Une espèce de ver plat invasif est en train d'envahir les jardins de France et d'Europe : Obama nungara a été repéré repéré au Bois de Vincennes en 2013. © Xavier Japiot, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0
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Un nouveau ver plat envahit nos jardins et menace la biodiversité

ActualitéClassé sous :animaux , ver plat , plathelminthe

Ce ver plat, venu d'Argentine est une espèce hautement invasive qui s'est déployée en France et en Europe par le truchement du commerce des plantes en pot. Dénommé Obama nugara, ce nouveau prédateur se nourrit de la faune indigène des sols, menaçant les indispensables lombrics, si utiles pour aérer la terre, permettre la circulation de l'eau et nourrir les oiseaux. Une inquiétude de plus qui pèse sur la biodiversité.

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C'est un prédateur qui vit la nuit, se déplace très lentement, mais prolifère à toute allure : une espèce de ver plat invasif, venue d'Argentine, est en train d'envahir les jardins de France et d'Europe, menaçant potentiellement la biodiversité. L'espèce Obama nungara -- qui signifie « plat comme une feuille » dans une langue amérindienne, sans aucun lien avec l'ex-président américain -- est signalée sur les trois-quarts du territoire français. Elle se propage notamment via le commerce des plantes en pot, selon des données principalement fondées sur la science participative, et publiées  jeudi dans la revue scientifique PeerJ.

Voici Obama nungara au repos, le spécimen de Cagnes-sur-Mer, Alpes-Maritimes. © Pierre Gros, MHN, PeerJ

Un ver repéré par la science citoyenne et participative

« C'est une jolie histoire qui a commencé en mars 2013 : un amateur naturaliste observe dans son jardin de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) un ver bizarre, et envoie sa photo » sur les réseaux spécialisés, raconte à l'AFP Jean-Lou Justine, professeur au Muséum d'histoire naturelle à Paris, qui a dirigé l'étude. Intrigués, les scientifiques mettent en place un vaste réseau de sciences participatives, qui recueille en cinq ans plusieurs centaines de signalements, essentiellement en France mais aussi en Europe (Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Belgique, Italie et Suisse). Plusieurs espèces sont identifiées, mais Obama nungara semble dominer. Il s'agit de spécimens pour la plupart de couleur brun foncé, mesurant 5 à 10 cm.

À gauche, la forme sombre d'Obama nungara, en pleine action, se nourrissant d'un ver de terre. Spécimen identifié à Montauban, Tarn-et-Garonne. À droite, la forme jaune pâle d'Obama nungara, se nourrissant d'un escargot. © Pierre Gros, MHN, PeerJ

Potentiellement dangereux pour l'écosystème des sols

Grâce à des analyses moléculaires, les scientifiques parviennent à en trouver l'origine : l'Argentine, d'où l'espèce a débarqué par le truchement de plantes en pot. « Une fois qu'une espèce est dans un jardin, elle a beau se déplacer très lentement, elle peut envahir le jardin voisin en quelques mois, détaille le Pr Justine. C'est un phénomène classique pour les espèces invasives : sa présence est d'abord discrète et on ne s'en aperçoit que quand elle a envahi toute une partie du territoire. »

Il y aurait « des milliards d'individus », répertoriés dans plus de 70 départements de France métropolitaine. « L'une des surprises a été de ne pas le trouver en altitude, probablement parce que les nuits y sont trop froides », ajoute le scientifique. Que lui reproche-t-on ? D'être un prédateur mangeant les animaux du sol (vers de terre et escargots), et d'être une espèce « non-autochtone qui n'a pas sa place dans l'écosystème des sols ». L'étude ne donne néanmoins pas de chiffres sur l'importance de la prédation, et donc sur l'impact écologique exact, concède le chercheur.

« Invasif n'est pas synonyme de nocif : ça veut dire que la prolifération devient très visible, et que c'est potentiellement dangereux pour l'écosystème. Si c'est un animal prédateur, il va forcément diminuer la population des animaux qu'il mange », développe le chercheur. Comment s'en débarrasser ? « On ne sait pas. On peut les écraser ou les brûler, mais il en restera autant après ».

