Portrait de Jean-Baptiste Colbert par Philippe de Champaigne, daté de 1655. Metropolitan Museum of Art, New York. © Domaine public.

Sciences

Histoire des idées économiques sous l’Ancien Régime

Question/RéponseClassé sous :Sciences , Histoire moderne , pensée économique

À partir du règne de Louis XIV et ce, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, l’État monarchique français applique un modèle d’interventionnisme économique qualifié de mercantilisme, largement incarné par Colbert. Dans les années 1750, la critique du système mercantiliste apparaît avec les idées libérales exposées par Vincent de Gournay, puis dans le mouvement des physiocrates, précurseur du libéralisme économique qui s’épanouira au XIXe siècle.

Le mercantilisme est un courant de pensée économique né avec la colonisation de l’Amérique au XVIe siècle, qui triomphe sous la monarchie absolue de Louis XIV. Les partisans du mercantilisme prônent le développement économique par l’enrichissement de la nation avec, comme atout majeur, le commerce extérieur.

Le mercantilisme baptisé colbertisme

Le principal instigateur des idées mercantilistes en France est Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des Finances de 1664 à 1683. Quels sont ses objectifs ? Avant tout, mettre l’économie au service de la puissance et de la gloire du roi. Pour cela, il faut accroître la richesse nationale en menant une véritable compétition économique internationale. Colbert va adopter une politique à deux vitesses : défensive avec le protectionnisme, c’est-à-dire la limitation des importations faisant de la concurrence aux produits français, et offensive en favorisant l’exportation des produits manufacturés et le développement industriel. Les armes de cette politique qui s’insère déjà dans une « économie-monde », vont être les manufactures, la Marine et les compagnies des Indes.

Le terme colbertisme est souvent employé pour désigner le mercantilisme à la française. Aujourd’hui, la pertinence des idées mercantilistes refait surface dans les débats sur la mondialisation. Sous Louis XIV, la « théorie mercantiliste » privilégie commerce et industrie mais néglige l’agriculture ; pourtant chaque crise alimentaire de l'Ancien Régime rappelle qu’elle constitue l’élément essentiel d’une économie de subsistance.

L’émergence des physiocrates

Au XVIIIe siècle, c’est ce que défend le mouvement des physiocrates avec François Quesnay. La physiocratie est une école de pensée économique et politique, née en France dans les années 1750, qui prône notamment une juste valeur du prix des céréales et une agriculture qui ne soit pas écrasée par les impôts. François Quesnay (1694-1774) fait paraître ses premiers écrits économiques en 1757, dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. En 1758, paraît son célèbre « Tableau économique » qui présente une conception des lois économiques fonctionnant sur le même schéma que les lois de la physique. Quesnay est le premier à imaginer l’économie à un niveau macroéconomique ; son modèle conçoit la nation comme un ensemble de trois classes sociales définies selon leur fonction économique :

  • la classe productive, ou classe des fermiers, groupe social à l’origine de la production annuelle globale ; l’agriculture est considérée comme la source unique de la richesse de la nation ;
  • la classe des propriétaires, ou le groupe formé de l’aristocratie et du clergé, qui s’approprie annuellement le produit agricole sous forme de rente payée par la classe productive ;
  • la classe stérile représentée par tous les autres groupes non occupés à la production agricole, c’est-à-dire les artisans, marchands, industriels.

Ce schéma s’applique relativement bien à la société française du XVIIIe siècle puisque plus de 85 % de la population représente le monde agricole.

Son tableau présentant l’économie sous forme de circuit sera repris par Karl Marx (1818-1883) et John Maynard Keynes (1883-1946). Les partisans du libre-échange reconnaissent les physiocrates comme des précurseurs du libéralisme économique. Les travaux de François Quesnay ont une influence certaine sur la politique économique de deux contrôleurs des Finances : Bertin en 1763, Laverdy en 1764, et Turgot en 1774, qui vont proposer la liberté du commerce des céréales sur l’ensemble du royaume.

Portrait de François Quesnay, gravure de Jean-Georges Wille, fin XVIIIe siècle. © Wikimedia Commons, domaine public.

Vincent de Gournay, un économiste précurseur du libéralisme

Un autre théoricien de l’économie va lui aussi influencer la politique économique de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Vincent de Gournay (1712-1759), intendant du commerce, doté d’une grande culture économique, demande dès 1752 une liberté du commerce des céréales. Il rejette le mercantilisme, système trop interventionniste selon lui ; il ne peut pas suivre les physiocrates qui laissent de côté le commerce et l’industrie. Gournay n’est pas un partisan du libéralisme absolu : il est attaché à la protection des personnes (c’est l’État qui doit jouer ce rôle) autant qu’à celle des libertés économiques. Par contre, il dénonce le carcan des corporations et des privilèges exclusifs en matière de commerce, tel que celui de la Compagnie des Indes.

Il serait l’auteur de la phrase « Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises ». Il va influencer plusieurs ministres comme Trudaine (développement du réseau routier français, atlas Trudaine) et Turgot (liberté du commerce des grains en 1774).

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