Tout savoir sur la liposuccion avec les explications du docteur Mitz. © Staras, Fotolia

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Tout savoir sur la liposuccion, par le Dr Mitz

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La liposuccion ou lipoaspiration est une aventure française : une danseuse célèbre dans les années 1920 avait demandé au professeur Dujarrier de lui dégrossir les mollets et les chevilles. L'histoire se termine mal à cause d'une gangrène ! suivie d'une amputation... C'est le début de la liposuccion.

Revenons quelque temps en arrière. C'est en 1977 que le chirurgien français Yves Gérard Illouz a conçu l'idée d'aspirer les graisses superficielles et profondes à l'aide d'une canule métallique reliée à la puissante dépression causée par un aspirateur médical dédié. Quelques années auparavant, un chirurgien suisse, Giorgio Fischer, avait eu l'idée d'aspirer la graisse en introduisant un petit broyeur aspiratif, qui causait beaucoup de dégâts (des creux et des vagues). L'idée géniale du docteur Illouz fut d'imaginer une aspiration douce et contrôlée au travers de petits tunnels, tout en ayant au préalable liquéfié la graisse par une action spécifique effectuée grâce à un liquide physiologique injecté juste avant l'aspiration mécanique, liquide composite savamment dosé en différents produits pharmaceutiques.

La liposuccion, une méthode sans cesse renouvelée

La lipoaspiration, appelée encore liposuccion ou liposculpture, a connu un grand nombre d'améliorations grâce à l'exploitation de processus physiques d'avant-garde, divers et variés. À l'acte d'aspirer les graisses à l'aide d'une canule perforée longue et maniable, ont été ajoutés :

  • utilisation du laser grâce à des fibres introduites dans les tunnels ;
  • utilisation des ultrasons qui font exploser les cellules graisseuses nommées adipocytes, avant d'en aspirer très facilement l'huile résiduelle ;
  • utilisation de canule vibrante pour diminuer la fatigue du chirurgien.

Chacun de ces procédés très astucieux -- ayant imposé beaucoup de travaux expérimentaux et des mises au point onéreuses rendant les opérations plus coûteuses -- ont été petit à petit abandonnés car ils créent des soucis de type brûlures, perforations d'organes, difficultés du contrôle de l'action chirurgicale. En France, l'utilisation de laser et des ultrasons a été sévèrement condamnée et ces appareils ne sont pratiquement plus utilisés mais les liposuccions assistées continuent d'être pratiquées ailleurs dans les pays du monde où la liposuccion a droit de cité. 

Comprendre que lipoaspiration n’égale pas amaigrissement

Pour beaucoup de patients, surgit le rêve qu'une bonne lipoaspiration peut les dispenser d'un amaigrissement toujours difficile à endurer, surtout sur une longue période de temps ! L'expérience montre que cela est faux. Les deux méthodes doivent impérativement être associées pour obtenir un résultat optimal la majorité des chirurgiens conseillent même aux patients de perdre ce qu'ils peuvent par un régime pendant quelques mois de façon à ce que nous puissions mieux voir les quantités de graisse profonde à enlever. L'amaigrissement volontaire fera perdre les graisses superficielles, en effet, les accumulations graisseuses peuvent schématiquement être décrites sous la forme d'une pêche comportant : une couche de cellules graisseuses de surface de 2 à 5 cm, entourant des noyaux de graisse plus profonds.        

Illustration des répartitions différentes en profondeur des graisses superposées, superficielles et profondes. © Dr Mitz, tous droits réservés

Les différents types de graisse stockées : la superficielle, la profonde et les cellules souches

  • L'apparition des adipocytes de surface est génétiquement programmée, mais comporte aussi une accumulation de provenance événementielle, donc issue du surplus alimentaire. Le nombre et la taille des adipocytes de surface sont ainsi étroitement dépendants de la quantité calorique ingérée, le plus souvent il s'agit d'un site de petite taille entre le grain de riz et le petit pois.
  • Les adipocytes plus profonds sont beaucoup plus volumineux, de la taille d'un grain de raisin, voire même d'un petit pruneau. Ils apparaissent à plusieurs moments de la vie, d'une façon surprenante et soudaine, au niveau de la culotte de cheval, du ventre, des bras, du cou, des cuisses, des genoux, des mollets, des chevilles, etc.
  • Les cellules souches sont des cellules graisseuses précieuses et spéciales, susceptibles d'être manipulées biologiquement pour être transformées en cellules nerveuses, osseuses, etc... Elles ont donc un potentiel de survie très particulier et leur accumulation au niveau de l'abdomen chez la femme n'est pas anodine.
Lipolift du cou avant et après. © Dr Mitz, tous droits réservés

