Modifier nos habitudes alimentaires en choisissant mieux nos aliments aiderait à préserver notre Planète. © Belart84, Adobe Stock
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Cantines, restaurants, à la maison : comment modifier nos habitudes alimentaires pour réduire notre impact sur la Planète

ActualitéClassé sous :agriculture , COP26 , Alimentation

La planète se réchauffe à toute vitesse, le Giec nous le rappelle lors de la Conférence des parties, la COP26, à Glasgow. Chacun doit faire quelque chose pour tenter d'enrayer ce phénomène. Une des actions à la portée de tous et de chacun consiste à modifier nos habitudes alimentaires.

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[EN VIDÉO] Notre agriculture bientôt affectée par le réchauffement climatique  Certains des effets du réchauffement climatique se font d’ores et déjà ressentir. D’autres sont encore à venir. Les rendements de certaines cultures pourraient ainsi baisser de manière tangible dès 2030 sous l’effet de la hausse des températures, de variations dans le régime des précipitations et de fortes teneurs en dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. C’est la conclusion de chercheurs qui ont travaillé sur les modèles climatiques et de cultures les plus performants du moment. Les rendements du maïs, par exemple, pourraient fortement diminuer. (en anglais) © Nasa Goddard 

On a maintenant bien compris que le quart, voire le tiers de nos émissions de gaz à effet de serre provient de l'agriculture et l'alimentation, et que trois fois par jour nous pouvons donc à table choisir de réchauffer plus ou moins notre Planète !

En moyenne chaque Français émet deux tonnes et demie d’équivalent carbone en mangeant ! © Bruno Parmentier

Faire le bon choix des aliments

La première idée qui vient est celle de mieux choisir les aliments que nous mangeons. En effet ils sont loin d'être tous égaux. Les fruits et légumes locaux et de saison génèrent 20 fois moins de gaz à effet de serre que ceux qui arrivent d'autres continents par avion. La viande émet beaucoup plus de gaz à effet de serre que les légumes ; le kilo de veau que nous mangeons émet 90 fois plus que les légumes de saison qui l'accompagnent, et, en passant du « bœuf carottes » aux « carottes au bœuf » on améliore nettement notre impact sur la planète. Mais aussi en préférant notre jambon-beurre national au double cheeseburger importé !

Le double cheeseburger (avec un buns + 2 steaks cuits de 100 g et 2 tranches de 20 g de fromage + tranches de tomates, cornichons, oignons, salade + sauce spéciale) pèse 11.900 g d’équivalent CO2. © amiraxgelcola, Pixabay, DP
Le jambon-beurre crudités avec 1 tranche de jambon de 45 g, beurre, tranches de tomate, cornichons et salade pèse, lui, 700 g d’équivalent CO2. © Lucky life11, Pixabay, DP

Bref, il est plus que temps de diminuer notre consommation excessive de produits animaux : arrêtons la viande le soir si on en a mangé à midi ; de la viande, oui, mais pas tous les jours, et 80 grammes par personne au lieu de 150 ou 200 ! Et de qualité, payée correctement pour que les éleveurs continuent à vivre. Ce qui n'empêche pas de faire un repas de fête de temps en temps bien sûr...

C'est dans ce cadre que l'on a commencé à légiférer sur les menus des cantines, en demandant qu'un pourcentage croissant de la nourriture qu'on y sert soit labellisée : local, bio, végétarien, de saison, etc.

On peut également citer l'association de restaurateurs Bon pour le climat, qui vise à diminuer l'impact carbone des menus des restaurants. Elle met à disposition, entre autres, un « Éco-calculateur » qui permet de calculer le poids carbone d'un menu. Ils ont constaté qu'en moyenne dans les restaurants qui servent des produits issus de l'agriculture intensive, un repas « pèse » en moyenne 5.000 grammes d'équivalent CO2, et ils s'efforcent de faire baisser ce chiffre à 2.200 grammes avec moins d'aliments d'origine animale, plus de végétal, et des produits de saison, issus de l'agroécologie, en polyculture et élevage local.

Il y a bœuf et bœuf, fromage et fromage, et même pain et pain !

Mais le problème du poids carbone de nos menus est finalement bien plus compliqué que ça. Car il y a bœuf et bœuf, fromage et fromage, et même pain et pain ! En la matière, les modes de production sont absolument fondamentaux et pèsent beaucoup plus de gaz à effet de serre que le transport du produit final par exemple, surtout si ce transport s'effectue par bateau (le déplacement des cargos à travers les mers génère finalement peu de poids de carbone au kilo transporté).

