« La leçon d'anatomie du docteur Tulp », par Rembrandt en 1632. Mauritshuis, La Haye, Pays-Bas. © Wikimedia Commons, domaine public

Sciences

Histoire : médecine, médecins et chirurgiens sous l'Ancien Régime

Question/RéponseClassé sous :Époque moderne , histoire de la médecine , médecins

Au début du XVIIe siècle, la médecine repose encore sur des théories élaborées durant l'Antiquité grecque, celles de Galien, médecin inspiré par Hippocrate et Aristote. Ainsi on pense que la santé repose sur l'équilibre de quatre humeurs liquides : le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire. Tout déséquilibre menace la santé et pour soigner le malade, le médecin pratique des saignées, des purges ou des lavements... Louis XIV, purgé plus de deux mille fois en cinquante ans, est le plus illustre patient de ces médecins moqués par Molière.

Durant ses études médicales à l'université, le futur médecin ne touche pas les malades : ses connaissances anatomiques sont très faibles, elles se limitent à l'apparence extérieure du corps. La dissection est interdite par l'Église catholique : les médecins qui souhaitent étudier l'anatomie, doivent se procurer des cadavres à leurs risques et périls.

Cependant les travaux d'anatomie d'André Vésale (1514-1564), médecin de Charles Quint puis de Philippe II d’Espagne, vont permettre de disposer de meilleures connaissances sur le corps humain. L'œuvre de Vésale révolutionne la conception scientifique du corps : il est considéré aujourd'hui comme l'un des fondateurs de l'anatomie et de la médecine modernes. Avant lui, Léonard de Vinci (1452-1519) a également travaillé sur l'anatomie scientifique en disséquant des cadavres.

Estampe anonyme réalisée pour la pièce de Molière, « Le malade imaginaire », XVIIe siècle. Bibliothèque nationale de France. © gallica.bnf.fr/BnF

La formation médicale

Sous l'Ancien Régime, tout médecin est théoriquement docteur : il est censé avoir obtenu le plus haut grade dans sa formation universitaire. L'enseignement médical est dispensé par une vingtaine de facultés, seules habilitées à délivrer les trois grades traditionnels (baccalauréat, licence et doctorat). Les docteurs issus d'une faculté de province doivent exercer sur leur territoire régional ; seuls les docteurs de Paris et Montpellier peuvent exercer dans tout le royaume.

« La saignée », estampe d'Abraham Bosse, vers 1635. Bibliothèque nationale de France. © gallica.bnf.fr, BnF

Pour prétendre être médecin, il faut être catholique, apprendre le latin et payer un droit d'inscription élevé à la faculté de médecine. Les études médicales sont longues (sept ans minimum) et coûteuses, donc réservées à une élite. Même si le contenu de l'enseignement théorique est identique dans tout le royaume, la durée des études, les matières enseignées et les épreuves d'examens ne sont pas unifiées sur l'ensemble des facultés. L'étudiant médecin apprend son métier dans les livres et n'a aucune pratique : le savoir médical connaît des progrès en anatomie, physiologie et pathologie mais il ne propose aucune application thérapeutique efficace.

Jusqu'au XVIIIe siècle, on utilise toujours la théorie des quatre humeurs fondamentales : on estime que le corps humain est le reflet, à petite échelle, de l'univers, composé de quatre éléments (eau, terre, air, feu). Pour soigner les maladies issues de déséquilibres des humeurs, les médecins prescrivent des traitements et des remèdes peu nombreux : diète, saignée, purges (utilisation du clystère), vomitifs, tisanes et potions diverses, cures thermales. Les interventions chirurgicales sont rares et pratiquées par les chirurgiens qui ne sont pas médecins.

