Tableau La capitulation de Grenade peint par Francisco Pradilla Ortiz en 1882. Mohammed XII, roi de Grenade, se rend à Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. Palais du Sénat, Madrid, Espagne. © Wikimedia Commons, domaine public.

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Histoire de la noblesse espagnole au XVIe siècle

Question/RéponseClassé sous :histoire , XVIe siècle , noblesse d'Espagne

La première fonction de la noblesse espagnole est militaire car elle est issue de la lutte contre les royaumes musulmans ibériques, lors de la Reconquista. La reconquête des territoires occupés par les musulmans est entreprise dès le milieu du VIIIe siècle et s'achève en janvier 1492, lorsque les « Rois catholiques » de Castille et d'Aragon s'emparent du royaume de Grenade. L'idéal guerrier de la noblesse se double d'un idéal religieux, la défense du catholicisme contre l'Islam. La reconquête achevée, les nobles vont conserver leurs privilèges et leurs traditions.

La noblesse espagnole constitue environ 5 % de la population. Depuis 1505, la monarchie, dans un but d'unification territoriale, protège l'héritage foncier des nobles en les contraignant à respecter le droit d'aînesse, pour empêcher la division de leurs propriétés. Par ailleurs, il existe une noblesse à la limite de la pauvreté, pour qui la survie consiste dès le XVIe siècle, à partir à la conquête du Nouveau Monde.

La reconquête a laissé des cicatrices profondes dans la société ibérique : en 1492, les juifs ont le choix entre la conversion ou l'exil. Les morisques, ou musulmans d'Espagne, sont convertis de force au catholicisme par les édits de conversion de 1502, après l'abrogation par les « Rois catholiques » (Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon) des accords qui leur permettaient de conserver leur foi et leurs coutumes islamiques. Il subsiste donc à l'intérieur de l'Espagne, des populations considérées comme peu sûres, pouvant revenir à la religion de leurs ancêtres et menaçant ainsi l'unification entreprise par la Couronne. Dès le XVIe siècle, l'Inquisition (créée en 1478) mène des enquêtes sur « la pureté du sang » : ceux qui ne peuvent en faire la preuve, sont interdits de responsabilités politiques ou administratives. Cette distinction raciale avec la suspicion qu'elle entretient, contribue à fermer encore davantage la société espagnole. 

Les Rois catholiques, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, fin XVe siècle. Auteur anonyme. Collection du couvent des Augustins de Madrigal de las Altas Torres, province d'Avila, Espagne. © Wikimedia Commons, domaine public

Quelles sont les caractéristiques de la noblesse d’Espagne ?

La noblesse espagnole a pour première origine « le sang », c'est-à-dire des ancêtres qui ont participé à la Reconquista. Une seconde origine est possible, c'est la faveur royale : le roi récompense ses amis, ses favoris...

L'hidalguía (ou titre de noblesse) défini au XIIIe siècle se caractérise par un ensemble de privilèges honorifiques et juridiques immuables. L'hidalgo bénéficie de l'exemption fiscale personnelle qui le dispense de la plupart des impôts royaux et municipaux, car il sert le roi en payant de sa personne. D'autres catégories sociales peuvent également avoir accès à l'exemption fiscale personnelle, comme les militaires qui se sont illustrés sur les champs de bataille, les étudiants qui ont reçu le titre de docteur, les détenteurs d'offices publics, les membres de l'Inquisition... Faire partie de la noblesse implique de posséder un niveau de fortune et un prestige social certain. Le prestige social dérive de la richesse acquise par la rente foncière.