Le mode de production intervient fortement dans le taux d'émissions de gaz à effet de serre. © wikiagri.fr, DP

Prenons le blé par exemple : il y a une différence considérable entre les émissions de gaz à effet de serre du blé traditionnel, du blé bio, et du blé produit sans labour en techniques de conservation des sols. Donc, si on voulait être conséquent et précis, il faudrait savoir si le champ de blé qui a servi pour faire mon pain a été labouré, compte avec des haies, a reçu des engrais azotés, des herbicides, des fongicides, des insecticides, a produit des plantes fortement carbonées en inter-cultures, ou a été semé avec des légumineuses en même temps que la céréale !

Semis direct de céréales dans un champ de moutarde, qui a capté carbone et azote avec le rayonnement solaire de l’été et s’apprête à les restituer dans les sols tout en nourrissant la plante suivante. © Denis Vernet, Wikimedia commons, CC 4.0

Quant au bœuf, a-t-il été élevé pour l'essentiel en plein air dans des champs entourés de forêts, ou bien s'agit-il de vaches de réforme élevées à l'étable pour l'essentiel avec du soja et du maïs qui ont poussé en Amérique latine au détriment de la forêt amazonienne ? Lui a-t-on rajouté dans sa nourriture des algues rouges qui ont fait baisser fortement ses émissions de méthane ?  

Une vache produit annuellement environ la même quantité de gaz à effet de serre qu’une voiture : une voiture fait en moyenne 15.000 km à 112 g de CO2 par kilomètre, donc émet 1,7 tonne de ce gaz par an, une vache, 65 kilos de CH4, équivalent à 1,5 tonne de CO2 ! Mais… il y a vache et vache, en fonction des modes d’élevage. © Bruno Parmentier

Autre exemple, la pomme. Il faut savoir qu'à partir du mois d'avril, la pomme qui vient du Chili à travers le canal de Panama pèse moins de gaz à effet de serre que celle de Normandie qui vient de passer six mois dans une chambre froide !

Dans cette interview, Bruno Parmentier adresse les questions cruciales liées à la faim dans le monde. © Futura

Le rôle de l'agriculture

On voit que le compte exact est d'autant plus difficile à faire que l'agriculture est à la fois un gros émetteur de gaz à effet de serre et aussi un fixateur de carbone atmosphérique ; il faut donc faire un bilan global : combien de gaz carbonique, de méthane et de protoxyde d'azote ont été émis au cours du processus de production, mais aussi combien de carbone atmosphérique a été fixé dans les champs, les haies et les forêts avoisinantes. Ça n'est évidemment pas à la portée du premier consommateur venu.

Mais, en la matière, on est en train de progresser et d'acquérir de réelles compétences. Au bout du chemin bien évidemment on ne pourra pas fixer réellement un poids carbone à la baguette de pain que l'on achète chez le boulanger, mais on va pouvoir labelliser les fermes en fonction de leurs pratiques environnementales.

C'est ainsi que le ministère de la Transition écologique et solidaire a lancé un nouveau label dit « Bas carbone », qui permet d'évaluer et de reconnaître les fermes qui font des efforts exceptionnels et au-dessus de la moyenne en matière de réchauffement climatique.

Cet outil, compliqué pour les simples particuliers, ouvre de nouvelles perspectives pour la restauration : verra-t-on dans un jour proche des cantines qui annonceront fièrement qu'elles servent majoritairement de la nourriture bio, locale, équitable, sous signe de qualité, avec un bon Nutri-Score et provenant de fermes labellisées bas carbone ? Cela aurait un impact non négligeable si l'on songe que les cantines scolaires servent un milliard de repas par an ! Et ça motiverait fortement les agriculteurs à demander le label pour avoir un accès privilégié à ces marchés.

 Les cantines scolaires françaises servent chaque année un milliard de repas à sept millions d’enfants, un vrai enjeu pour le climat ! © WavebreakmediaMicro, Fotolia

D'ores et déjà, la loi EGalim a permis de faire évoluer significativement la qualité des approvisionnements en denrées en restauration collective : à partir du 1er janvier 2022, 50 % des approvisionnements devront être sous le signe de qualité (SIQO) dont 20 % de bio, en valeur. À terme, on pourrait y ajouter : « et 20 % issu de fermes labellisées bas carbone ».

Verra-t-on des associations de parents d'élèves revendiquer à la fois que le prix du ticket de cantine ne soit pas trop élevé et qu'on y mange de la nourriture locale et qui ne réchauffe pas la planète ?

Et verra-t-on des municipalités annoncer fièrement lors de leur bilan : ici, nos cantines ont arrêté de réchauffer la planète ?

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