Les différentes déformations observées

Les chirurgiens distinguent ainsi plusieurs typologies, en fonction des déformations observées :

  • moitié inférieure du corps ;
  • tiers moyen du corps ;
  • grosses cuisses avec grosses jambes et infiltration lymphatique des chevilles ;
  • chez l'homme, c'est l'atteinte de la ceinture abdominale qui est la plus fréquente ;
  • elle est parfois associée à une gynécomastie graisseuse (gros sein d'allure féminine chez l'homme).

Chez la femme : cette apparition inattendue de nouvelles graisses est modulée par la génétique. Il existe des pics de déformations à la puberté, autour de 40 ans et au moment de la ménopause.
Chez l'homme : le stockage se produit surtout autour de la cinquantaine, principalement au niveau de l'abdomen et des flancs.

Rechercher des pathologies associées

C'est une étape fondamentale dans le bilan clinique : dépister les varices superficielles et profondes, vérifier l'existence d'un diabète ou non, déterminer la pathologie allergique de chaque sujet, apprécier des différences gauche-droite préexistantes car elles ne seront pas si simples à corriger.

Comment se préparer à l'opération ?

L'idéal est de perdre du poids plusieurs mois à l'avance, l'état cutané doit être inspecté car il y aura de nombreuses petites cicatrices pour introduire les canules d'aspiration, il ne faudrait pas qu'il y ait des petits abcès postopératoires liés à des furoncles préexistants.

Une consultation d'anesthésie est indispensable dans les 48 heures qui précèdent l'opération. Le chirurgien fournit une ordonnance au patient afin que celui-ci puisse montrer les résultats des examens à l'anesthésiste avant l'opération. Je recommande personnellement un petit régime sans sucre ni chocolat ni alcool huit jours avant l'intervention et huit jours après pour diminuer le tropisme des microbes avides du sucre corporel.

Les techniques opératoires demeurent assez standards

Il est vital de réaliser que la lipoaspiration est un acte chirurgical qui doit être pratiqué dans une salle d'opération aseptique pour éviter des complications infectieuses. Il est également fondamental qu'un anesthésiste soit présent pour compenser les pertes sanguines et assurer une analgésie pendant toute l'opération.

Liposuccion des parties inférieures. © Dr Mitz, tous droits réservés

Méfiez-vous d'une liposuccion qui vous serait proposée dans un cabinet médical non certifié ou n'appartenant pas à un vrai bloc opératoire dans une structure de clinique ou d'hôpital.

  • Le premier temps opératoire consiste à infiltrer un liquide dans toutes les zones à dégraisser. Le liquide sera d'une composition variable en fonction de chaque chirurgien. Personnellement, j'ai utilisé du sérum physiologique auquel on ajoute de la lidocaïne adrénalinée diluée 100 fois. Toutefois, certains chirurgiens peu nombreux préfèrent la « méthode sèche » consistant à se passer de toute infiltration, accusée de surcharger le système circulatoire.
  • Le chirurgien pourra alors en fonction de chaque cas pratiquer de petites incisions, de 3 à 8 mm de long, pour insérer une canule de liposuccion. Celle-ci permet par des « tunellisations » en éventail d'aspirer les graisses profondes excédentaires.
  • La graisse enlevée est recueillie stérilement et évaluée. Dans certains cas, elle pourra resservir pour un lipofilling après préparation adaptée -- celle-ci varie de la simple décantation (méthode que je préfère) jusqu'à la centrifugation pour certains. Le lipofilling complémentaire de l'opération de liposuccion comporte un surcoût particulier.
  • Un contrôle de régularité de la lipoaspiration est manuellement exécuté, associé à un massage répartiteur pratiqué à la fin de l'opération.
  • Les plaies sont refermées par des petits fils résorbables.
  • Un petit pansement est appliqué.
  • Les pantys ou gaines de contention seront placés le lendemain matin avant le premier lever.
  • Attention au premier lever : il doit être doux et progressif pour éviter un malaise vagal.
Liposuccion vue de profil des membres inrférieurs. © Dr Mitz, tous droits réservés

Quelle quantité de graisse peut être retirée en toute sécurité ?