« L'homme à la seringue », anonyme école espagnole, XVIIe siècle. Musée du Louvre, Paris. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre), Frank Raux

Le métier de chirurgien

La chirurgie est une pratique artisanale, réservée aux barbiers jusqu'à l'édit royal de 1691 qui dissocie les deux professions ; la création de l'Académie royale de chirurgie par Louis XV en 1748, reconnaît scientifiquement la chirurgie, réglemente la formation basée sur l'apprentissage doublé d'une formation théorique dans les facultés de médecine. Une quinzaine d'écoles de chirurgie existent à la fin du XVIIIe siècle et forment deux types de chirurgiens : les internes qui ont le droit d'exercer dans une ville dotée d'une communauté de métier à laquelle ils sont rattachés, les externes qui exercent dans une ville dépourvue de corporation de chirurgiens.

En pratique, on distingue la petite et la grande chirurgie : la première consiste à réduire les fractures, extraire les dents, inciser les abcès, poser des ventouses, pratiquer des saignées... La grande chirurgie est réservée à une élite qui a souvent réussi de réelles prouesses, dans le contexte particulier des champs de bataille. André Vésale, Ambroise Paré (1509-1590) ont pratiqué la chirurgie pendant les guerres qui sont des terrains privilégiés d'expérimentation. Ambroise Paré a ainsi mis au point en 1552, la ligature des artères plutôt que leur cautérisation pour éviter hémorragies et amputations. Les chirurgiens pratiquent donc les amputations, trépanations, césariennes, extractions de calculs et même opération de la cataracte (réussie pour la première fois en 1745), tout ceci dans les conditions d'hygiène et de douleur que l'on peut imaginer ! L'antisepsie et l'asepsie sont des notions complètement inconnues qui feront leur apparition dans les années 1860, avec les travaux de recherche du Britannique Joseph Lister et du Français Louis Pasteur.

« Le chirurgien barbier » par David Teniers le Jeune, vers 1670. The Chrysler Museum of Art, Norfolk, Virginie, États-Unis. © Wikimedia Commons, domaine public

Il faut souligner l'apport de la chirurgie au domaine de l'obstétrique : les chirurgiens ayant acquis des connaissances théoriques dans ce domaine, vont être chargés de leur diffusion auprès des sages-femmes. Dès les années 1760, ils collaborent avec l'administration royale pour assurer l'enseignement pratique et la publication de manuels de formation à l'usage des sages-femmes. Basée sur une observation et une pratique plus poussées que la médecine (essentiellement théorique), la chirurgie a contribué à une meilleure connaissance du corps humain et au développement de l'expérimentation médicale.

Une prise de conscience déterminante au XVIIIe siècle

Une mutation décisive se produit dans la pratique médicale, avec la naissance de la médecine anatomo-clinique qui parvient à localiser les affections grâce à l'examen des malades et des cadavres. Le perfectionnement des moyens d'investigation (prise de température, auscultation, utilisation encore exceptionnelle du microscope...) mettent en évidence des symptômes que l'on peut confronter aux lésions découvertes grâce à l'autopsie. Ainsi naît la science du diagnostic : le discours médical s'affranchit de la théorie et de la tradition.

Portrait du docteur Alphonse Leroy (médecin accoucheur, dans son cabinet de travail, accoudé sur un ouvrage d'Hippocrate), par Jacques-Louis David en 1783. Musée Fabre, Montpellier. © Wikimedia Commons, domaine public

Par ailleurs, médecine et hygiène publique deviennent indissociables pour lutter contre les épidémies : en 1710, Louis XIV fait expédier à tous les intendants du royaume, des boîtes de remèdes à distribuer gratuitement dans les campagnes ; en 1750, un médecin spécialement chargé des épidémies est nommé dans chaque intendance. La Société royale de médecine est fondée en 1767 : elle souhaite jeter les bases d'un corps de doctrine médicale et rompre l'isolement des médecins de campagne. L'immense majorité des médecins exerce en ville : en 1786, on estime le taux urbain de médicalisation à 4,2 médecins pour 10.000 habitants, contre 0,2 pour 10.000 dans les campagnes. Une consultation coûte cher car il faut encore payer les frais de déplacement, les médicaments et il n'existe pas d'honoraires tarifés.

L'inégalité des Français devant une médecine qui demeure majoritairement au service d'une élite, reste la règle à la fin du XVIIIe siècle, mais le médecin est désormais considéré comme un savant au service de la population et de la santé publique.

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