Les personnes en surpoids doivent fournir beaucoup plus d’efforts que les autres pour maigrir. © logo3in1, Adobe Stock
Santé

Pourquoi faire plus de sport ne suffit pas pour maigrir

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[EN VIDÉO] Surpasser ses limites en mesurant l'acide lactique lors d'un effort  Lors d’un effort physique intense, le corps génère de l’acide lactique pour alimenter les muscles de façon temporaire. Au-delà d’un certain seuil, il peut s’accumuler dans le sang et restreindre les performances physiques. Il existe aujourd'hui un appareil permettant de mesurer le taux d’acide lactique, un système surprenant à découvrir en vidéo. 

Mathématiquement, c'est imparable : pour maigrir, il suffit de manger moins de calories que ce que l'on dépense. Cependant, en réalité, c'est loin d'être aussi facile : le corps compense automatiquement la dépense accrue par une réduction du métabolisme de base. Et c'est encore plus vrai pour les personnes obèses.

L'énergie dépensée en une journée est composée du métabolisme de base (fonctionnement du cerveau, digestion...) et de l'activité physique (lecture, jardinage, sport, etc.). Pour perdre du poids, il faut donc théoriquement accroître ses dépenses énergétiques en faisant plus de sport par exemple. Malheureusement, cette simple addition ne fonctionne pas dans la vie réelle et sur le long terme. Selon une étude publiée dans la revue Current Biology, le corps réduit automatiquement son métabolisme de base lorsque l'on augmente son activité physique, ce qui veut dire que la somme des deux (activité + métabolisme de base) n'est pas égale à la dépense réelle totale.

C’est comme essayer d’équilibrer un budget. Si l'on dépense plus pour l’éducation, on a moins d’argent pour entretenir les routes

Imaginons que vous courez tous les jours sur un tapis qui vous indique que vous avez brûlé 300 calories. Vous pensez donc avoir augmenté votre dépense énergétique de 300 calories, de quoi brûler un pain au chocolat. Mais, si ce calcul fonctionne à peu près lors des premiers jours, il devient de moins en moins vrai au cours du temps, le corps compensant cette dépense énergétique accrue en réduisant la dépense aux autres postes (thermogenèse, métabolisme...). « C'est comme un gouvernement qui essaye d'équilibrer son budget. Si l'on dépense plus pour l'éducation, on a moins d'argent pour entretenir les routes », compare Lewis Halsey, coauteur de l'étude, dans le Guardian. En moyenne, la compensation énergétique est de 28 %, d'après les calculs des auteurs. En d'autres termes, si vous dépensez 300 calories sur votre tapis de course ou sur votre vélo d'appartement la dépense énergétique additionnelle réelle ne sera que de 300 x 72 %, soit 216 calories.

En raison du mécanisme de compensation, la dépense énergétique totale n’est pas égale à la somme du métabolisme de base et de l’activité physique. © HermanPontzer et al., Current Biology, 2016

Les personnes en surpoids compensent pratiquement la moitié des calories supplémentaires dépensées

Cela explique pourquoi tous ceux qui essayent de perdre du poids arrivent fatalement à un « plateau » et doivent augmenter toujours plus leurs dépenses s'ils veulent continuer à maigrir. Injustice supplémentaire, la compensation énergétique est beaucoup plus élevée chez les personnes en surpoids. Si les personnes dans le premier décile de la distribution de l'IMC (indice de masse corporelle) compensent 28 % des calories d'activité, celles du dernier décile en compensent pratiquement la moitié (49,2 %). « Il est possible que les personnes ayant des niveaux de graisse plus importants deviennent de plus gros « compensateurs » au fur et à mesure qu'elles grossissent, suggère Lewis Halsey. S'ensuit alors une boucle de rétroaction négative où l'utilisation de l'exercice physique pour perdre du poids est de moins en moins efficace ». Il a notamment été montré que la quantité de masse musculaire explique 25 à 70 % de la variabilité du métabolisme de base.

À quel point le sport devient-il nuisible ?

Ces résultats corroborent ceux d'autres études, qui montrent notamment que la dépense énergétique totale est à peu près la même dans les pays industrialisés où les personnes sont plutôt sédentaires, et dans les pays moins développés, qui se caractérisent par une activité physique accrue (moins de transport motorisé, tâches agricoles...).

