus raisonnée et donc plus rapide. Ainsi, il a été obtenu des plants de pommes de terre résistants au mildiou (champignon), des pommiers résistants à la tavelure (autre champignon) ou des pêchers résistants aux pucerons.

La transgenèse consiste ici à transférer un gène conférant une résistance (gène codant pour une protéine toxique pour des insectes, par exemple) d'un organisme quelconque à une plante cultivée qui devient un OGM (organisme génétiquement modifié). Ainsi, des variétés de maïs sont devenues résistantes à la pyrale du maïs (Lépidoptère) après transfert du gène de la toxine d'une bactérie.

La résistance des plantes est un moyen de lutte biologique, mais qui déroge à l'un des principes essentiels de la lutte intégrée qui veut qu'une arme ne soit employée qu'en cas de besoin avéré. Or, l'arme est ici préventive et permanente. Ceci ne perturbe que peu les biocénoses lorsque la sélection est empirique et donc très lente. Lorsqu'elle est raisonnée, la sélection est limitée à des ravageurs contre lesquels il est difficile de lutter par d'autres moyens. A l'inverse, les OGM ou plus exactement les PGM (plantes génétiquement modifiées) permettent d'obtenir rapidement des résistances plus fortes et il sera tentant de généraliser leur utilisation à des espèces végétales dont les ennemis peuvent être combattus par d'autres méthodes. Ces PGM pourront ainsi faire passer la résistance des plantes d'un statut d'exception à la lutte intégrée, à un statut de perturbateur des biocénoses qui évolueront de façon difficilement prévisible (disparition de populations utiles, apparition d'une insensibilité à la résistance chez des organismes nuisibles, etc.).

- 3°) Etablissement d'une confusion sexuelle

Les phéromones sexuelles sont des substances émises par un sexe, notamment chez les insectes, pour attirer l'autre sexe. Depuis quelques dizaines d'années, l'industrie est capable de réaliser la synthèse de telles molécules diffusées par les femelles de plusieurs ravageurs des cultures. Ces phéromones de synthèse permettent de saturer l'air d'un champ ou d'un verger avec l'odeur des femelles du ravageur visé. Les mâles de la même espèce, incapables de suivre les pistes olfactives normalement tracées par les femelles, sont alors désorientés et incapables de découvrir leurs partenaires sexuels. Les femelles ne sont donc pas accouplées et fécondées, et ne peuvent pas pondre.

Des applications existent contre l'eudémis de la vigne et quelques autres Lépidoptères ennemis des vergers, notamment la tordeuse orientale du pêcher et le carpocapse des pommes. Certains papillons dont les chenilles attaquent des cultures annuelles, comme la sésamie du maïs, sont également maintenant combattus par ce procédé.

- 4°) Lutte autocide ou lutte génétique

Il s'agit de l'introduction dans les populations naturelles de ravageurs d'une proportion importante de mâles stériles ou porteurs de gènes délétères agissant par exemple sur les capacités de déplacement ou sur la fécondité. Les applications ont toutefois surtout concerné des lâchers de mâles stériles de mouches en Amérique. Les espèces cibles ont été choisies parmi celles qui ne s'accouplent qu'une fois car cela réduit les risques de fécondation d'une femelle par un mâle sauvage.

Ainsi, le programme «Moscamed» se proposait d'éradiquer la cératite, une mouche des fruits, en Amérique centrale. Un grand élevage, établi au Mexique, produisait 500 millions de mouches par semaine en 1981 et permettait de lâcher 1000 mâles stériles/ha/semaine (stérilisation par irradiation). Après l'éradication de la cératite au Mexique en 1982, l'effort s'est poursuivi dans le reste de l'Amérique centrale. Des réinvasions se sont toutefois produites au cours des années ultérieures et la lutte doit donc être poursuivie.