Le plus souvent, la quantité enlevée est comprise entre 1.000 et 3.000 centimètres cubes, donc inférieure à 4 kg pour des déformations habituelles (culotte de cheval, ventre, fesses basses, cuisses). Certains chirurgiens ajoutent à cette quantité de graisse pure les liquides infiltrés pour diluer la graisse, ce qui peut représenter plusieurs litres à ne pas comptabiliser. Au-delà de 4.000 cc de graisse pure enlevée, le patient devra être surveillé à cause de la perte de sang et l'hémodilution consécutive et une nuit d'hospitalisation sera donc conseillée dans ce cas.

Quelles sont les zones qui peuvent être améliorées ?

Partout où il y a une accumulation de graisse profonde, cela va du cou (lipolift), jusqu'aux chevilles, mais il y a deux grands principes à comprendre :

  • La liposuccion entraîne une rétraction de la peau de 20 à 30 %, ce qui permet de retendre les tissus sans cicatrice mais cela n'est pas valable dans toutes les zones corporelles.
  • La liposuccion se fait d'une façon circulaire et périphérique pour éviter des inégalités de surface : tour complet des cuisses, tour complet de l'abdomen par exemple.
Liposuccion du ventre avant et après. © Dr Mitz, tous droits réservés

La lympholiposuccion, une opération très méconnue

Elle concerne les patients qui ont une pathologie associée de grosses jambes avec stase lymphatique expliquant l'accroissement de volume du soir. Dans ce cas, l'association de la liposuccion et du drainage lymphatique entraînant un suintement permanent, en laissant ouvertes les petites plaies pendant les premières 48 heures, permet de diminuer significativement les collections de lymphe piégées dans les membres inférieurs. Certains préconisent d'y associer une microchirurgie lymphatico-veineuse techniquement très complexe.

Quelles sont les suites postopératoires habituelles ?

Après l'opération, des gaines compressives, des exercices physiques et surtout la poursuite invariante du régime alimentaire seront nécessaires. Les suites opératoires sont, le plus souvent, peu douloureuses et le soir même de l'opération un bon résultat est visible. Le gonflement va apparaître 12 heures après l'opération, conduisant à placer des gaines de compression adaptées à chaque cas particulier.

Autre liposuccion du ventre avant et après, vue de profil. © Dr Mitz, tous droits réservés

Dans les jours qui suivent, le dégonflement se produit de haut en bas. Un bon résultat peut être observé 2 mois après au niveau de la ceinture abdominale, après 4 mois au niveau des cuisses et des genoux, après 6 mois au niveau des chevilles et des mollets. Une récidive modérée de reprise de volume peut se produire après 6 mois ou un an qui va imposer une petite retouche, cette dernière fait partie intégrante de la chirurgie réparatrice et esthétique, elle doit donc être expliquée à la patiente avant l'intervention. La lipoaspiration ne détruit que les gros adipocytes gorgés de gras, et laisse subsister les cellules encore plates, avant que celles-ci ne trouvent de quoi grossir à leur tour, après destruction des occupantes obèses antérieures. La retouche en liposuccion sera facturée à la patiente sauf s'il y a eu une erreur médicale patente.

Le développement du lipofilling associé est exponentiel en nombre

Beaucoup de patientes demandent de réutiliser leur propre graisse enlevée dans les zones en creux qu'elles présentent ou dans leurs seins trop petits ou affaissés, dans leurs fesses trop plates, dans leurs lèvres trop fines ou leurs joues creuses. Les quantités ne sont pas du tout les mêmes en fonction des localisations. Le point important est de savoir qu'environ 30 % des adipocytes greffés vont survivre, ce qui va imposer le plus souvent un deuxième temps opératoire.

