Le coati roux (Nasua nasua), un mammifère particulière agressif, a déjà été aperçu en France. © andretostes, iNaturalist
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Quelles sont les espèces invasives à bannir en priorité en Europe ?

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Véritable fléau pour la biodiversité, de nombreuses espèces exotiques envahissantes sont malheureusement déjà trop bien implantées en Europe pour être éradiquées avec succès. Mais les plantes et animaux déjà connus ailleurs pour leurs méfaits sont susceptibles de débarquer ; et c'est sur ceux-là que nos efforts doivent se concentrer. Coati, écrevisse, bison, liane de Gatope... Voici ces espèces à bannir de toute urgence sur notre continent.

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Ragondin, grenouille taureau, ambroisie, jussie, renouée du Japon... Les espèces envahissantes sont la troisième cause de perte de biodiversité à travers le monde. Selon les estimations de la Liste rouge de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources), elles constituent une menace pour près d'un tiers des espèces terrestres rares et sont impliquées dans la moitié des extinctions connues. Sauf qu'une fois établies, ces espèces sont quasiment impossibles à déloger malgré d'importants moyens parfois déployés (herbicides, arrachage manuel, campagne d'abattage, pièges et empoisonnements...).

Espèces envahissantes : prévenir plutôt que guérir

« L'idéal serait bien sûr d'éradiquer toutes les espèces envahissantes, mais les ressources financières et humaines sont limitées », met en avant Pablo González Moreno, membre du groupe ERSAF (Assessment and Restoration of Farming and Forest Systems) de l'université de Cordoue.

Ce dernier a collaboré à une étude européenne parue dans Global Change Biology établissant une liste des espèces à éradiquer en priorité. Car il ne s'agit pas de simplement se limiter aux plus menaçantes. « Il n'y a aucun lien entre le risque que fait peser une espèce sur l'écosystème local et la faisabilité de son éradication », rappellent les auteurs de l'étude. La faisabilité diminuant généralement au fur et à mesure de l'extension du territoire d'une espèce. En la matière, il est donc beaucoup plus efficace de prévenir que guérir.

C'est pourquoi les chercheurs se sont concentrés sur 60 nouvelles espèces invasives encore non établies en Europe mais qui risquent d'arriver, ainsi que 35 espèces « émergentes », déjà implantées mais avec une distribution limitée. Ils ont attribué un score de priorité en fonction de la faisabilité de l'éradication, du risque écologique, du coût estimé et de l'efficacité de la méthode d'élimination, du temps estimé pour agir et du retour possible des espèces affectées après l'extinction.

Les espèces invasives déjà établies à contrer d’urgence

  • Le Martin triste (Acridotheres tristis) : cet oiseau de la famille des étourneaux a établi de petites colonies en Espagne et au Portugal. En raison de sa nature territoriale agressive et de sa capacité d'adaptation, il pourrait s'étendre à davantage de zones et éliminer d'autres espèces indigènes.
  • Le crapaud de Maurétanie (Bufo mauritanicus), originaire d'Asie, a émigré en Espagne en 2011.
  • Le coati roux (Nasua nasua), un petit mammifère carnivore de la taille d'un chat. Particulièrement agressif, il a été introduit sur l'île de Majorque en Espagne et observé à quelques reprises en France dans le Lot. Il a notamment un impact très négatif sur les populations locales d'oiseaux.
  • Le Bulbul à ventre rouge (Pycnonotus cafer), un passereau originaire d'Asie.

Ces quatre espèces devraient pouvoir être éradiquées pour un coût de 450.000 à 2,25 millions d'euros, d'ici un à trois ans.

Le Martin triste (Acridotheres tristis), en tête de liste des espèces invasives à éradiquer de toute urgence en Europe. © liujimfood, iNaturalist

Les espèces invasives qui risquent d’arriver

  • L’écrevisse à taches rouges (Faxonius rusticus) : ce crustacé d'eau douce cause de graves problèmes dans le nord des États-Unis et du Canada. Cette redoutable écrevisse a été repérée pour la première fois en Europe en 2019, dans un plan d'eau privé et un ruisseau de l'Aveyron. Cette espèce est reconnue comme l'une des plus invasives du monde, en raison de son comportement agressif et de son importante capacité de reproduction. De plus, elle est porteuse saine d'un oomycète fatal aux écrevisses locales.
  • Le bison américain : autrefois considéré comme espèce en danger, ce gros herbivore est considéré comme espèce invasive en raison des dommages qu'il cause en consommant et en piétinant la végétation indigène.
  • Le poisson à tête de serpent (Channa argus), introduit comme poisson ornemental et qui peut atteindre un mètre de longueur.
  • La liane de Gatope (Cryptostegia grandiflora), une sorte de vigne originaire de Madagascar qui prolifère notamment en Australie en étouffant les arbres.
  • Le guppy sauvage (Gambusia affinis), un petit poisson originaire des États-Unis et introduit en France pour lutter contre les moustiques, mais qui s'est avéré très agressif envers les autres poissons.
  • Lampropeltis getula, une couleuvre américaine.
  • Le chèvrefeuille odorant (Lonicera morrowii), un grand buisson à fleurs blanches originaire de Chine.
  • L'archigan à petite bouche (Micropterus dolomieu), un poisson d'eau douce qui s'attaque aux autres espèces de poissons indigènes et dont la population est très difficile à contrôler.

Seize espèces devraient pouvoir être éliminées de façon préventive pour un coût modeste de 500.000 à 2,6 millions d'euros en l'espace de deux mois à un an (sauf pour le bison pour lequel cela pourrait prendre jusqu'à 10 ans).

L’écrevisse à taches rouges (Faxonius rusticus), une des plus graves menaces pour la biodiversité mondiale. © ungulateunion, iNaturalist

« Cette étude est importante, non seulement pour aider à gérer les espèces envahissantes que l'on trouve actuellement en Europe, mais aussi pour disposer d'un scénario de gestion future au cas où d'autres espèces pourraient y être introduites », fait valoir Pablo González Morenon qui espère parvenir à une réglementation européenne commune. « Les espèces invasives ne connaissent pas les frontières », insiste le chercheur. Les introductions sont le plus souvent accidentelles, mais parfois aussi volontaires. Certains spécimens s'échappent ainsi de jardins botaniques ou de collections d'amateurs.

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