Décollage d'un lanceur Electron de Rocket Lab. © Sam Toms and Simon Moffatt
Sciences

La constellation de nanosatellites IoT de Kinéis décollera avec Rocket Lab

ActualitéClassé sous :Constellation de satellites , New Space , nanosatellite

La société française Kinéis vient de choisir Rocket Lab pour le déploiement des 25 nanosatellites de sa constellation IoT (Internet of Things). Un choix qui peut surprendre à l'heure de la préférence européenne en matière d'accès à l'espace de la part d'un opérateur de satellites français, mais qu'Alexandre Tisserant, président de Kinéis, assume. Il nous explique pourquoi il n'utilisera pas les services de lancement d'Arianespace pour le déploiement de sa constellation.

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[EN VIDÉO] Comment mettre un satellite en orbite autour de la Terre ?  Sans même que nous en ayons conscience, les satellites sont devenus indispensables à notre quotidien. Les moyens de communication, de surveillance et une bonne partie des recherches scientifiques en dépendent. Alors, comment mettre en orbite un satellite ? Le Cnes nous répond dans cette courte vidéo didactique. 

Le déploiement des 25 nanosatellites de la constellation IoT (Internet of Things) de Kinéis sera réalisé par le lanceur Electron de Rocket Lab. L'objectif de cette constellation est de permettre, d'ici à 2030, de relier facilement et pour un prix abordable plusieurs millions d'objets où qu'ils se situent sur la surface du globe, en temps réel ou quasi réel, pour les professionnels et le grand public, principalement dans les domaines de l'agriculture, la logistique, les transports et l'énergie.

Ce déploiement sera réalisé dans le cadre d'un contrat multi-lancements qui en prévoit cinq en seulement neuf mois, entre avril et décembre 2023. Ils auront tous lieu depuis la base de lancement de Rocket Lab en Nouvelle-Zélande. Pour Rocket Lab, c'est le second contrat multi-lancements de l'année. Neuf satellites seront déployés par cinq missions Electron dédiées dans le cadre d'une constellation pour BlackSky, un fournisseur d'intelligence géospatiale en temps réel et de services de monitoring global.

Les phases de design de ces nanosatellites (16U, 30 kg) se terminent. La production va démarrer avant la fin de l'année afin que les cinq premiers partent en Nouvelle-Zélande dès le premier trimestre 2023. Ces lancements successifs vont permettre à Kinéis de démultiplier les performances de sa connectivité IoT actuelle en mettant en service tous les satellites de sa constellation en un temps record. Ces 25 nanosatellites, d'une durée de vie d'au moins huit ans, seront déployés sur une orbite basse à 650 kilomètres.

Le Kick Stage d'Electron, qui a déjà déployé avec succès plus de 100 satellites, servira de véhicule de transfert orbital pour amener chaque satellite de la constellation sur son plan orbital. Dit autrement, plutôt que les satellites utilisent leur propre système de propulsion pour rejoindre leur position définitive, le Kick Stage les amènera aussi près que possible vers l'orbite finale, ce qui pour Kinéis permet d'optimiser la masse et la durée de vie de ses petits satellites.

À droite, un Kick Stage d'un lanceur Electron qui vient tout juste de se séparer avec l'étage supérieur du lanceur. © Rocket Lab

La parole à Alexandre Tisserant, président de Kinéis.

Futura : Pourquoi le choix de ce lanceur et non pas une solution de lancement européenne comme Vega par exemple ?

Alexandre Tisserant : Ce sont avant tout des considérations techniques qui ont guidé notre choix. En effet, notre constellation doit être déployée sur cinq orbites différentes dans un temps contraint (neuf mois). Compte tenu du faible poids de nos satellites (30 kg), nous ne pouvons embarquer qu'en passager secondaire sur un lanceur européen comme Vega. Cela aurait donc nécessité soit d'avoir cinq tirs en passager secondaire qui coïncident parfaitement avec nos orbites cibles dans le délai souhaité, soit d'ajouter des contraintes techniques et du temps de dérive pour leur permettre d'être tirés tous en une seule fois et rejoindre ensuite leur orbite cible. Or, ces cinq tirs nécessaires n'existent pas, et par ailleurs nous souhaitions privilégier un design léger pour optimiser nos satellites. Nous avons donc naturellement choisi un microlanceur avec des vols dédiés, et à ce jour il n'en existe pas encore de mâture venant d'une société européenne.

Qu’entendez-vous par « privilégier un design léger » ?

Alexandre Tisserant : Si les satellites n'avaient pas pu être lancés précisément sur leur orbite, il aurait fallu prévoir une propulsion plus importante à bord, donc plus d'énergie (panneaux solaires, batteries, carburant...), ce qui aurait grandement augmenté leur taille et masse, sans compter le temps de dérive dans l'espace pour atteindre leur position finale.

