Une vue d'artiste de Spitzer. Crédit : Nasa

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Spitzer, le télescope spatial infrarouge, accorde une interview !

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Tout comme Hubble, le satellite Spitzer observant dans l'infrarouge a révolutionné notre vision de l'Univers. Bientôt à court d'hélium, nécessaire au refroidissement de certains de ses instruments, il a accordé une interview à un journaliste de la Nasa. Nous vous en proposons une traduction.

Un journaliste imaginaire, en orbite héliocentrique, vient de rejoindre l'un des plus extraordaines instruments jamais lancés dans l'espace. Il est venu interroger Spitzer, qui, depuis août 2003, observe l'Univers en infrarouge. La mission de cet instrument massif (près d'une tonne au décollage), avec son télescope de 85 centimètres, devait se terminer en 2008. Elle se poursuit encore et d'autres missions vont lui être confiées...

Bonjour Spitzer. Il fait froid ici...

Spitzer : Désolé. Même si ma température monte, j'ai encore besoin d'être suffisamment froid pour que deux de mes canaux d'observation en infrarouge continuent à travailler.

Pourquoi les télescopes à infrarouge doivent-ils être refroidis ?

Spitzer : Bonne question. La lumière infrarouge est produite par la chaleur. Ainsi, les ingénieurs doivent-ils limiter le plus possible ma propre chaleur pour être certain que je mesure bien uniquement la lumière infrarouge des objets que j'observe. C'est pour la même raison que je tourne autour du Soleil de manière à être toujours loin derrière la Terre, et c'est aussi pourquoi j'ai un grand bouclier thermique pour me protéger au maximum du Soleil.

Quelle est, pour vous, votre plus grande découverte ?

Spitzer : Il s'agit probablement de mon travail sur les exoplanètes, des planètes qui tournent autour d'autres étoiles que notre Soleil. Je déteste me vanter, mais j'ai été le premier télescope ayant observé la lumière d'une exoplanète. J'ai également été le premier à en obtenir le spectre. Oh, désolé, mais je vais devoir aborder des détails techniques, là. La lumière est composée de différentes longueurs d'onde, de la même manière que l'arc-en-ciel est composé de différentes couleurs. J'ai été capable de séparer et d'observer différentes longueurs d'onde infrarouge présentes dans la lumière d'une exoplanète. Cette information spectrale nous renseigne sur les atmosphères des exoplanètes.

Qu'avez-vous donc appris sur ces planètes ?

Spitzer : Tout d'abord, j'ai appris que les exoplanètes gazeuses géantes, appelées des jupiters chauds, ne sont pas toutes identiques. Certaines sont très inhospitalières, avec des températures chaudes comme le feu et d’autres presque aussi froides que la glace. J'ai également créé la première carte des températures d'une exoplanète, et j'ai vu une tempête aux proportions colossales agitant la face d'une exoplanète bizarre, avec une orbite très excentrique. Elle passe en effet très près de son étoile mais se retrouve à d'autres moments à des distances comparables à celle de la Terre par rapport au Soleil.

La galaxie du Triangle (alias M33), à 2,9 millions d'années-lumière (autant dire une voisine), observée par Spitzer en avril 2009. (Cliquer sur l'image pour en obtenir une version à haute résolution.) © Nasa

Vous semblez vraiment aimer les planètes...

Spitzer : Eh bien, vous savez, je n'étais en fait même pas conçu à l'origine pour observer des exoplanètes ! Cela a été une surprise pour moi que d'avoir cette étonnante capacité. Je peux vous dire que je m'occupe, et je le ferai toujours, des disques planétaires. Parce que mes yeux voient dans l'infrarouge, je perçois la lumière émise par la poussière des disques planétaires chauds et turbulents autour des étoiles jeunes. Je peux aussi voir les anciens disques, jonchés de débris de planètes. En fait, j'ai sans doute observé des milliers de disques à ce jour. Ce qui a été amusant, c'est de les trouver autour de toutes sortes d'étoiles excentriques, telles que des étoiles mortes, des binaires et même autour de planètes. Ce qu'il faut conclure de tout cela, c'est que la formation des planètes semble se produire assez facilement partout dans la Galaxie, et peut-être dans l'Univers.

Cela veut-il dire que des extraterrestres pourraient se trouver partout ?

