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Quelles menaces pour le plongeur ?

Dossier - Prestige: la marée était noire !
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13 novembre : triste date d'anniversaire… Il y a deux ans, jour pour jour, le Prestige sombrait au large des belles côtes de Galice. Dans sa lente agonie, le navire ne cessait de vomir le poison qui lui polluait les entrailles.

  
DossiersPrestige: la marée était noire !
 

Après une catastrophe maritime équivalente à celle du Prestige, une fois le gros de la marée noire nettoyé, vient le temps et l'envie de se remettre à l'eau. Question : est-ce risqué pour le plongeur de goûter à nouveau aux joies sous-marines ?

La réponse du docteur Alain Baert, spécialiste en toxicovigilance au centre anti-poison de Rennes, est des plus rassurantes : "je vois mal comment le pétrole pourrait être problématique pour leur santé en-dehors de la nuisance que constitue le dépôt éventuel de boulettes de fuel sur la combinaison et le masque !".

© NOAA – Attention aux inhalations du fuel fraîchement déposé !

En effet, rappelons que le fuel doit pénétrer dans l'organisme humain pour y exercer son potentiel d'altération sur la santé. Ainsi, puisque les fractions les plus légères se volatilisent en grande partie dans les 24 à 48 h après le rejet des nappes en mer, le plongeur n'est pas menacé par l'inhalation. "Les voies respiratoires, les yeux, ainsi que les voies digestives sont protégées par le masque et l'embout buccal" confirme le médecin.

Le fuel du Prestige, comme celui de l'Erika, contient des hydrocarbures aromatiques polycycliques ou HAP. Ces molécules se forment lors de la combustion de matières organiques : bois, charbon, raffinage du pétrole... fumée de tabac et cuisson des aliments par grillade ! Certains HAP, dont le benzo(a)pyrène, ont un caractère cancérigène probable selon le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer).

A l'abri dans sa combinaison, le plongeur constate les dégâts

Tous les scientifiques les ont pointés du doigt au début de la catastrophe du Prestige, y compris l'AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) dans son communiqué du 20 janvier : "Le risque pour le consommateur provient du transfert des HAP dans la chaîne alimentaire. Dans ce cas, le danger concerne essentiellement la toxicité chronique, c'est-à-dire la consommation régulière de produits contaminés qui serait susceptible de provoquer à long terme des effets sanitaires", d'où l'importance de surveiller poissons et fruits de mer. Immédiatement, les stocks à risque ont été retirés du marché. Pour l'après-marée noire, des études montrent que les taux de HAP chutent progressivement dans le temps après la catastrophe.

  • Jamais sans ma combi !

Vous l'aurez compris : l'unique menace vient du contact avec la peau. Mais là encore, les plongeurs vêtus de leur "armure" sont peu exposés en présence de boulettes (ou en tout cas faiblement s'ils ne portent ni gants, ni cagoule). "Le plongeur peut être considéré comme protégé car l'ensemble de son revêtement cutané est recouvert d'une matière qui limite le passage des hydrocarbures. Je n'ai pas de données sur la perméabilité des combinaisons aux hydrocarbures mais elle est faible" assure Alain Baert.

Evidemment, sans néoprène, même après dépollution des sites, les baigneurs et adeptes du "farniente" ne sont pas à l'abri de s'allonger ou marcher sur les derniers petits amas qui finissent leur course en bord de plage, invisibles parmi les algues des laisses de mer !

Selon le docteur Baert, en définitive : "pour les plongeurs, cette pollution aux boulettes est plus une gêne physique, mais qui, macroscopique et salissante, par sa récurrence et sa permanence est des plus désagréable !"

  • Et la santé des bénévoles ?

Alimentation en eau de mer pour la thalassothérapie, consommation de produits contaminés (coquillages, crustacés, algues, sel...), manipulation d'oiseaux mazoutés et nettoyage des plages menacent la santé humaine. Les plus hauts degrés d'exposition concernent ces ramasseurs, qui, malgré une combinaison, ne sont armés que de pelles et surtout d'une volonté de fer.

Simplement armés de combinaison, masque et courage

Le Dr Baert le soulignait dans son rapport du 29/11/02 : "la voie cutanée est la voie d'exposition la plus à craindre, elle concerne plutôt les membres et la tête". Ainsi conseillait-il d'interdire le ramassage de fuel aux femmes enceintes, et aux gens souffrant de pathologies respiratoire, cardiaque, hépatique ou d'affections cutanées des membres supérieurs. Toutes ces sages précautions ont été prises suite à une étude menée lors de l'Erika en 1999. Nausées, vomissements, douleurs abdominales, irritations cutanées et oculaires, insuffisances respiratoires, sommeil perturbé et perte d'appétit sont autant de troubles qui ont permis d'affiner les caractéristiques de l'état de santé de la population que l'on peut "envoyer au combat".

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