Le lipofilling offre une bonne solution pour remplir le creux du violoncelle situé au-dessus de la culotte de cheval. La graisse prise chez vous pour vous est devenue le ciment magique du chirurgien plasticien et réparateur. Le lipofilling connait un développement très important et mériterait un article à lui seul.

Quelles sont les complications à redouter ?

Les complications graves de la liposuccion sont rares, elles sont essentiellement bénignes et transitoires : fatigue et malaise vagal au lever, hématomes qui disparaissent en 3 semaines, petits rejets des fils de suture, petites irrégularités à masser comme les vagues, fréquentes autrefois mais qui aujourd'hui sont plus rares grâce à un travail chirurgical plus régulier et l'utilisation de canules fines.

Parmi les complications les plus graves, notons : l'infection virulente, les nécroses cutanées, la septicémie, les embolies graisseuses vasculaires parfois fatales (surtout après lipofilling des fesses), les phlébites et embolie veineuse, doivent être évitées par une bonne sélection des patientes, une technique rigoureuse -- ne pas injecter de gras dans les muscles fessiers mais seulement sous la peau ! -- et une surveillance attentive.

Quelle durée d’efficacité peut-on espérer ?

D'après mon expérience, après une lipoaspiration bien faite chez une patiente qui garde une bonne stabilité alimentaire, le bon résultat va persister au moins pendant 10 ans ! Nous avons vu que les patientes féminines changent de corps trois fois dans leur vie en moyenne et à chacune de ces étapes, un bilan devra être fait en fonction de l'évolution génétique particulière. Ces patientes n'hésitent pas à demander une 2e ou une 3e liposuccion car elles ont été en général très satisfaites de la première.

Quels sont les « mauvais candidats » à la lipoaspiration ?

Citons les gros mangeurs impénitents, les fanatiques de sucre, de chocolat, d'alcool, les déçus de régime après 15 jours, surtout ceux qui ont des formes harmonieuses et qui pourrait perdre du volume justement par un régime prolongé et féroce. Bien entendu, il ne s'agit pas des grands obèses qui, eux, seront les candidats destinés à la chirurgie bariatrique. Par contre, certains patients opérés par chirurgie bariatrique peuvent venir demander des lipoaspirations dans des zones qui n'auront pas perdu assez de graisse à leur avis. De même, les patients psychologiquement instables ou dépressifs peuvent être de mauvais candidats, trop dans l'attente d'un résultat immédiat ou incapables d'affronter les désagréments post-opératoires plus douloureux qu'ils ne le pensaient.

Quels sont les tarifs pratiqués ?

Une base de compréhension des tarifs pratiqués repose sur le fait qu'en France une heure d'intervention se facture aux alentours de 2.000 € TTC : clinique, chirurgien, anesthésiste et prestations complémentaires inclues. Les opérations codées par la nomenclature des actes chirurgicaux à la Sécurité sociale ne sont pas susceptibles d'être augmentés par une TVA à 20 %, depuis environ 2 ans. Il faut préciser aussi que chaque chirurgien possède une évaluation de ses compétences et de ses qualifications très personnelles, ceci explique que les prix à Paris peuvent aller jusqu'à à 8.000 € en fonction d'un grand nombre de zones à traiter et de la nécessité ou non d'une hospitalisation post-opératoire.

Trois conseils essentiels avant de vous lancer

  • vérifiez que l'opérateur est bien un chirurgien plasticien ;
  • vérifiez que vous allez être opéré dans une structure de sécurité ;
  • acceptez la nécessité absolue d'un régime alimentaire prolongé et d'une activité physique pour consolider votre résultat.

Conclusion

Depuis 50 ans que la liposuccion existe, elle n'a pas failli à ses attentes. Merci au Docteur Yves Gérard Illouz qui a transformé en 1977 la vie de nombreuses femmes. Vous êtes venu nous enseigner votre technique incroyable en 1980 dans le service du Pr Vilain à l'hôpital Boucicaut, où je vous ai personnellement connu... Vous avez rendu le port du blue-jean étroit plus facile, et introduit la possibilité de remettre sa propre graisse là où les patientes manquent de volume. Cette découverte demeure à peine modifiée depuis le début de son invention, toute amélioration technique étant parfois génératrice de plus de complications que la douce pratique manuelle de la lipoaspiration par un chirurgien chevronné.

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