Le lac Victoria (Afrique) est grand comme l'Irlande et contient plus de 400 espècesespèces de cichlidés. Sa superficie de 68.000 km2 en fait le plus grand lac d'Afrique et le quatrième du monde. La biodiversitébiodiversité y est aujourd'hui menacée.

Barques de pêche sur le lac Victoria, au Kenya. © Dietmar Temps, Shutterstock
Barques de pêche sur le lac Victoria, au Kenya. © Dietmar Temps, Shutterstock

Caractéristiques du lac Victoria

De forme circulaire (320 km dans le sens nord-sud et 275 km dans le sens est-ouest), de faible profondeur (qui n'excède pas 82 mètres et se maintient en moyenne autour de 40 mètres), voilà qui en fait un lac particulier dans la région. Son littoral s'étend sur plus de 7.000 kilomètres avec un paysage de savane. La forêt équatoriale parvient jusqu'aux berges du nord occidental du lac.

La fosse orientale, passant à l'est du lac Victoria, se trouve dans une zone à saisonsaison sèche marquée et comporte quelques lacs et lagunes aux eaux saumâtressaumâtres ou salées. La fosse occidentale, le grand riftrift africain, abrite de vastes lacs. Le lac Victoria occupe le fond d'une cuvette tectonique subsidente. Il en est de même du lac Kyoga, résiduel, profond de 3 à 5 mètres, qui est aujourd'hui séparé du Victoria.

Le lac Victoria se situe entre les deux branches de la vallée du grand rift. © Kimdime69, CC by-sa 3.0
Le lac Victoria se situe entre les deux branches de la vallée du grand rift. © Kimdime69, CC by-sa 3.0

Les précipitationsprécipitations sont de 1.453 mm ; l'évaporation prélève une tranche de 1.374 mm. Le solde se déverse dans le Nil, dont le débitdébit moyen est de 580 m3/s. Le niveau actuel est entièrement tributaire des précipitations et de l'évaporation. La saison sèche (de juin à septembre) est caractérisée par des ventsvents du sud-est et en saison de pluie (octobre à mai), le lac est sous les vents du nord-est.

Le lac Victoria est un espace densément peuplé. © Kimdime69, CC by-sa 3.0
Le lac Victoria est un espace densément peuplé. © Kimdime69, CC by-sa 3.0

Menace sur la biodiversité

L'histoire du lac Victoria est l'exemple qui illustre le mieux l'amenuisement de la biodiversité par l'introduction d'espèces allochtones. Ce lac était considéré comme un laboratoire naturel de l'évolution : depuis son dernier assèchement total il y a 12.000 ans, plus de 300 espèces de cichlidés sont apparues et de nombreux chercheurs essayent d'y vérifier les mécanismes de l'évolution de Darwin.

En 1954, Olufa Amaras y déverse quelques perches du Nil... En 1977, les prises de cichlidés représentent encore 32 % du tonnage pêché et celles des perches du Nil 1 %. Six ans plus tard, le phénomène est inversé : 68 % de perches du Nil pour 1 % de cichlidés. En effet, la perche du Nil est un prédateur féroce qui a épuisé la faunefaune locale tout en accroissant la dépendance des pêcheurs. On peut déplorer la disparition de plus de 25 espèces endémiquesendémiques de cichlidés.

<em>Lates niloticus, </em>la perche du Nil. © DP
Lates niloticus, la perche du Nil. © DP

Hélas, ce n'est pas si simple et le pire est à venir avec l'eutrophisationeutrophisation liée au développement de la région (grâce à la pêchepêche) qui provoque des pullulations d'alguesalgues autrefois broutées par les cichlidés. Ceci conduit à une raréfaction de l'oxygèneoxygène et les perches meurent par asphyxieasphyxie... Le lac Victoria voit son écosystèmeécosystème se dégrader avec la disparition de sa biodiversité, la concentration de nombreux polluants et de maladies qui affectent les travailleurs côtiers.

Le lac sert aussi de déversoir pour les industries, les égouts (des millions de litres) et les entreprises de nettoyage de poissonspoissons tout en profitant aux habitants dans leurs tâches quotidiennes... y compris les 500 véhicules qui sont lavés quotidiennement dans le lac par de jeunes hommes, pour un salaire dérisoire.

Le manque d'hygiène fait que 100 % des laveurslaveurs de voiturevoiture ont la bilharziosebilharziose. La présence du parasiteparasite peut entraîner des complications intestinales, pulmonaires et neurologiques. Bilharziose, choléracholéra, pneumoniepneumonie, vers intestinaux, diarrhéediarrhée, maladie de peau touchent les personnes travaillant au bord du lac.

Filets de perche du Nil. © Jean-Noël Lagargue, DR
Filets de perche du Nil. © Jean-Noël Lagargue, DR

Un lac qui s'appauvrit et qui voit son niveau diminuer

Le niveau du lac, dont l'apport en eau dépend à 80 % des précipitations et à 20 % des rivières, a baissé de 1,5 mètre en quatre ans (2002-2006) : un des problèmes majeurs est la quantité de sédimentssédiments déversés dans le lac, à cause de méthodes agricoles médiocres et de la déforestationdéforestation pour le boisbois de chauffe, un phénomène qui accroît l'eutrophisation.

La chair blanche de la perche du Nil se vend bien et ses pêcheries traditionnelles sont maintenant intégrées aux circuits de l'économie mondiale. La consommation intérieure a diminué, les nouveaux moyens techniques ont réduit petits pêcheurs et femmes au chômage et les stocks sont surexploités. Les petits pêcheurs sont confrontés à la prolifération des jacinthes d'eau et à la concurrence des chaluts ; ils sont tentés d'utiliser des poisons pour capturer le poisson. L'interdiction de la pêche de nuit par le gouvernement n'a pas empêché l'Union européenne d'établir, en avril 1999, un embargo sur les poissons capturés dans le lac Victoria.

Perche du Nil : une autre optique

Serait-ce l'augmentation de la population et l'eutrophisation du lac qui seraient la cause de l'explosion « démographique » de la perche du Nil ? Il semble que ce poisson soit présent dans d'autres lacs de la région et ne montre aucun signe d'explosion de population. Les cichlidés auraient-ils souffert de la pollution et de l'eutrophisation et la diminution d'autres populations aurait-elle favorisé l'explosion de la perche du Nil ? Il faudrait sans doute se poser aussi cette question : peut-on encore manger de la perche du Nil ? Cette question est valable tant du point de vue écologique et sanitaire que du point de vue du commerce équitablecommerce équitable...