Les nanosatellites Kinéis disposent-ils d'une capacité de manœuvre en orbite suffisante si l'étage Kick Stage du lanceur Electron n'est pas aussi performant que prévu ?

Alexandre Tisserant : Nos satellites disposent d'une propulsion à bord qui leur permet de finaliser la mise à poste après le lancement, d'être maintenus à poste, et ensuite d'être désorbités en fin de vie. Elle peut donc être utilisée pour une mise à poste plus importante, ce qui aurait par contre un impact sur la durée de vie opérationnelle des satellites.

Pour en savoir plus

Kinéis : une constellation de nanosatellites 100 % française d’ici 2022

Article de Céline Deluzarche publié le 15/02/2020

La start-up toulousaine Kinéis ambitionne de devenir le premier opérateur européen d'une constellation de nanosatellites. Son directeur général, Alexandre Tisserant, nous explique les avantages de sa technologie « unique au monde ».

D'ici 2022, les 25 nano-satellites de Kinéis viendront s'ajouter aux milliers d'autres satellites de télécommunications orbitant autour de la Terre. Mais cette constellation sera 100 % française et s'appuie sur une technologie différente qui lui permet de proposer ses services à un coût modique.

Spin-off de CLS, leader mondial en télémétrie et observation de la Terre par satellite avec ses célèbres balises Argos, la start-up toulousaine Kinéis vient de lever 100 millions d'euros pour financer son développement. Son atout : partir d'un système qui a fait ses preuves, à savoir le système Argos déjà déployé sur 7 satellites. Kinéis s'appuie par ailleurs sur des partenaires de référence : Thales Alenia Space et Syrlinks s'occuperont du système embarqué et des stations au sol, tandis que la PME toulousaine Héméria construira les nano-satellites. À première vue, cette constellation n'impressionne guère par rapport aux milliers de nanosatellites que veulent déployer SpaceX ou OneWeb. Mais elle offre pourtant des réels avantages, comme nous l'explique son président, Alexandre Tisserant.

Alexandre Tisserant, le directeur général de Kinéis. © Kinéis

Comment va fonctionner le système de communication de Kinéis ?

Alexandre Tisserant : Kinéis s'appuie sur le système Argos, avec des balises au sol qui envoient des informations vers les nanosatellites. Ces derniers, positionnés à 850 km d'altitude, reçoivent les informations et les retransmettent vers le sol en temps quasi réel (10 à 15 minutes), ce qui est largement suffisant pour la plupart des applications que nous visons. Par rapport aux satellites Argos actuels, nous allons multiplier les capacités par 100 et diviser les prix par 50 ! Le système pourra communiquer avec 2 millions de balises au lieu de 20.000 aujourd'hui, et un module reviendra à 15 ou 20 euros contre plus de 1.000 euros actuellement.

Les 25 nanosatellites permettent une couverture complète de la Planète avec une mise à jour en temps quasi réel (toutes les 10 à 15 minutes). © Kinéis

À qui s’adresse votre service de communication ?

Alexandre Tisserant : Nous visons de manière générale l’Internet des objets, mais aussi les applications scientifiques, comme le suivi des animaux sauvages, la logistique pour le suivi des conteneurs ou la surveillance des bateaux. Nous opérons par exemple pour le compte des autorités en Afrique de l'Ouest et en Asie pour vérifier que les bateaux de pêche artisanaux (les pirogues) respectent bien les zones de pêche. Nos balises intéressent également les bateaux de plaisance. Savez-vous que ces derniers passent 90 % de leur temps au port où ils se font souvent voler leur moteur ? En intégrant une balise dedans, il est possible de tracer sa position quand il est volé. Notre technologie peut aussi aider à l'intégration industrielle, en permettant le suivi des différentes pièces d'un appareil provenant d'endroits variés. Enfin, nous avons passé un partenariat avec Bouygues Telecom pour desservir les zones non couvertes par le réseau le réseau terrestre LoRa, avec des balises hybrides.

Logistique, missions scientifiques, surveillance de bateaux de pêche, Internet bas débit… Kinéis vise de nombreux marchés. © Kinéis

Quel est l’avantage de votre technologie par rapport aux autres systèmes comme le GPS, Galileo ou Starlink ?

Alexandre Tisserant : Notre but n'est pas de concurrencer les systèmes haut débit nécessitant une communication en temps réel, comme pour une voiture autonome par exemple. En revanche, le bas débit permet de faire passer beaucoup plus de données et de proposer nos services à moindre coût. Les balises peuvent ainsi transmettre différents types d'information, non seulement la position, mais aussi des paramètres comme la température, la lumière, etc. La grande différence se situe surtout au niveau du terminal : les signaux envoyés par les satellites de communication sur les appareils nécessitent une grosse consommation d’énergie pour être traités. Ce n'est pas un problème pour un smartphone qui peut être rechargé tous les jours. Mais si votre balise est intégrée dans le collier d'un ours polaire, vous comprenez bien qu'elle doit tenir plusieurs mois !

