Les cocktails d’anticorps polyclonaux, en prévention ou en traitement curatif de la Covid-19 © Siarhei, Adobe Stock

Santé

Covid-19 : un cocktail d'anticorps plutôt qu'un vaccin ?

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Plusieurs start-up travaillent sur des traitements à base d'anticorps polyclonaux, capables de conférer une protection contre le coronavirus et de traiter les patients déjà atteints. Une approche innovante qui présente de nombreux avantages mais aussi de sérieux défis. Vaccin ou anticorps, lequel remportera la course ?

Covid-19 : que sait-on sur la thérapie au plasma ?  Dans toutes les thérapies testées contre le SARS-CoV-2, l'une d'entre elle repose sur le transfert d'immunité passive. C'est le transfert de plasma convalescent. Détail avec Karine Lacombe, infectiologue et cheffe de service à l'hôpital Saint-Antoine à Paris qui mène actuellement l'essai Coriplasm.  

Alors que plus de 70 vaccins contre le coronavirus du Covid-19 sont en cours de conception dans le monde, la solution contre l'épidémie pourrait bien venir d'ailleurs. La start-up Sorrento Therapeutics, en collaboration avec le Mount Sinai Health System à New York, vient ainsi d'annoncer avoir développé un « cocktail d'anticorps » à prendre en prévention ou en traitement contre le coronavirus.

Appelé Covi-Shield, ce médicament offrirait une protection d'environ deux mois contre l'infection. Il pourrait être administré à des personnes exposées comme le personnel soignant ou au public fragile comme les personnes âgées. Un essai de phase 1 doit débuter au troisième trimestre de 2020, et la start-up assure qu'en cas de succès et d'approbation par les autorités sanitaires, des millions de doses pourront être produites d'ici la fin de l'année aux États-Unis et en Europe.

Les anticorps, nouvelle poule aux œufs d’or des laboratoires

Par rapport à un vaccin, dont la mise au point est très complexe puisqu'il dépend de la réponse immunitaire, les anticorps présentent l'intérêt d'agir immédiatement. Ce type de traitement n'est d'ailleurs pas nouveau. Les anticorps monoclonaux représentent aujourd'hui plus de la moitié des ventes de biomédicaments et s'attaquent à un nombre croissant de maladies, allant du cancer au diabète en passant par la sclérose en plaques. C'est donc logiquement que le Covid-19 est venu s'ajouter à la liste.

La première piste consiste à injecter du plasma sanguin de patients guéris du Covid-19 et contenant des anticorps neutralisants. Une dizaine d'essais cliniques sont actuellement en cours dans le monde dont un en France. Mais le plasma entier contient aussi toutes sortes d'anticorps inutiles ayant trait à d'autres maladies. C'est pourquoi Sorrento et d'autres biotechs utilisent plutôt des mix d'anticorps extraits du plasma et purifiés, ce que l'on appelle des H-Ig.

Les anticorps neutralisants viennent se fixer directement sur les protéines de pointe du virus pour l’inhiber. © dariaren, Adobe Stock

Un cocktail d’anticorps différents pour prévenir les mutations

Le problème, c'est que tous les anticorps ne sont pas efficaces pour combattre le virus. Certains n'ont aucune utilité, d'autres peuvent même aggraver les symptômes en provoquant une réponse immunitaire inadaptée. Seuls les anticorps dits neutralisants, capables de se fixer sur les protéines de pointe pour inactiver le virus, confèrent une protection.

La première difficulté est donc d'identifier ces anticorps. Afin de renforcer leur action et d'éviter que le virus ne développe une résistance au traitement, les scientifiques cherchent généralement à combiner ces anticorps entre eux (anticorps polyclonaux). Le « cocktail » de Sorrento Therapeutics comprend ainsi trois types d'anticorps différents visant les protéines de pointe. Xenothera, une biotech basée à Nantes, s'est elle aussi lancée dans la course contre le Covid-19 avec un cocktail d’anticorps baptisé XAV-19 et contenant un mix d'anticorps purifiés. Cette approche permet également de garantir l'efficacité du traitement en cas de mutation du virus.

Pour produire des anticorps en grande quantité, les chercheurs « humanisent » le plasma d’animaux. © Kateryna_Kon, Adobe Stock

Vaches, chevaux et souris : le bestiaire des biotechs pour produire les anticorps

Le gros problème de ces anticorps polyclonaux, c'est de les fabriquer. Car produire des anticorps est loin d'être aussi facile que de fabriquer une molécule chimique. La première approche est de les extraire du plasma des patients guéris. Mais le nombre de donneurs étant réduit, la fabrication est elle aussi limitée. Du coup, l'idée est de passer par des animaux dont on « humanise » les anticorps en les modifiant génétiquement. La start-up américaine Emergent BioSolutions compte, par exemple, produire du plasma immunisant à partir de chevaux. Du fait de sa taille, un cheval permet de traiter trois patients humains.

De plus, le plasma équin étant plus concentré en anticorps que le plasma humain, on peut utiliser une dose plus faible. SAb Biotherapeutics compte introduire des chromosomes artificiels chez des vaches pour leur faire fabriquer des anticorps humains et GigaGen, une biotech basée à San Francisco, vise à cloner les anticorps en laboratoire dans des cellules de mammifères. Selon la start-up, moins de 10 donneurs sont ainsi nécessaires pour produire un traitement à des millions de patients. Xenothera est sur le même filon avec ses anticorps polyclonaux glycol-humanisés (GH-pAb).

Des injections à plusieurs centaines d’euros

Pour le moment, la plupart de ces traitements visent à traiter les formes graves de Covid-19. Sorrento Therapeutics est l'une des seules à promouvoir les anticorps polyclonaux en prévention car ces traitements sont très coûteux. Comme ils ne peuvent pas être administrés par voie orale (les anticorps seraient dégradés par les enzymes de l'estomac), ils doivent être injectés par voie veineuse et chaque injection coûte plusieurs centaines d'euros. Au final, ces fameux cocktails constitueront donc plus une brique complémentaire à la lutte contre le Covid-19 plutôt qu'une véritable alternative au vaccin.

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