Il n'existe pour l'heure aucune explication scientifique claire sur le mécanisme qui sous-tend ce phénomène de compensation, d'autant plus que l'on ne l'observe pas chez toutes les espèces. « Nous devons également évaluer s'il y a un coût à réduire le métabolisme de base, par exemple par un système immunitaire affaibli ou un ralentissement du rétablissement des blessures, et ainsi calculer le point à partir duquel l'exercice fait atteindre un niveau préjudiciable », ajoutent les auteurs.

Pour en savoir plus

Régime : la nouvelle équation pour mieux perdre du poids

Article de Jaloux Chaput publié le 23/02/2012

Perdre du poids serait deux fois plus dur que ce qui est préconisé dans les programmes nationaux. Mais pas de panique, les chercheurs américains à l'origine de cette annonce proposent un logiciel en ligne qui permet de se fixer des objectifs plus réalistes et donc moins démotivants. À prendre malgré tout avec précaution.

Pour réussir un régime, il faut beaucoup de bonne volonté. Mais lorsque l'on suit à la lettre les recommandations, il arrive qu'on ne perde pas tous les kilos superflus souhaités. L'absence de résultats convaincants conduit parfois les personnes à abandonner leurs efforts.

Lors du congrès annuel de l'American Association for the Advancement of Science, des chercheurs américains du National Institute of Health ont expliqué la raison de cet échec. Selon eux, les recommandations officielles des autorités sanitaires des États-Unis sont trop simplistes et les patients qui les suivent ne perdent que la moitié du poids qui leur était promis un an après avoir commencé le régime.

Ces consignes expliquent que pour une consommation réduite de 500 calories par jour, un individu perd environ 450 g par semaine. Si cela peut se révéler exact dans les premiers temps d'une diète, c'est cependant méconsidérer le fait que le corps s'adapte à cette privation alimentaire et répond en diminuant son activité métabolique. Le patient atteint donc un plateau duquel il n'arrive plus à descendre.

Un logiciel qui dit comment faire un régime

Face à ce problème, les scientifiques proposent une solution, par l'intermédiaire d'un logiciel en ligne, le body weight simulator, qui calcule les efforts qui devront être réalisés pour atteindre ses ambitions. En fixant des objectifs plus réalistes, ils espèrent inciter les personnes en surpoids à ne plus se démoraliser et à poursuivre les efforts jusqu'au bout.

Un régime passe par un changement d'alimentation, en réduisant les apports caloriques et en mangeant équilibré, mais aussi par de l'activité physique. Le logiciel ne se focalise pas uniquement sur ce premier paramètre, mais peut aussi inciter à davantage d'exercice. © Giulio Menna, Fotopédia, cc by nd 2.0

Lors du congrès, les chercheurs ont expliqué que d'après leur modèle, pour perdre 4,5 kilos sur trois ans, il faudra diminuer sa ration quotidienne de 100 calories. À ce rythme, il faudra un an pour remplir la moitié du contrat, et deux années supplémentaires pour parvenir à l'objectif final.

Le logiciel sera disponible pour les patients et les médecins généralistes américains. Il peut être utilisé en définissant des programmes personnalisés pour perdre du poids au rythme souhaité par la personne.

Cet outil ne vise pas seulement à redéfinir les rations caloriques, mais se concentre aussi sur les dépenses par l'activité physique. Kevin Hall, qui a supervisé la recherche, déclare qu'il s'agit d'une « bonne manière de prendre conscience du temps indispensable à la perte de poids, et quels changements dans l'alimentation et l'exercice sont nécessaires pour atteindre un poids de forme et s'y maintenir ».

Une équation à mille inconnues

Il faut cependant être très méfiant sur ce genre de programme. Un responsable du Département de la santé des États-Unis a déclaré : « nous ne donnons pas de recommandations spécifiques sur la quantité à ingérer durant un régime puisque c'est différent pour chacune des personnes. Celui qui veut un conseil précis devrait parler à un professionnel de santé ».

Il faut garder à l'esprit que l'obésité est une équation à mille inconnues, dépendante de très nombreux facteurs, parmi lesquels des dizaines voire des centaines de gènes, l'alimentation ou bien la sédentarité. Ce logiciel ne peut pas gérer tous ces paramètres individuels. Cela ne l'empêchera peut-être pas d'avoir des résultats globaux satisfaisants, mais pour l'heure, la meilleure solution lorsqu'on veut perdre du poids consiste à aller consulter un spécialiste.

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