Le choix alimentaire d'un enfant obèse souffrant d'addiction alimentaire. © adrianilie825, Fotolia

Santé

Addictions alimentaires : une nouvelle contre-indication à la chirurgie de l'obésité ?

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L'obésité est une véritable pandémie. Elle est la cause de nombreuses complications sanitaires. Sa prise en charge est complexe et pourrait être mise à mal par la forte prévalence des addictions alimentaires chez les personnes atteintes de cette maladie.

L'addiction alimentaire est un concept récent qui relie troubles du comportement alimentaire (TCA) et consommation de certains aliments particuliers. Pour bien faire la différence entre de véritables troubles du comportement et une addiction à certains aliments, il existe le Yale Food Addiction Scale. C'est un questionnaire standardisé développé en 2009 par trois docteurs en psychologie clinique. En effet, même si l'addiction à la nourriture est un concept très discuté et controversé, on sent bien, même au niveau individuel, qu'il est plus difficile de résister à un paquet de chips ou à un bon gâteau au chocolat qu'à une assiette de riz et de brocoli.

L'addiction alimentaire : une prévalence importante chez les personnes obèses

33 % des obèses éligibles à la chirurgie bariatrique (et donc ne souffrant pas de troubles du comportement alimentaire classique) souffriraient d'addictions alimentaires au sein d'une étude française récente. Globalement, parmi les personnes en surpoids ou obèses, la prévalence de ces addictions serait de 25 %. Elles seraient pour la plupart sévères (57 % de cas) et toucheraient davantage les femmes (37 % contre 17). Les autres facteurs sociodémographiques ne semblaient pas impacter de façon nette la prévalence de ces addictions. De même, les complications classiques de l'obésité n'étaient pas aggravées par ces addictions.

La chirurgie de l'obésité ne règle pas les problèmes diététiques et psychologiques des patients. © Andrey popov, Fotolia

Obésité, chirurgie et addiction alimentaire

Quand plus rien ne marche, les patients obèses se dirigent généralement vers la dernière option envisageable : la chirurgie. Ce choix fait souvent suite à de nombreux échecs et à une souffrance psychologique exacerbée des patients. C'est la carte de la dernière chance pour retrouver une certaine estime de soi. Néanmoins, ce type de chirurgie est loin de faire l'unanimité. Elle consiste généralement à réduire la taille de l'estomac ou l'assimilation des nutriments (avec une supplémentation à vie par la suite) pour que le patient perde du poids et ressente moins la faim. En revanche, elle ne règle en aucun cas les problèmes diététiques et psychologiques des patients. C'est pourquoi un suivi préalable, avec une équipe pluridisciplinaire comprenant diététiciens et psychologues, est obligatoire et que la présence de TCA constitue une contre-indication majeure à une opération. De même, les addictions alimentaires pourraient constituer une contre-indication sérieuse à la chirurgie. Affaire à suivre.

La chirurgie bariatrique : la carte de la dernière chance 

Se faire opérer pour « soigner » l'obésité n'est pas quelque chose d'anodin. Comme précisé ci-dessus, un suivi pluridisciplinaire de six mois minimum est requis entre la demande et le jour de l'opération. « Le vrai problème vient plutôt du parcours de l'obésité dans son ensemble, souvent trop court et vu comme une formalité pour se faire opérer par les patients, pas comme un moyen d'éviter la chirurgie grâce à l'aide pluridisciplinaire proposée. De plus, de par leur aspect lucratif certaines cliniques ferment les yeux sur les contre-indications psychologiques par exemple, afin d'opérer quand même leur patient, là où l'hôpital public n'hésitera pas à refuser une intervention », témoigne Monsieur X, diététicien hospitalier de la région Grand-Est.

Pour lui, le véritable combat se situe en amont, dans la prise en charge elle-même, étant donné que les patients qui souhaitent se faire opérer sont le plus souvent en « catastrophe psychologique », pour reprendre ses mots. On parle ici d'un vrai problème systémique qui va des compétences de certains professionnels de santé au système économique des cliniques privées. Enfin, il ne faut pas omettre les pièces maîtresses que sont le plaisir et la conscience de soi et de son corps dans le traitement de l'obésité. Comme le précise Monsieur X : « Si on n'arrive pas à se faire plaisir dans l'assiette, il n'y a aucun intérêt à cuisiner et en second plan à perdre du poids. La notion de plaisir et de pleine conscience est fondamentale. »

  • L'addiction à la nourriture est un concept très discuté et controversé dans la communauté scientifique, mais l'addiction alimentaire à certains aliments est mesurée depuis quelques années par le Yale Food Addition Scale.
  • Un tiers des obèses sans troubles du comportement alimentaire souffriraient d'addiction alimentaire.
  • On peut légitimement se demander si le traitement chirurgical est adapté pour ce type de patient.
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