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Le monde animal hors de danger ?

Dossier - Prestige: la marée était noire !
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13 novembre : triste date d'anniversaire… Il y a deux ans, jour pour jour, le Prestige sombrait au large des belles côtes de Galice. Dans sa lente agonie, le navire ne cessait de vomir le poison qui lui polluait les entrailles.

  
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  • Baleines et dauphins : hors de danger ?

Croire que les mammifères marins -cétacés (baleines et dauphins) et pinnipèdes (phoques, otaries, etc.)- sont épargnés serait une erreur : en mars 1989, le naufrage de l'Exxon Valdez dans la baie du Prince William au sud de l'Alaska, en plus des 250 000 oiseaux et de millions d'oeufs de poissons, anéantit 300 phoques, 2800 loutres, et une vingtaine d'orques !

© NOAA – Ce bébé phoque survivra-t-il à la catastrophe ?

Les catastrophes précédentes démontrent que les dauphins et les baleines sont peu exposés à une mortalité directe, à moins qu'ils ne se trouvent dans des zones côtières légèrement fermées et recouvertes de fuel... Et dans ce cas, ils prennent des risques qui varient selon la nature de l'exposition.

Contrairement aux poissons qui puisent directement l'oxygène dissout dans l'eau, ils sont obligés de venir respirer en surface. Et c'est à cet instant qu'ils sont les plus exposés parmi les nappes d'hydrocarbures. Les conséquences de l'inhalation des vapeurs toxiques des substances volatiles provoquent au mieux une légère irritation des voies aériennes, au pire des lésions et hémorragies pulmonaires. Ensuite, l'ingestion de fuel soit directement, soit par une proie contaminée a une action destructrice sur le tube digestif provoquant des gastro-entérites, des ulcères gastriques et des insuffisances rénales.

Un dauphin qui n'a pas résisté

Cette fragilité digestive peut même faciliter l'accès aux parasites tels que les anisakis, des vers qui s'attaquent déjà en temps normal à l'organisme des mammifères marins pour y faire des ravages : abcès des glandes mammaires, insuffisance rénale, lésion des sinus et de l'oreille interne voire la mort chez les espèces plus fragiles (marsouins, dauphins communs).

Une fois dans l'organisme, les hydrocarbures se dispersent à d'autres organes pour s'y accumuler. A terme, cette concentration entraîne des effets chroniques négatifs sur les systèmes immunitaire et reproducteur. L'intrusion de ces polluants dans le système nerveux de l'animal conduit à des dépressions et à des déséquilibres locomoteurs qui gênent la nage.

Les baleines, qui filtrent le plancton, peuvent avoir des difficultés à se nourrir si leurs fanons sont recouverts de fuel !

© Mickaël Nicolas – Les oiseaux morts d'entassent dans les cartons

Enfin, le contact direct avec les yeux les expose à des conjonctivites et ulcères de la cornée comme chez les oiseaux.

Les tortues, qui ne sont pas des mammifères marins mais des reptiles, connaissent à peu près les mêmes déboires physiques que les cétacés. Elles qui viennent pondre sur les plages sont néanmoins beaucoup plus menacées au risque d'asphyxie totale si elles se retrouvent engluées aux abords d'une côte polluée.

Tortues caouanne

Le rapport du 24 décembre 2002 de deux instituts espagnols étudiant les mammifères marins (SEC/CEMMA) mentionnait déjà à l'époque la présence de cadavres sur les plages d'Espagne liée à la marée noire du Prestige : 5 tursiops, 6 dauphins communs, 3 marsouins, quelques loutres en Galice dont les causes du décès pouvaient être liées au fuel et 7 tortues partiellement mazoutées...

  • Les oiseaux mazoutés
© Natys - LPO - Fou de bassan propre

Premiers signes de l'arrivée imminente d'une marée noire, les oiseaux y laissent toujours des plumes : pour le Prestige, le bilan s'élèverait, selon une estimation à au moins 130 000 pertes. Au contact du fuel, le plumage perd sa fonction principale d'isolant thermique et la flottabilité de l'animal est perturbée.

© Natys - LPO - Après la marée noire ......

Les plumes ne sont plus étanches à l'eau alors que l'organisme, en hypothermie, réclame toujours plus d'énergie. Il puise dans les graisses pour tenter de maintenir une température corporelle constante, quand l'oiseau, déjà amaigri et affaibli, ne parvient plus à se nourrir. En plus, l'animal, qui lisse continuellement ses plumes, s'enduit le bec de fuel qu'il ingère tôt ou tard et s'empoisonne... C'est la mort assurée sans l'intervention humaine.

  • De fragiles mammifères à fourrure

Lisse, la peau des cétacés, ou même des siréniens (lamantins et dugongs) offre peu de prises aux hydrocarbures chez ces mammifères marins qui conservent la chaleur du corps grâce à leur épaisse masse graisseuse. Ils restent donc largement à l'abri d'une hypothermie et le fuel n'a qu'une action corrosive sur leur épiderme.

© NOAA – Les pinnipèdes sont des victimes de choix pour la marée noire !

En revanche, ce n'est pas le cas des pinnipèdes et des loutres (mammifères semi-aquatiques qui fréquentent les rivières et les eaux littorales) qui portent une fourrure. A l'image des oiseaux, ces animaux perdent rapidement leur masse musculaire et décèdent rapidement dés lors que les poils, englués d'hydrocarbures, n'assurent plus leur fonction isolante.