Spitzer : Je ne peux pas vraiment vous donner une réponse satisfaisante mais les études des disques nous montrent que les planètes rocheuses sont communes. Cependant, nous ne savons pas si ces planètes pourraient abriter des formes de vie. N'oubliez pas que, pour le moment, personne n'a encore détecté de planètes ressemblant vraiment beaucoup à la Terre. Elles devraient être des mondes rocheux orbitant autour d'une étoile similaire au Soleil et situées à une distance permettant l'existence de lacs et d'océans. La tâche de découvrir des exoterres est probablement dévolue à la mission Kepler de la Nasa, qui commencera bientôt sa chasse.

A part les disques planétaires et les planètes, avez-vous étudié d'autres objets ?

Spitzer : Oh oui, bien sûr. J'ai observé les comètes de notre système solaire, les galaxies les plus éloignées connues, et tout ce qui existait entre les deux. J'ai ainsi été très heureux de trouver des centaines de trous noirs cachés à des milliards d'années-lumière. Les astronomes savaient qu'ils étaient là, à cause de leurs émissions de rayons X qui peuvent être détectées comme une lueur diffuse. Mais ces objets eux-mêmes sont dissimulés par des nuages de poussière. Mes yeux infrarouges, contrairement aux vôtres, peuvent voir à travers la poussière, ce qui m'a permis de débusquer un grand nombre de ces trous noirs.

Nous parlerez-vous d'autres découvertes ?

Spitzer : Il y en a un trop grand nombre pour toutes les mentionner... Mais je suis particulièrement fier de l'immense mosaïque d'images de notre Voie lactée que j'ai réalisée. C'est la meilleure vue de l'animation au centre de notre Galaxie, avec ses étoiles et la poussière. Ces observations ne sont pas seulement plaisantes, elles ont également contribué à redéfinir la structure de notre galaxie. La nouvelle carte montre deux bras spiraux d’étoiles au lieu des quatre précédemment estimés. Vous vous rendez compte ?

Qu’allez vous faire maintenant ?

Spitzer : Je me prépare pour la phase chaude de ma mission, celle avec seulement deux canaux infrarouges disponibles. Mes réserves d’hélium seront épuisées vers le 12 mai 2009 et je vais donc me réchauffer un peu. Au lieu d'être proche du zéro absolu, ma température va augmenter un peu pour atteindre 30 kelvins environ, ce qui est suffisant pour poursuivre certaines observations en infrarouge pendant encore un à deux ans. Je vais pouvoir me concentrer sur des portions de l'Univers plus vastes et pendant davantage de temps. Je devrais pouvoir aider les astronomes à répondre à certaines grandes questions pour lesquelles du temps d'observation n'était pas disponible auparavant.

Pouvez-vous dresser une liste de projets spécifiques sur lesquels vous allez travailler ?

Spitzer : Je prévois de continuer à étudier les exoplanètes, y compris les nouveaux jupiters chauds que Kepler devrait trouver. Je vais aussi affiner les estimations de la vitesse d'expansion de notre univers local et je vais regarder l'univers profond, en essayant de voir quelques-uns des objets les plus éloignés. Oh, je vais également m'occuper de recenser les milliers d'astéroïdes dans le voisinage du Soleil afin d'estimer pour la première fois leur distribution en taille ainsi que la probabilité d'occurrence de géocroiseurs, les astéroïdes potentiellement dangereux pour la Terre.

Cela pourrait devenir inquiétant...

Spitzer : Cette information nous aidera à nous préparer en cas de danger et la Nasa piste ce genre objets proches de la Terre avec diligence. Plus d'information ne peut qu'être bénéfique.

Allez-vous continuez à prendre de belles photos ?

Spitzer : Vous pensez que mes photos sont jolies ? Merci ! Oui, je vais encore prendre beaucoup d'images. Par exemple, je vais continuer à sonder les régions de formation d'étoiles dans notre galaxie, celles qui donnent souvent des photos spectaculaires.

Autre chose à  ajouter ?

Spitzer : Mes années dans le froid m'ont donné plus que ce que je pouvais en demander... Et ce n'est pas fini, d'autres aventures m'attendent. Je tiens également à remercier tous les scientifiques et les ingénieurs qui ont travaillé si dur pour faire de ma mission un succès. Et si l'un de mes fans veut en savoir plus, il peut toujours aller .

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