Palais de l'Escurial ou complexe royal de Saint-Laurent-de-l'Escurial (palais, monastère, basilique, bibliothèque) commandé par le roi Philippe II, fin XVIe siècle. Région de Madrid. © Wikimedia Commons, domaine public

Les « Grands » et les nobles titrés (ducs, marquis, comtes, barons) se trouvent au sommet de la hiérarchie nobiliaire. Charles Quint crée 25 Grands d'Espagne en 1520 ; ils sont 41 en 1627, nombre qui ne cesse d'augmenter pour atteindre le chiffre record de 119 en 1787. Être Grand est le titre de noblesse le plus élevé, situé juste au-dessous des Infants ; il concerne les descendants de ceux qui ont combattu lors de la Reconquista. Cette élite nobiliaire jouit d'un pouvoir économique considérable. Vers 1600, douze nobles titrés ont une rente annuelle estimée entre 100.000 et 170.000 ducats. À titre de comparaison, un journalier urbain qui travaille 300 jours par an touche un salaire (annuel) de 60 ducats ! La rente foncière constitue l'essentiel de l'enrichissement nobiliaire mais également les revenus tirés de transactions commerciales.

Les Grands et nobles titrés jouent un rôle politique de premier ordre. Ils se mettent au service de la monarchie en embrassant la carrière diplomatique (ambassadeurs, vice-rois), militaire (capitaines, généraux, amiraux...) ou religieuse (évêques, chanoines...).

Portrait de Charles Quint en armure, copie d'un portrait réalisé par Le Titien en 1551. Musée du Prado, Madrid. © Wikimedia Commons, domaine public

Les chevaliers (ou caballeros) constituent la couche moyenne de la noblesse urbaine. Ils jouent un rôle clé dans la vie politique locale et municipale. On peut les regrouper en deux catégories :

  • les chevaliers appartenant à un ordre militaire (qui trouve son origine dans la protection des croyants en Terre Sainte) : l'habit est destiné à récompenser des mérites personnels et des services rendus à la Couronne, puis il finit par être réservé aux cadets de familles nobles illustres. L'habit prouve la noblesse et la parfaite ascendance chrétienne d'un individu, car pour l'obtenir il faut se soumettre à une enquête généalogique afin de prouver la pureté du sang  ;
  • les « chevaliers échevins » font partie intégrante des oligarchies urbaines : ils monopolisent les charges locales et sont représentés dans les chapitres ecclésiastiques ; une grande partie du patrimoine territorial urbain leur appartient. La fortune de ces chevaliers ne peut rivaliser avec celle des Grands et des nobles titrés. Elle oscille en général entre 2.000 et 10.000 ducats de rente annuelle.
Portrait du roi Philippe II d'Espagne en armure, par Le Titien en 1560. Musée du Prado, Madrid. © Wikimedia Commons, domaine public

Les hidalgos représentent l'échelon inférieur de la hiérarchie nobiliaire. Parmi eux, on distingue :

  • les hidalgos de sang : l'ancienneté du lignage est déterminante ; plus le lignage se perd dans la nuit des temps, plus il rejaillit sur l'honneur de la famille. Certains hidalgos n'hésitent pas à faire remonter leur lignage à l'époque des Wisigoths ;
  • les hidalgos de privilège : cette catégorie est plus récente que la précédente ; elle englobe  ceux qui ont obtenu l'hidalguía en échange de services rendus à la Couronne et ceux qui ont acheté un titre de noblesse à l'occasion de ventes organisées par la monarchie.

La noblesse espagnole symbolise un modèle de « société fermée » existant dans la très grande majorité des états européens du XVIe au XVIIIe siècle. Dans plusieurs villes importantes d'Espagne (Séville, Cordoue, Tolède...), l'accès aux charges municipales est réservé aux nobles et la vente massive d'offices aboutit à une fermeture de la noblesse entre 1580 et 1660. Cette fermeture dépend aussi d'aspects idéologiques et culturels : de nombreuses institutions exigent des preuves de « pureté du sang » afin d'exclure les descendants de juifs et de musulmans.

Alcazar de Séville, cour des Demoiselles ; palais islamique primitif du VIIIe siècle devenu palais royal dans les années 1250. © Wikimedia Commons, domaine public
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