En une seule journée de mai 2014, voici l'abondante récolte de vers plats invasifs, Obama nungara ramassés à la main par un non-professionnel dans un jardin en Gironde. © Sylvain Petiet, MHN, PeerJ
Pour en savoir plus

Un ver plat envahit les sols

Article de Marie-Céline Ray, publié le 27 mai 2018

Des dizaines de témoignages recueillis en Métropole et en Outre-mer décrivent la présence de vers plats exotiques ayant une tête en forme de marteau. Or, ces espèces invasives, qui ont pu arriver en France par le commerce de plantes, mangent des vers de terre et menacent la biodiversité du sol.

Les vers de terre sont des animaux essentiels dans l'écosystème souterrain. Ils rendent bon nombre de services aux jardiniers : ils digèrent la matière organique, aèrent le sol et favorisent sa fertilité. Mais voici que des vers plats originaires d'Asie viennent les menacer dans nos jardins, et ce depuis une vingtaine d'années déjà !

Les prédateurs en question sont des Plathelminthes terrestres, des bipaliinés, une famille qui regroupe les genres Bipalium et Diversibipalium. Ces vers géants peuvent mesurer jusqu'à un mètre de long et présentent une tête caractéristique en forme de marteau. Les Bipalium sont capables de manger des individus plus gros qu'eux grâce à un arsenal chimique redoutable ; ils sécrètent notamment une toxine, la tétrodotoxine.

Des chercheurs français ont lancé appel aux citoyens pour qu'ils leur envoient des photographies et des spécimens de ces vers plats. Dans The Conversation, Jean-Lou Justine, professeur de parasitologie au Muséum national d'histoire naturelle, décrit les résultats de ce travail qui a duré cinq années. Sur 700 signalements de vers plats terrestres, une centaine était des bipaliinés.

Bipalium peut tuer un ver de terre. © Pierre Gros, CC BY-SA

Ce ver Plathelminthe tue les lombrics

Une espèce plus petite, Bipalium vagum, a été trouvée dans certains territoires d'Outre-mer, mais pas en Métropole. Enfin deux espèces inconnues ont été décrites : l'une, noire, trouvée dans une seule localité française, et l'autre, de couleur bleu turquoise, décrite à Mayotte.

En France métropolitaine, deux espèces étaient présentes, avec des vers mesurant jusqu'à 40 cm de long : Bipalium kewense, également présent en outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane) et Diversibipalium multilineatum.

Les Pyrénées-Atlantiques semblent constituer un petit paradis pour eux

Ces vers se trouvaient essentiellement dans le Sud de la France, avec un département qui concentrait plus de la moitié des signalements : les Pyrénées-Atlantiques. La répartition des vers est probablement liée au climat, comme l'explique Jean-Lou Justine : « Les Plathelminthes terrestres, qui viennent des régions semi-tropicales d'Asie, ont deux ennemis : le froid en hiver et la sécheresse en été. Il semble que les Pyrénées-Atlantiques, avec leur hiver doux et leur été jamais tout à fait sec, constituent un petit paradis pour eux ! »

Ce Diversibipalium bleu a été trouvé uniquement à Mayotte. © Laurent Charles, CC BY-SA

Une analyse génétique des vers basée sur le gène de la cytochrome oxydase I a révélé une grande homogénéité des espèces dans le monde. Ces vers plats se multiplient par scissiparité, un mode de reproduction asexuée : un morceau de l'animal se détache de la queue du « père » et donne un individu « fils » qui est le clone son « père ». Ce mode de reproduction est un atout pour une espèce invasive puisque chaque ver « potentiellement immortel » n'a pas besoin de trouver l'âme sœur pour se reproduire.

Jean-Lou Justine insiste sur le fait que jusqu'à présent il existait très peu d'informations scientifiques sur ces espèces en France, alors que le plus ancien témoignage recueilli sur notre territoire remonte à 1999. « Il semble paradoxal que l'invasion d'un pays développé, en Europe, par des animaux aussi spectaculaires et bien visibles, et potentiellement dangereux pour la biodiversité, n'ait attiré l'attention d'aucun scientifique ni d'aucune institution. » Pour que le public soit désormais conscient de la menace représentée par ces vers, les chercheurs mettent à disposition une version française de leur publication scientifique parue dans PeerJ.

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