Le Grand Châtelet de Paris au XVIIIe siècle, siège de la prévôté de Paris, chargée de la police et de la justice criminelle. Bibliothèque nationale de France. © gallica.bnf.fr, BnF

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Histoire : la police à Paris sous l'Ancien Régime

Question/RéponseClassé sous :Époque moderne , Police royale , Paris

L'acte de naissance de la police à Paris est symbolisé par la création de la lieutenance générale de police en mars 1667. Cette nouvelle institution est la clé de voûte du système répressif royal aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle assure le maintien de l'ordre grâce à un réseau de commissaires de police, d'inspecteurs et d'indicateurs répartis en bureaux sur le territoire de la capitale.

La police parisienne existe bien avant 1667 mais elle se caractérise par une absence d'organisation institutionnelle. Ainsi le Châtelet, institution du prévôt de Paris, dispose de « commissaires examinateurs » dans les quartiers de la capitale. Combien sont-ils ? Un mémoire daté de 1718 rappelle l'évolution de leur nombre depuis le XIVe siècle : ils sont 8 en 1320 ; 32 en 1516 ; 48 en 1635 ; avec la création d'un second Châtelet sur la rive gauche de Paris en 1674, on dénombre 55 commissaires.

Nécessité d’une police dédiée à la capitale

Paris en tant que capitale du royaume, par sa prééminence démographique, politique et économique, se voit conférer un caractère d'exemplarité en matière de police. Cette obligation est énoncée en 1567 par le roi Charles IX, puis confirmée par ses successeurs en particulier Louis XIV. Les études démographiques montrent que Paris, à la fin du XVIIe siècle, approche les 500.000 habitants et dépasse les 600.000 en 1790. La croissance la plus importante se produit au XVIIe siècle, la population parisienne augmentant de plus de 250.000 habitants (doublement par rapport au XVIe siècle) contre 100.000 au XVIIIe siècle. Les contemporains, malgré des dénombrements fréquents et la naissance de la statistique, connaissent mal la population de la capitale. Le lieutenant général de police Antoine de Sartine, dans un mémoire qu'il fait rédiger par le commissaire Le Maire en 1770, évoque même le chiffre improbable d'un million d'habitants.

Plan de Paris par Matheus Merian en 1615. © Wikimedia Commons, domaine public

En 1702, le lieutenant général de police d'Argenson divise Paris en vingt quartiers (17 auparavant) : l'argument avancé est l'inégalité de peuplement lié à l'accroissement de population, depuis la dernière division de l'espace urbain en 1642. L'attention monarchique portée à la capitale du royaume, combinée à l'accroissement démographique et spatial, fait de Paris un espace où les questions de police revêtent une importance majeure.

La multiplication des offices de police

La guerre de Trente Ans (1618-1648) crée des besoins financiers extraordinaires auxquels la monarchie va répondre en amplifiant sa politique de création d'offices. Entre 1633 et 1646, 500 offices de police sont créés à Paris, tous dépendants de l'Hôtel de Ville. Le but n'est pas, à ce moment-là, de bâtir une institution policière cohérente mais bien de contribuer au financement des guerres royales.

Tableau La conduite des filles de joie à la Salpêtrière (par la police), par Étienne Jeaurat en 1745. Musée Carnavalet, Paris. © Wikimedia Commons, domaine public

Depuis le XVIe siècle, le corps des commissaires se plaint du poids des tâches policières qui les empêchent de mener à bien leurs missions et l'administration monarchique déplore de son côté, le manque de sérieux des commissaires dans leur travail de police. En février 1708, sont créés 40 offices d'inspecteurs de police : leur mission consiste à inspecter le nettoiement des rues et à faire observer les règlements de police. Ces dispositions permettent de mieux encadrer l'espace urbain par une action plus mobile des agents de police qui ne sont plus attachés à leur bureau, comme le sont les commissaires. C'est une logique d'efficacité qui préside à la création du corps des inspecteurs, dans le but d'échapper aux pesanteurs des fonctions de commissaire.