Une autre startup que vous auriez pu créer ?

Alexandre Tisserant : En tant que grand amateur de jazz (d'ailleurs, j'en joue), je dirais une plateforme de musique type Soundcloud, pour partager de la musique et des chansons.

La technologie du futur selon vous ?

Alexandre Tisserant : La lutte contre réchauffement climatique est clairement la priorité. Il nous faut donc trouver le moyen de produire de l'énergie propre, comme la fusion nucléaire, ou une autre technologie qui reste à inventer.

Après la levée de fonds de 100 millions d'euros, le calendrier devrait s'accélérer pour Kinéis. Les nanosatellites, qui seront lancés par grappe de cinq (soit 150 kg au total), devraient être en orbite d'ici l'été 2022. La start-up, qui a déjà réalisé un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros en 2019 avec Argos et la vente de matériel, vise 10 millions en 2023 avec sa nouvelle constellation et 100 millions dans 10 ans. Qui sait, peut-être aurons-nous un jour un vrai champion français du spatial privé ?

Portrait Kinéis

  • Domaine : espace ;
  • Date de création : juin 2019 ; 
  • Fondateurs : CLS (Kinéis est une spin off de CLS, qui est devenu actionnaire majoritaire depuis la levée de fonds) ;
  • Montant des levées de fonds : 100 millions d'euros ;
  • Effectif : 30 salariés (45 d'ici fin 2020).

Kinéis, la première constellation européenne de nanosatellites pour l’Internet des objets

Article de Rémy Decourt publié le 12/09/2018

Évoquée lors de la conférence 2017 World Satellite Business Week d'Euroconsult, la constellation de satellites qui pourrait succéder au système Argos à l'horizon 2021 a été officialisée il y a quelques jours. Constituée de 20 nanosatellites, elle sera réalisée par Kinéis, une nouvelle filiale de Collecte Localisation Satellites (CLS) créée avec le soutien du Centre national d'études spatiales (Cnes). Et elle ne se contentera pas uniquement de suivre la migration des animaux.

L'Internet des objets est une des révolutions industrielles attendues ces prochaines années, avec environ 30 milliards d'objets connectables en circulation d'ici 2020. Or, 90 % de la surface du globe est non connectée. Pour offrir une couverture mondiale à ces objets, CLS (les balises Argos), avec le soutien du Cnes, vient d'annoncer la création de Kinéis.

Cette start-up française (cocorico !), nouvel acteur du New Space, fait le pari de permettre à tous ces objets de dialoguer ou échanger des données entre eux en réalisant une constellation de nanosatellites inédite. Celle-ci doit succéder au système Argos, et elle ne se contentera pas de suivre uniquement la migration des animaux.

Elle utilisera une technologie de communication inédite, développée sur mesure pour les objets connectés. Elle sera conçue par Thales Alenia Space, qui s'appuiera sur Nexeya pour la fabrication des plateformes des nanosatellites et sur Syrlinks pour son support dans la conception et la construction de l'instrument. Elle sera placée en orbite à l'horizon 2021.

Prototype du nanosatellite Angels, du Cnes, sur lequel s'appuieront Thales Alenia Space et ses partenaires pour réaliser les satellites de la constellation Kinéis. © Kinéis

Démocratiser l'Internet des objets

Comme le souligne Alexandre Tisserant, directeur du projet, Kinéis « fournira une connectivité unique, universelle, entièrement dédiée à l'industrie des objets connectés. Chaque objet équipé d'un modem Kinéis pourra être localisé et transmettre des données où qu'il se trouve, quelles que soient les conditions. La connectivité Kinéis est simple à intégrer, basse consommation, fiable et proposée à un coût très compétitif la rendant accessible à tous ».

Le principal objectif de Kinéis est donc de démocratiser l’Internet des objets. Celle-ci doit permettre, d'ici 2030, à plusieurs millions d'objets, dont les actuelles et futures balises Argos, d'être connectés où qu'ils se situent à la surface du globe.

Enfin, cette constellation se veut complémentaire des acteurs existant dans le domaine des télécommunications, qu'ils soient terrestres ou satellitaires. Il faut savoir qu'aujourd'hui, 90 % de la surface du globe est non connectée ou connectée à des coûts souvent prohibitifs, sans mentionner la complexité d'usage.

Les besoins sont pourtant déjà présents. Voici quelques exemples. Un conteneur est perdu : comment le retrouver ? Il convoie des produits périssables : comment maîtriser sa température à distance ? Un bateau de pêche artisanale connaît une avarie moteur : comment lui permettre d'émettre un SOS et comment le localiser pour le secourir ? Un randonneur au Népal souhaite partager son itinéraire complet, en temps réel, avec sa communauté : comment peut-il publier son parcours ? Logistique, pêche, agriculture ou encore loisirs de plein air sont autant de secteurs demandeurs d'une connectivité mondiale abordable.

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