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Les techniques de la lutte biologique

Dossier - Lutte biologique contre les organismes nuisibles à l'agriculture
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Les plantes cultivées subiraient entre 20 et 40 % de pertes avant récolte, dues à des ravageurs, maladies et concurrents. L'Homme doit donc protéger sa production agricole, notamment en respectant l'environnement et sans nuire à la santé publique.

  
DossiersLutte biologique contre les organismes nuisibles à l'agriculture
 

Les microorganismes, organismes phytophages, prédateurs, parasites et parasitoïdes peuvent être utilisés de quatre manières différentes, selon que l'on effectue ou non des lâchers, et selon la fréquence des lâchers.

- 1°) Conservation

Il arrive que les organismes utiles soient naturellement en quantité suffisante pour être efficaces contre les ravageurs, notamment lorsque des mesures de protection sont appliquées. Dans un tel contexte, les actions menées n'ont donc pour but que de conserver le patrimoine naturel dans les meilleures conditions.

La larve qui a donné cette syrphe adulte (Diptère) était prédatrice de pucerons (Homoptères). © Photo A. Fraval/INRA..- Toute reproduction et exploitation interdites

L'action de protection peut se situer dans des zones non cultivées (mise en place de haies servant de refuges, ...) ou dans des zones cultivées (plantation de végétaux nectarifères permettant aux parasitoïdes adultes de se nourrir, ...). Ainsi, l'aménagement d'abris artificiels sur les sommets de moyenne montagne du sud de la France a permis de tripler le taux de survie hivernal d'une coccinelle qui régule les populations de nombreux pucerons. De même, l'arrêt des interventions chimiques avant la période de migration printanière d'un Hétéroptère prédateur a permis de limiter les pullulations de psylles du poirier dans certaines régions.

- 2°) Lâcher inoculatif

La population locale d'un organisme utile peut momentanément présenter des effectifs trop réduits (souvent au printemps) qu'il est possible de renforcer à l'aide d'un petit élevage suivi de quelques lâchers ponctuels.
Ainsi, au Maroc, les noctuelles attaquant le coton s'alimentent d'abord au printemps sur la luzerne. Cette constatation a permis de montrer qu'un seul lâcher précoce d'une espèce locale de Trichogrammes (Hyménoptères parasitoïdes oophages) sur la luzerne peut conduire à fortement diminuer les pullulations sur le coton.

- 3°) Lâcher inondatif

Il s'agit cette fois de lâchers d'organismes qui ont été multipliés en grand nombre dans des biofabriques et commercialisés. Les lâchers sont alors effectués comme des traitements chimiques, plusieurs fois et à forte dose.

Chenille de noctuelle infectée par un virus. © Photo H. de Conchard/INRA.- Toute reproduction et exploitation interdites

Ainsi, la coccinelle Harmonia axyridis est lâchée contre les pucerons. Ce Coléoptère, d'origine asiatique, consomme à l'état de grosse larve ou d'adulte plus de 100 proies par jour, de différentes espèces sur différentes plantes. La grande mobilité des adultes était un problème qui vient d'être résolu par l'obtention d'une mutation s'opposant au vol. Les individus sont ainsi d'apparence normale mais ne volent pas. Les lâchers inondatifs de Trichogrammes sont plus répandus encore que ceux de coccinelles. En Europe de l'ouest, ils permettent notamment de protéger 80 000 hectares de maïs contre la pyrale.

- 4°) Acclimatation ou introduction

Cette méthode a pour but d'installer un ennemi naturel, efficace contre un ravageur donné, dans une région où il fait cruellement défaut. Un organisme utile est donc capturé dans une zone géographique et lâché dans une autre zone parfois après un élevage de courte durée. Il s'agit généralement de lutte contre un ravageur lui-même introduit accidentellement.

Ainsi, l'Hyménoptère parasitoïde Encarsia perniciosi a été introduit à partir des Etats-Unis puis d'autres pays contre une cochenille (pou de San José) qui attaque les vergers de rosacées (pommiers et poiriers surtout) dans le sud de l'Europe. De même, un autre Hyménoptère parasitoïde, Neodryinus typhlocybae, a été introduit à partir de l'Italie contre une cicadelle qui attaque la vigne, les vergers et des plantes ornementales dans le sud de la France.