Portrait de Nicolas de La Reynie (1625-1709) par Pierre Mignard vers 1670. Collection privée. © Getty Images

Nicolas de La Reynie, premier policier de France

L'édit que Colbert propose à Louis XIV en 1667, résulte vraiment d'une évolution des mœurs en matière de sécurité publique : en envisageant une approche globale de la criminalité, il constitue l'acte fondateur de la police sous l’Ancien Régime. Le magistrat Nicolas de La Reynie est le premier lieutenant général de police, charge qu'il va occuper de mars 1667 à janvier 1697. Maître des requêtes au Conseil d’État, il connaît très bien les institutions. Nommé par le roi, le lieutenant général de police est révocable par lui. Il gère la propreté de la ville, le contrôle du port d'armes, la gestion des incendies et des inondations, l'approvisionnement, l'activité des corporations. Il a autorité sur les commissaires et a reçu pour mission de « purger la ville de tout ce qui peut causer des désordres » : doté de pouvoirs quasi illimités, il dirige également le Bureau des lettres de cachet et des prisons d'État.

Lettre de cachet de la main d'Antoine de Sartine, lieutenant général de police de Paris (de 1759 à 1774), à l'attention du gouverneur de la Bastille. Bastille archives. © Wikimedia Commons, domaine public

Les anciens « commissaires examinateurs » au Châtelet deviennent des commissaires de police. Répartis entre les 17 (puis 20) quartiers de Paris, ils rendent compte quotidiennement de leur activité auprès du lieutenant général qui dispose d'un réseau d'indicateurs (les « mouches ») et peut aussi requérir la maréchaussée (corps militaire chargé de la police et de la justice aux armées, ancêtre de la gendarmerie) et la garde de Paris (environ un millier de soldats). Cette organisation policière produit des effets remarquables sur la criminalité et se voit étendue à toutes les grandes villes du royaume. Elle va perdurer jusqu'à la Révolution.

Édit de mars 1667 : création de la lieutenance générale de police de Paris par Louis XIV. Archives nationales de France, cote AD 390. © Wikimedia Commons, domaine public

Paris sous Louis XIV devient la ville la plus propre d'Europe (financée par la taxe « des boues et lanternes ») et la « cour des miracles » est éradiquée. La Reynie instaure l'éclairage public (6.500 lanternes sont installées dans la capitale), les premières règles de circulation et de stationnement, le pavage des rues et l'adduction d'eau. Avant 1667, par sécurité, chaque personne marchant dans les rues de Paris, la nuit, devait être porteur d'une lanterne. Des guetteurs appelés veilleurs de nuit, accompagnaient les passants jusqu'à leur domicile, munis de lanternes numérotées par la police.

Un certain Antoine de Sartine, lieutenant général de police de Louis XV

En 1752, il achète la charge (ou l'office) de lieutenant criminel au Châtelet puis il est nommé lieutenant général de police de Paris en 1759. Excellent administrateur et fin politique bien vu à la Cour, Antoine de Sartine se préoccupe de problèmes d'hygiène, d'approvisionnement et de police durant sa lieutenance générale. Il va améliorer l'approvisionnement de la capitale en faisant construire une halle aux blés ; il fait installer des lanternes à réverbère pour améliorer la sécurité publique ; il instaure des maisons de jeu surveillées par ses agents et taxées, au lieu des établissements clandestins existants. Plusieurs ouvrages révolutionnaires l'ont accusé d'avoir créé un réseau d'espionnage couvrant la capitale. En août 1774, le jeune roi Louis XVI tient à récompenser son talent et ses services, en le nommant secrétaire d'État à la Marine.

Buste d'Antoine Gabriel de Sartine, par Jean-Baptiste Defernex en 1767. Petit appartement du roi, château de Versailles. © Wikimedia Commons, domaine public

 

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